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dimanche 14 octobre 2012

Le film du mois d'octobre : "Ted"

Pour mon 34e anniversaire, mercredi, je suis allé faire un petit tour dans une salle obscure.
Pour voir un film dont le camarade John Plissken avait dit, il y a quelques semaines, le plus grand bien.

Son titre : Ted, un long-métrage avec Mark Wahlberg, Mila Kunis et Giovanni Ribisi (entre autres).

L'histoire tient tout du conte pour très grands enfants. Elle débute d'ailleurs avec un gamin, la veille de Noël. En 1985, le petit John Bennett est un gosse solitaire. Aucun gamin de son âge ne veut être ami avec lui, même ceux qui se font tabasser (c'est vous dire s'il est seul).

Un ours en peluche, un ours en trop ?

Le matin de Noël, il reçoit de la part de ses parents un ours en peluche au sujet duquel il fait le voeu qu'il prenne vie. Pour que ce dernier devienne son meilleur ami. Ce qui survient le lendemain matin. L'ourson, baptisé Ted, devient vite une star à la maison... et aussi au-delà, puisque ce qui n'est plus vraiment un jouet aime prendre l'air.

Star de télé puis has been, Ted vit aujourd'hui avec John. Qui lui même a une petite amie, Lorie (Kunis, toujours aussi gracieuse dans les films parfois bien gras). Et si tous les trois font une fine équipe, l'heure est venue pour le couple de prendre un virage important.

Tous les deux sont ensemble depuis quatre ans : l'heure n'est-elle pas venue pour eux de prendre un engagement l'un vis à vis de l'autre ? Si tel est le cas, celui qui est en peluche pourrait bien être celui qui est en trop...

Des gags... et surtout 
des mots sur l'immaturité

Sorti tout droit de l'imagination du créateur des séries animées Family Guy et American Dad ! Ted a rencontré un succès aussi énorme qu'inattendu aux Etats-Unis et ailleurs (près de 400 millions de dollars de recettes mondiales). Si ses débuts dans les salles françaises sont plutôt discrets, le film m'a fait l'effet d'un objet assez étonnant.

Etant moi-même un grand enfant, il y avait là beaucoup de choses pour me plaire : de l'humour plutôt lourd (avec les gags qui vont avec), des scènes sorties de nulle part et plein d'idées qui donnent le sourire.

Pourtant, s'il n'y avait eu que cela, je pense que je n'aurais pas vraiment accroché. Même si l'idée de départ (donner une vie à une peluche, et la faire grandir elle aussi... au moins dans ses aspirations) est remarquablement exploitée.

Non, le fait est que ce qui m'a le plus séduit chez Ted, c'est son discours sur l'immaturité. Et surtout sur ce qu'implique le fait de grandir.

En alternant gags bien gras et petites saynètes et réflexions sur le temps qui passe - à ce titre, toute l'animation du personnage de l'ours en peluche est assez fantastique - le film se paie en effet le luxe royal de développer une comédie qui porte sur son sujet un regard plus souvent sensible et sensé que l'on ne pourrait croire. 

L'heure de (se) faire le conte

Et c'est bien ça qui fait tout l'intérêt du projet. Parce que par certains moments, Ted touche vraiment au coeur. Ce qui rend le long-métrage franchement malin.

Comme il s'agit d'un conte, le cheminement des héros respecte une logique bien établie (peut-être un poil trop pour moi, parce que cela escamote les instants les plus intenses, je trouve...) mais cela n'enlève rien au fait que c'est une belle et agréable surprise.



Aussi, si, comme moi, vous êtes un grand gamin, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

Bien à vous,
Benny

jeudi 17 mars 2011

Le film de mars : "The 25th Hour" (Spike Lee)

Cette fois, notre petit tour du côté du grand écran nous envoie dans les archives. Et au début des années 2000 aussi, pour parler d'un film diffusé ce mois-ci sur CinéCinéma...
New York. Quelque mois après que les tours du World Trade Center se sont effondrées. Montgomery Monty Brogan (Edward Norton) est ce qu'on peut appeler un fils de la Grosse Pomme. Ce jeune New Yorkais vit sa dernière journée dans sa ville.
Dealer pour un trafiquant d'Europe de l'Est, il s'est fait serré par la DEA et va passer les sept prochaines années de sa vie en prison, à Otisville. Avant de quitter ce qui fait son monde, il va aller à la rencontre de tous ceux qui ont fait ce qu'il est. Son père, un pompier irlandais à la retraite qui tient un bar. Son boss, qui tient une boîte de nuit. Mais aussi ses amis d'enfance. D'un côté Jacob Elinsky (Philip Seymour Hoffman), prof de littérature anglaise plutôt timide et complexé, et qui est troublé par une de ses étudiantes (Anna Paquin). De l'autre Franck Slaughtery (Barry Pepper), un trader très sûr de lui, plutôt arrogant.
Tous les deux vont passer ensemble une dernière nuit avec Monty et sa petite amie, Naturelle (Rosario Dawson). Jusqu'à ce que survienne l'heure du départ...

Des hommes dans le crépuscule d'une vie


The 25th Hour (ou 24 heures avant la nuit, comme on l'a plus tard rebaptisé) est une puissante histoire d'hommes éclairée par des rayons crépusculaires. Elle raconte avec émotion le temps qui passe, les choix de vie et les regrets qui en découlent parfois, à un moment où l'on arrive une fois encore à la croisée des chemins. Dans une Amérique traumatisée par le 11 Septembre (le récit est enraciné dans ce drame), on suit un homme arrivé au terme d'une étape de sa vie et c'est tout ce qui colore son parcours cette nuit-là. Comme celui de ses proches, du reste.

 Une histoire forte, donc. Avec en toile de fond, l'ombre du soupçon: une partie du film consiste à savoir qui a balancé Monty aux flics. Est-ce que c'est Naturelle, qui a plus que profité du train de vie de Brogan? Dans le groupe, ils sont plusieurs à le penser. Et c'est ce qui apporte une tension sourde à leurs relations cette nuit-là...

Devenez Edward Norton

En définitive, si The 25th Hour est une réussite, c'est d'abord parce que le film dessine un héros complexe, qui ne fait pas de choix gratuits et dans lesquels tout un chacun pourrait facilement se reconnaître. Le but est en fait de construire un récit jouant à fond la carte de la personnification. Et cela, dans la forme comme dans le fond. Faire en sorte que nous soyons tous Monty Brogan. Pour que l'on adhère au twist final.
Ce dernier peut effectivement poser question, gêner voire carrément rebuter, mais le fait est que l'histoire est bâtie avec assez de finesse pour que ce que Yannick Dahan appelle la "suspension d'incrédulité" fonctionne. En tout cas, cela a été le cas pour moi. Mais peut-être me suis-je laissé emporter par l'envoûtante et émouvante musique de Terence Blanchard dès le départ...
Je ne sais pas: c'est à vous de voir. Quelqu'un l'a vu ? Si oui, vous avez un avis là-dessus ?

Bien à vous,
Benny

jeudi 25 novembre 2010

Le film de novembre : "Buried"

Le pitch : un espace clos, pas de lumière, pas beaucoup d'air. Juste un Zippo, une vieille lampe torche à moitié foutue, de quoi boire et... un téléphone portable. C'est ce que découvre Paul Conroy, entrepreneur américain, lorsqu'il se réveille dans une boîte, sous terre. Il a été enlevé, il est en Irak mais ne sait pas où il est. Il ne peut pas sortir. Et si rien ne se passe, dans moins de deux heures, il va mourir.

Avant d'aller voir le film, j'avoue que j'étais vraiment curieux. Rodrigo Cortes, réalisateur du film, pouvait-il vraiment tenir le pari de réussir un thriller en huis clos pendant 90 minutes avec un acteur, un Zippo et un portable ? Ca paraissait vraiment gros... Et pourtant.
Pourtant, Buried est bel et bien un modèle du genre. Un film qui installe un suspense intense, qui va crescendo pour  mettre le héros (et le spectateur) sous pression jusqu'à la dernière image. Un long-métrage qui associe brillamment fond et forme. Sur le fond, le récit est fluide, jouant avec les attentes du public pour mieux installer la dynamique de personnification de part et d'autre de l'écran (et vous, si vous saviez que vous pourriez mourir dans deux heures, vous feriez quoi ?). Il y a certes un ou deux trucs too much, qui auraient pu être évités, mais l'histoire est très solide.
Sur la forme, Cortes multiplie les prouesses. Dans le montage comme dans le cadrage : l'ensemble est finement pensé. Ce qui m'a notamment marqué, c'est la façon dont le réalisateur filme le corps. Ce n'est pas forcément ce qui interpelle le plus dans le film, mais si vous voyez Buried, vous verrez que ça aussi, c'est bien observé : à travers une succession de plans dans le film, j'ai trouvé qu'on en apprenait beaucoup sur le personnage de Ryan Reynolds (stupéfiant dans ce rôle).
Des images de mains, un cou, des yeux : il n'y a rien là-dedans de foncièrement bluffant et pourtant, tout cela donne une profondeur, une vérité au héros qui est assez phénoménale...


TRAILER BURIED FILM THRILLER VOSTF 2010
envoyé par kirivalse. - Regardez plus de films, séries et bandes annonces.

En fait, le succès de ce film, c'est principalement la gestion minutieuse d'une foule de détails, notamment narratifs, qui font que les effets filmiques nourrissent l'émotion dans le récit. Ici, on n'est pas dans la performance gratuite mais bel et bien dans la volonté farouche de raconter une histoire forte. Une histoire électrisante, parfois très cynique mais pas seulement.
Une foule de détails donc, qui fait de ce film un must pour tous les cinéphiles. Sauf pour les claustrophobes, qui auront bien raison de penser que cette phobie a de quoi vous pourrir l'existence.

Bien à vous,
Benny

mercredi 20 octobre 2010

Le film d'octobre : "The Social Network" (ou quand Sorkin découvre l'anti-héros)

L'affiche avait de quoi retenir mon attention. Un peu comme une formule mathématique dont le résultat serait incontournable. "David Fincher + Aaron Sorkin + création de Facebook = film à voir". Je ne m'attendais pas à quelque chose de précis mais il est clair que je voulais en être.
Petit pitch : The Social Network raconte comment Mark Zuckerberg, geek surdoué étudiant à Harvard, a créé et développé le réseau social numéro 1 aujourd'hui, et comment son succès tout juste naissant (le film raconte une période qui va de 2003 à 2006, sauf erreur de ma part) a généré des poursuites judiciaires entre différents élèves de la prestigieuse université américaine.
La première chose qui m'interpelle, c'est que ce n'est pas un film sur les geeks, et pas vraiment un film sur l'adolescence comme j'ai pu le lire ici ou là. En tout cas, pas de mon point de vue. Ce n'est pas non plus un long-métrage qui raconte d'un point de vue documentaire la naissance du réseau où tout le monde se poke. Même si le script du scénariste Aaron Sorkin repose sur des recherches, des échanges avec les principaux protagonistes ( sauf Zuckerberg : on raconte d'ailleurs que ce dernier était un fan de Sorkin pour son boulot sur A la Maison Blanche... jusqu'au jour où il a vu le film de Fincher), cette histoire vraie est surtout l'occasion de donner un point de vue sur cet avénement, et de s'en servir pour développer une histoire dramatique brassant de multiples thèmes.
Et de ce point de vue-là, qu'est-ce qu'on peut en dire ? Que ça marche. Que ça marche vraiment bien. Que ça marche d'autant mieux que Fincher comme Sorkin surprennent le spectateur en explorant des facettes de leur talent jusqu'ici peu mises en valeur.
Dans ce film, le réalisateur de Se7en fait définitivement dans la sobriété. Pas de scènes Ikea hallucinantes à la Fight Club et encore moins de caméra qui traversent les cafetières comme dans Panic Room : le réalisateur joue la carte de l'épure pour mieux coller à ses personnages, à son histoire. Et justement, ô douce surprise, Sorkin sort un peu des sentiers qu'il connaît bien: ici, pas de personnages iconiques qui ont fait sa marque de fabrique. Vous savez, ces Josh Lyman (The West Wing), Casey McCall (Sports Night), Jordan McDeere (Studio 60) et autres Charlie Wilson (Charlie Wilson's war) qui peuplent son monde : des gens brillants, intelligents, idéalistes mais qui se posent parfois en donneurs de leçon par certains côtés.




THE SOCIAL NETWORK : BANDE-ANNONCE VOST HD
envoyé par baryla. - Regardez des web séries et des films.


Cette fois, l'un des plus brillants dialoguistes des années 2000 se retrouve, de son propre aveu, face à un challenge qu'il n'avait encore jamais relevé. Ecrire, décrire un anti-héros. Un homme qui se retrouve au centre d'un récit, d'une histoire électrisante mais qui, par son attitude, ne fait rien pour s'attirer l'admiration du public. Du coup, il nous livre un script enlevé, avec un personnage principal complexe qui brasse toutes les contradictions du héros sorkinien... et les assume. Alors tant pis pour les longs échanges mitraillette et les Walk & Talk cher à l'auteur. L'ensemble reste vraiment efficace et renouvelle son univers narratif, qui en devient plus sombre et plus... attrayant.
En définitive, on obtient un film porté par des personnages forts à différents plans (le premier étant évidemment occupé par Mark Zuckerberg/Jesse Eisenberg). Un long-métrage qui évoque de très nombreux thèmes comme l'innovation, le succès, la solitude (le corollaire du précédent), le poids de la réussite sur les relations humaines, etc. Il y a de quoi être convaincu. Que l'on sache qui est Aaron Sorkin ou pas.

Bien à vous,
Benny

PS : désolé, AussieLilie. Mais toi aussi tu le verras un jour, hein...
BONUS TRACK : l'avis de Zuckerberg sur le film... Enfin, plus ou moins.

mardi 18 mai 2010

Trop gay pour être acteur ?

C'est la polémique la plus chelou de la semaine... et j'en ai entendu parler ce mardi dans l'Edition Speciale de Canal + (*). Aux Etats-Unis, un article de Newsweek crée le trouble en affirmant qu'un acteur gay ne peut pas être crédible en hétéro. Principale cible de l'auteur du papier, Ramin Setoodeh : Sean Hayes, l'inoubliable et très attachant (mais aussi très gay) Jack McFarland dans  la sitcom Will & Grace.
Ce dernier se produit actuellement à Broadway dans une reprise de la comédie musicale Promises, Promises, avec la non moins géniale Kristin Chenoweth (Annabeth Schott dans The West Wing) et il sert de prétexte à une théorie assez... consternante de la part de Setoodeh. Le titre du papier vous donnera le ton : "Les acteurs hétéros peuvent jouer plein de rôles d'homo : pourquoi l'inverse ne fonctionne pas ?".

C'est partial, c'est partiel... et c'est effarant

Un papier comme on les aime : aussi partial que partiel, dans lequel on n'hésite pas à balancer que si Hayes est un artiste à la répartie cinglante, il n'en demeure pas moins bizarre de le voir jouer un hétéro... alors qu'il est gay. Là-dessus, Setoodeh brode toute une théorie selon laquelle Neil Patrick Harris (Barney Stinson de How I met your mother) livre une prestation caricaturale de bourreau des coeurs hétéro (lui aussi est gay). Pareil dans Better off Ted où Portia de Rossi (Veronica Palmer) jouerait un personnage peu crédible.
Voilà pourquoi, toujours selon l'auteur de cet article, il vaut mieux réflechir à deux fois avant de se déclarer ouvertement gay quand on est comédien : cela impacterait la perception que le public a de vos prestations, qu'il s'agisse des spectateurs... ou des producteurs.

Faux débat...

Bon, bon, bon...
Perso, je n'ai pas vu Better off Ted, mais je me souviens très bien de Portia de Rossi dans Arested Development ou Ally MacBeal. Et j'en ai bouffé du Barney Stinson il y a quelques mois. Très honnêtement, tout ça me semble bâti sur du vent. Dans HIMYM, Harris me gonfle souvent. Enfin disons que c'est la propension des producteurs à utiliser son personnage tout le temps et n'importe comment qui me fatigue. Et tout ça n'a rien à voir avec ses orientations sexuelles.
Dans Arested Development, de Rossi est impeccable comme le reste de la distribution, et je me fiche bien qu'elle soit lesbienne. On en revient donc à l'évidence : tout est une question de qualité. Qualité de l'acteur, qualité du rôle, qualité de l'évolution de ce rôle (traduction = qualité de l'histoire). Et, sauf retournement de situation, je suis loin d'être un spectateur largement au-dessus des autres.

... mais vraie question en toile de fond ?

Il s'agirait donc d'un combat d'arrière-garde assez vain, à ceci près que :

- Le rédacteur de l'article est gay, et n'en est pas à sa première polémique
- Sean Hayes vient juste d'avouer son homosexualité, tout comme Jonathan Groff (Jess) dans Glee, dont il est aussi question dans l'article
- Pour Lance Black, scénariste d'Harvey Milk également monté au créneau, "l'Amérique commence à s'ouvrir aux acteurs ouvertement homos dans des rôles d'hétérosexuels" (plus d'infos avec l'article de Sullivan Le Postec, habitué du site Le Village si je ne m'abuse, et qui a sévi sur le site de Tétu, pour le coup)

Qu'est-ce que ça change par rapport à ce qui a été dit plus haut ? Rien, absolument rien. Mais cela révèle le contexte extrêmement complexe dans lequel évoluent les acteurs gays aujourd'hui: les préjugés ne demandent qu'à prendre un peu plus de relief à la moindre occasion. Comme ici par exemple.
Si la question de Ramin Setoodeh a encore un gros retentissement Outre-Atlantique, c'est qu'il reste sans doute encore pas mal de boulot. Et encore plus que ça si beaucoup de spectateurs/producteurs/diffuseurs souscrivent, consciemment ou inconsciemment, au schéma décrit dans son article. Un schéma qui conditionne des réflexes hyper chosifiants et destabilisants, qui vous réduisent à une partie de ce que vous êtes comme si vous deviez en avoir honte, alors que ce n'est pas le cas. Des réflexes qui ne sont jamais que l'expression d'une éducation - ou plutôt de l'abence d'éducation sur ces questions.
Ca sous-tend ce qu'on appelle une logique de discrimination, et ça ne concerne pas que les gays.
Et au milieu de tout ça, pour revenir à notre histoire (**), on rappellera qu'il y a deux mecs. Eh oui : très franchement, même si j'imagine qu'ils en ont vu d'autres, je me dis que ça ne doit pas être simple d'être confronté à une situation aussi aberrante quand on s'appelle Sean Hayes ou Jonathan Groff (***) et qu'on vient de faire son coming out.
Oui: il y a deux mecs et sûrement un peu plus.

Bien à vous,
Benny

(*) : On félicitera l'équipe de l'émission d'avoir mis une photo d'Eric McCormack (Will, dans Will & Grace) pour illustrer le sujet en arrière-plan avec écrit en gros dessous "Sean Hayes".

(**): Pour en revenir à l'Edition Spéciale, le prix special du jury reviendra toutefois à Ariel Wizman, chroniqueur de l'émission, qui a dit "Oh mais arrêtez : là, on vient de voir Lambert Wilson embrasser le réalisateur Xavier Beauvois sur la bouche et personne n'est gêné de savoir qu'il est gay depuis un moment".
Réponse de Bruce Toussaint : "Ah mais Ariel, Lambert Wilson a jamais dit qu'il était gay. Et il a embrassé sur la bouche une actrice du film de Beauvois juste après"
Réponse de Wizman, interdit : "Ah...".

(***) : Pis lui, il a vraiment pas de chance : Glee, ça sent pas bon des pieds...

PS : Et la prochaine fois, un truc spécial que devineront à l'avance tous les forts en maths.

mardi 6 avril 2010

Le film d'avril : "Anvil !"

Lundi, j'ai fait deux trucs assez rares, finalement. Je suis allé au ciné et j'ai vu un vrai film qui parle d'amour. Le plus beau, c'est que je m'y attendais pas forcément. En tout cas, pas comme ça... J'ai vu Anvil !, de Sacha Gervasi (auparavant scénariste du Terminal de Spielberg).
Ce film, c'est d'abord un documentaire, un documentaire rock. Le pitch est redoutablement efficace. Dans les années 80, quatre groupes de rock sont partis en tournée au Japon alors qu'ils commençaient tout juste : il y avait Scorpion, WhiteSnake, Bon Jovi et Anvil. Trois d'entre eux sont devenus célèbres. Le quatrième n'a jamais décollé. Et c'est celui-là que Gervasi est allé filmer.

Chronique du fond du trou

Anvil, c'est un groupe de metal pur et dur. Avec son gros son de guitare, sa batterie à la fois lourde et martelée et ses chevelus qui secouent la tête dans tous les sens. C'est aussi et surtout deux quinquas, le chanteur Steve "Lips" Kudlow et le batteur Robb Reiner. Deux juifs canadiens qui se sont connus à quatorze ans et ont fait un rêve : devenir des stars du rock ensemble. Leur musique va influencer les plus grands, de Metallica à Slash de Guns & Roses, mais eux vont disparaître du devant de la scène. Lorsque la caméra s'allume, ils ont cinquante balais et ils y croient encore : ils peuvent revenir en force. Ils sont presque les seuls ? Ouais, peut-être. Mais ils s'en foutent : après tout, ils n'ont besoin d'être que deux.
Pourtant, les raisons de lâcher l'affaire existent : Steve bosse comme livreur dans une cantine chaque semaine. La famille de Robb n'y croit plus. Leurs derniers albums ont eu un succès confidentiel. Mais les deux chevelus ne lâcheront rien. Jamais. Quitte à faire une tournée en Hongrie ou en Roumanie où les salles sont vides. Tant pis s'il faut enchainer les bides avec une improbable manageuse italienne complètement larguée : ils ont un coeur énorme, et c'est ce qu'il faut pour aller encore un tout petit peu plus loin...

Le plein d'émotion

Authentique morceau d'humanité, le documentaire de Gervasi est un de ces films qui vous poursuit dans la rue, quand vous sortez de la salle obscure et que vous rentrez chez vous en silence. Parce qu'il est drôle (les deux gugusses font souvent rire malgré eux) et surtout vraiment émouvant.
A plusieurs reprises, comme dans la bande annonce, les garçons loupent le train qui les emmènent au prochain concert et l'image est forte, symbolique. La loose, celle qui vous colle aux pompes bien comme il faut, les Anvil connaissent. Les claques, ils en ont ramassé un sacré paquet. Est-ce que, pour autant, ils vont lâcher ? Non. Parce qu'ils sont restés des gosses attachés à leur rêve. Et que s'ils courent après la gloire, si la perspective d'échouer les hantent, c'est finalement le plaisir de la rencontre, l'émotion de la scène qui les fait encore et toujours avancer.
Ce qu'ils cherchent avec le succès ? Sans doute juste la possibilité de partager ces sensations avec plus de monde. Les ados qu'ils ont été sont toujours là. Et tant pis si le temps passe plus vite que les rêves.


Anvil Bande-annonce
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Les grands films, ce sont ceux qui transcendent leur propos initial pour effleurer des questions universelles : l'amitié, le vieillissement, la solidarité, la solitude, le doute qui vous mine, le jusqu'au-boutisme qui frôle le pathétique, l'opiniâtreté qui réchauffe les coeurs, emportant tout et tous dans son sillage... Tout ça, vous le trouverez dans Anvil !. Un film d'amour, avec des cheveux longs, des guitares et du poil au menton. Un monument à une époque où l'on vous dit que si vous n'avez pas de rolex à cinquante ans, vous avez raté votre vie...

Bien à vous,
Benny

lundi 8 mars 2010

Le DVD de mars : "Redacted"

Samarra, Irak. Une compagnie de GIs a pour mission de garder un barrage à l'entrée de la ville. Objectif : contrôler les allers et venues, rassurer les populations par leur présence, limiter le nombre d'attentats terroristes. Tout cela dans la défiance générale, alors que leur état-major ne cesse de repousser le moment où l'équipe en place sera relevée et qu'ils peuvent être pris pour cible à tout moment. Pour ces jeunes Américains issus de multiples horizons, le temps est long. Très long et les nerfs sont mis à rude épreuve.
Jusqu'à ce qu'un de leurs chefs ne meure dans un attentat. Jusqu'à ce que les éléments les plus incontrôlables de la troupe partent une nuit en ville (une nuit en vrille, ça marche aussi) pour mener une épouvantable expédition vengeresse...

Quand les images combattent...
Histoire fictive inspirée de faits réels, Redacted est unanimement décrit par les observateurs comme un film expérimental de Brian De Palma. Datant de 2007, porté par un casting d'acteurs méconnus, il tient sa particularité dans le fait qu'il s'agit d'un long-métrage qui s'intéresse à deux guerres : celle qui se déroule sur le terrain et celle que l'on déverse sur les écrans. Film amateur de soldat, reportage de la télé saoudienne, vidéos terroristes sur le net, chats sur le web, caméras de surveillance, documentaire tourné par deux Français... tous les moyens modernes qui offrent un point de vue sur la guerre sont au service de cette histoire, pour multiplier les points de vue et rendre compte d'un terrible drame.

"La guerre c'est mal", par Brian De P.
L'idée est bonne : l'histoire est forte et le parti pris narratif a de quoi rendre la complexité de la situation. C'est en tout cas ce que l'on serait tenter de penser. Le problème, l'ENORME problème, c'est que De Palma, cinéaste qui a brillamment mis en scène la thématique du point de vue dans des films comme Body Double ou Snake eyes, se plante cette fois dans les grandes largeurs.
Tout simplement parce qu'il est incapable de trouver la bonne articulation entre le fond et la forme. Et qu'il est surtout incapable de laisser vivre son histoire, de laisser mûrir l'émotion. La multiplicité des points de vue "techniques" (images du web, film amateur, reportage) fait finalement plus office de collage/barrage qu'autre chose.

L'avis de Brian
Trop obnubilé par sa volonté de poursuivre le réel, de lui coller au train comme une voiture de flics filerait un suspect, il en oublie un axe cruciale du film de fiction : il doit émouvoir le spectateur. Or là, ça ne marche pas. La faute à un script insuffisamment fouillé sans doute... mais aussi et surtout à un réalisateur arc-bouté sur sa volonté de dénoncer la situation américaine en Irak. A plusieurs reprises, on voit arriver De Palma à des kilomètres avec ses grosses rangers pour dénoncer les exactions de l'armée US. Et comme il le fait de manière parfois carrément balourde (les extraits du documentaire français sont ratés, pour ne pas dire consternants), la pilule ne passe pas.



C'est dur d'écrire ça quand on aime vraiment le cinéma de De Palma, mais c'est ce que j'ai ressenti devant ce film. Et ce n'est pas le documentaire De Palma Reloaded consacré à la sortie du film et à la volée de bois vert qu'il a ramassé aux USA qui a arrangé les choses. Confronté à une réaction épidermique de l'opinion (qui a pris pour argent comptant le propos de cette fiction, argh), le réalisateur s'est enfermé dans un discours le confortant dans la position assez stérile de l'artiste incompris (qui rappelle parfois celle de l'ado fatiguant, faut bien le dire). Il faut dire, à la décharge de l'intéressé, que Redacted a été primé en Europe, ce qui ne peut que le conforter dans cette idée sans doute.
Il n'empêche : l'essai est loin d'être transformé. Très loin.

Bien à vous,
Benny

samedi 6 février 2010

Le DVD de février : "La nuit nous appartient"


New York, dans les années 80. Robert "Bobby" Green (Joaquin Phoenix) est le gérant d'un club de Brooklyn, le El Caribe. En couple avec Amada (Eva "Ouhlala"  Mendes), tout semble lui sourire : bien entouré, il a la cote auprès des propriétaires russes de son établissement et il passe pas mal de son temps avec ses amis à faire la fête, à fumer et s'amuser.
Mais Robert Green, c'est aussi Robert Gruzinsky. Le fils du commissaire Albert Gruzinsky (Robert Duvall) et du capitaine Joseph Gruzinsky (Mark Wahlberg) de la police de New York. Dans le monde de la nuit, personne (sauf Amada) ne connaît son secret. Jusqu'à ce que ses deux vies parfaitement séparées ne se téléscopent alors que les forces de l'ordre enquêtent sur la mafia russe. Le milieu entend en effet étendre son influence sur le trafic de drogue en utilisant pour cela les boîtes de nuit.
Bobby se retrouve alors à la croisée des chemins. Entre deux familles : l'une (la sienne) dont il se sent étranger, souvent rejeté, et l'autre (la mafia) qui aimerait lui confier davantage de responsabilités. Et comme lui dit son père : "Soit tu seras avec nous, soit tu seras avec les dealers. Tôt ou tard, tu devras choisir".

Une pure tragédie

Il avait déjà signé Little Odessa et The Yards : James Gray est un pur réalisateur de tragédie. Un genre dont il a compris la quintessence et qu'il filme avec maestria. Qu'importe les passions, la lutte des hommes pour tenter de maîtriser leur destinée : une fois que le ressort est lancé, plus rien ne peut l'arrêter. Lorsque le personnage de Robert Duvall prononce les paroles évoquées un peu plus haut, on sait que l'on va y avoir droit. Tout l'intérêt du film réside alors dans la capacité du réalisateur à garder le spectateur sous tension, à le surprendre. Ou pas.
Très franchement, avec La nuit nous appartient, ça le fait bien. Le film est en effet particulièrement rythmé. Cela ne veut pas dire que l'on court après les protagonistes pendant 110 minutes.
Beaucoup plus subtilement, Gray alterne les scènes d'exposition intimistes avec des scènes de tension vraiment fortes. Et évidemment, si l'ensemble marche aussi bien, c'est parce que l'articulation des deux est vraiment efficace.

Gray vous en met 
plein les yeux...

Non content de raconter le parcours d'un homme, le film égrene les conséquences de ses actes de manière très fluide et ce qui fait que l'attention du spectateur ne se relâche jamais. Et puis surtout, James Gray fait preuve d'une inventivité visuelle vraiment bienvenue. D'un point de vue purement formel, c'est sans doute son film le plus abouti : quand on songe à la scène des chutes de pluie ou à celle dans les champs, on se dit que c'est ce qui finit de convaincre le spectateur. Ainsi, si on devait résumer La nuit nous appartient a un mot, ce serait sans doute : puissance.



Puissance du rythme, puissance des sentiments suscités, puissance d'évocation des images qui se succèdent. Vous l'aurez compris : ce film est une belle réussite, renouvelant adroitement un schéma narratif connu et utilisé à maintes reprises. Notamment par un certain... James Gray.

Bien à vous,
Benny

mardi 1 décembre 2009

Le DVD de décembre : "Mi$e à Prix"

Primo Sparazza est un boss de la pègre comme on en fait plus. On peut même dire que c'est le dernier de son espèce. Son règne, marqué par plus de cent assassinats sans la moindre condamnation, touche bientôt à sa fin. Et pour cause : son ex protégé, Buddy Aces Israel (Jeremy Piven, Ari Gold dans Entourage) a décidé de le balancer aux fédéraux.
Israel sait mentir mieux que personne : à Vegas, il est magicien.
L'illusion, la tromperie, c'est son quotidien. Trahi, Sparazza veut se venger et pas n'importe comment. Il ne veut pas seulement qu'Israel meure, il veut également qu'on lui ramène... son coeur. Voilà pourquoi il est prêt à mettre le prix : celui qui remplira cette misson hors normes touchera un million de dollars.

Explosif compte à rebours

Informés, les agents fédéraux Carruthers (Ray Liotta) et Messner (Ryan Reynolds) vont avoir du boulot s'ils veulent sauver leur témoin. Parce qu'entre les hommes de main de Sparazza, ceux qui veulent entrer dans ses bonnes grâces et ceux qui sont attirés par l'appât du gain (sans oublier des ex-flics embauchés par un avocat adepte du travestissement pour récupérer le repenti), ils sont nombreux à vouloir "fumer Israel", comme le veut le titre original (Smokin'Aces).
Ils sont nombreux... et ils ont de la gueule puisqu'on a deux tueuses à gages black (dont l'une d'elle est jouée par Alicia Keys), un spécialiste de la torture, trois néo-nazis qui se baladent avec des tronçonneuses, un spécialiste du déguisement et... un mystérieux homme de main appelé le Suédois.
Vous l'aurez compris : Mi$e à Prix rassemble une galerie de portraits peu commune. C'est peut-être pour ça que l'histoire met du temps à prendre son envol. Lentement, les différents protagonistes vont converger vers le penthouse dans lequel Israel a trouvé refuge, au sommet d'un hôtel de luxe où il attend que son avocat et les fédéraux trouvent enfin un accord.
Mais on sait que la rencontre de tout ce petit monde est ineluctable. Et qu'elle sera sanglante...

Un twist final overzetop

Ici, pas de psychologie à outrance, même si le repenti au centre de l'histoire est un peu plus intéressant qu'on pourrait le croire. Clairement, on est dans la débauche d'action carrément jubilatoire, parfois même purement délirante... Au fur et à mesure que progresse le récit, on sent qu'un retournement de situation final va redistribuer les cartes. Un peu comme un ultime tour de magie. Le réalisateur Joe Carnahan (Narc) l'amène efficacement mais... je dois dire que j'ai pas du tout adhéré. Too much à mon goût.



Cela ne remet pas en cause l'efficacité de ce long-métrage nerveux. Mais ça m'a quand même gâché le truc, parce qu'on était pas loin de l'énorme réussite.
Et vous, qu'en penserez-vous ?

Bien à vous,
Benny

lundi 30 novembre 2009

Le DVD de novembre : "7h58, ce samedi-là"

Un peu de cinéma pour finir le mois ? D'accord, mais du bon alors.
Il n'y a pas de règle absolue pour faire un grand film. Mais quand le début du long-métrage vous dit tout ce que vous avez besoin de savoir, c'est plutôt bon signe.
La preuve avec ce film signé Sydney Lumet. Dans la première scène, un couple (Philip Seymour Hoffman et Marisa Tomei) fait l'amour. Il et elle sont mariés. Il et elle sont surpris. Dans les bras l'un de l'autre à la fin de l'acte, c'est un peu comme s'ils se retrouvaient après s'être longtemps perdus de vue. Il et elle sont loin de chez eux et n'ont plus avant de rentrer. Tout simplement "parce qu'ici, je n'ai pas l'impression d'être une merde", lâche la jeune femme, le regard empreint de détresse.
Dans la deuxième scène, une petite bijouterie est braquée par un homme à main armée. L'opération tourne mal et son complice (Ethan Hawke, trop rare sur grand écran quand on voit ce qu'il fait ici), qui l'attend dehors, s'enfuit à toute allure en voiture. Il enlève sa perruque, ses lunettes et sa fausse moustache. Il est paniqué. Le cauchemar vient de commencer.

Un récit en trois dimensions

Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, pour ne pas qu'elle perde de son impact si vous n'avez pas vu ce long-métrage. Car 7h58, ce samedi-là est un très grand film. Il s'appuie sur un récit sophistiqué (signé Kelly Masterson), qui n'est pas linéaire mais s'articule autour de trois points de vue. Un procédé pas vraiment inédit mais qui fonctionne de manière remarquable. Cette astuce de construction assure d'abord une évidente dynamique de jeu avec le spectateur (qui doit assembler les pièces du puzzle) mais instaure aussi un climat de suspense continu.
Là où l'entreprise devient carrément épatante, c'est que plus l'histoire avance, plus elle prend du relief en décrivant par petites touches un contexte émotionnel dense.
A mesure que le temps passe, les personnages gagnent en épaisseur, en complexité. Pathétiques, émouvants, effrayants, ils suscitent au gré des séquences des impressions nuancées, parfois contradictoires au spectateur. On entre alors complètement dans l'histoire. Et c'est assez bluffant au final.

New York, avec vue sur le vide

7h58 fait un peu penser à Un plan simple, excellent film de Sam Raimi qui prend lui aussi son temps pour installer un drame intime aussi puissant que déchirant. Mais ici, pas de paysages enneigés. En toile de fond, il y a la ville. New York. A la fois discrète et super présente, c'est la cité trou noir. Elle nourrit, creuse le vide étourdissant de l'existence des deux personnages principaux.



Il fallait sans doute toute la maîtrise et la subtilité de Lumet pour faire en sorte que ces éléments fassent un tout cohérent. Ce qui est certain, c'est que l'on a là une vraie leçon de cinéma.
Un film à voir, vraiment.

Bien à vous,
Benny

mercredi 17 juin 2009

Le film de juin : "Le dernier roi d'Ecosse"

Nicholas Garrigan est médecin. Il a quitté son Ecosse natale pour venir en aide aux populations de l'Ouganda et pour fuir l'ombre écrasante de son père, lui aussi médecin. Alors qu'il prend son poste, un coup d'état vient d'avoir lieu. Le général Amin Dada a pris le pouvoir. A la suite d'un accident, Garrigan rencontre le militaire. ce dernier se prend d'amtié pour le jeune praticien. Très vite, Garrigan devient le conseiller de Dada. Le confident aussi. Cible d'attentats, l'homme d'état laisse peu à peu voir sa véritable nature : sous des dehors affables, et au-delà d'un incontestable sens de la communication, le général Dada impose un pouvoir personnel, autoritaire et violent sur l'ensemble de son pays. L'élimination d'opposants tout comme l'usage de la violence ne le font absolument pas reculer.

Garrigan, c'est vous

Sorti en 2006, le film de Kevin MacDonald ocille entre faits réels (Dada a réellement existé) et éléments de fiction. Sa principale force, pour ne pas dire la clef de son succès, c'est de placer le spectateur aux côtés de Garrigan. Lorsque le jeune homme croise pour la première fois la route de Dada, il est complètement séduit par cet homme au discours proprement transcendant, capable de méler ces éléments qui créent la proximité (le général est un fils de l'Ouganda, il connaît son histoire et ses tourments) et ceux qui exhortent au dépassement, qui laissent entrevoir des lendemains apaisés. Et ça marche rudement bien.

L'enfant roi

Garrigan et le spectateur découvrent la vie du général, ses combats, sa simplicité parfois désarmante. Avant de glisser lentement mais sûrement vers la nature instable, paranoïaque et violente de sa personnalité. En une phrase, le personnage de Garrigan résume tout : "Vous êtes un enfant, et c'est ça qui est flippant". Prononcé en apogée d'une scène dont la cruautée est difficilement soutenable, elle résume toute la complexité et les excès d'un personnage magistralement interprété (et le mot n'est pas trop forte) par Forest Whitaker. Fuyant un père, Garrigan avait cru trouver une sorte de frère. La chute sera rude...

La vérité est dans la blondeur...

En résumé : un très bon film, très bien construit parce qu'il joue habilement sur les sentiments qu'il suscite. Et avec Gillian Anderson dans les seconds rôles (je le dis parce que franchement, sur le coup, je ne l'ai pas reconnue). Un long-métrage à voir.

Bien à vous,
Benny

lundi 20 avril 2009

Le film d'avril : "Reservation road"

La vie de Ethan Learner (Joaquin Phoenix) bascule une nuit, dans une station-service du Connecticut. Alors que sa femme et ses deux enfants rentrent d'une sortie familiale, son fils est fauché sous ses yeux par un SUV. Le véhicule est conduit par Dwight Arno (Mark Ruffalo), avocat divorcé qui ramène son propre fils chez sa mère. Arno s'arrête.... avant de repartir, pris de panique. Il laisse Learner, sa femme et sa fille dévastés. L'enfant est mort sur le coup.
Alors qu'Ethan Learner est ravagé par le chagrin, qu'il ne vit plus que pour retrouver celui qui a tué son enfant, Dwight Arno, lui, ne sait que faire. Littéralement rongé par le remord, cet homme qui a à peu près tout raté dans sa vie (son mariage, sa carrière, son rôle de père) n'a aujourd'hui qu'une chose en tête : profiter de son fils le plus possible. Avant que tout ne s'arrête.

Deux pères dans la tourmente

Réalisé par Terry George (Hôtel Rwanda), Reservation Road possède une solide histoire portée par un excellent casting. Partant d'un drame qui peut frapper n'importe qui, le récit décrit comment les répercussions de cet événement vient briser un couple, jusque dans son intimité.
Adapté d'un roman de John Burnham Schwartz, le script n'est pas manichéen : Arno est, par certains côtés, pathétique mais profondément humain. On suit son parcours parallèlement à celui de Learner, et on peut facilement se demander ce que l'on aurait fait à sa place. De ce point de vue, le film fonctionne vraiment bien.

Jennifer Connelly,
LE second rôle


Si Phoenix et Ruffalo, livrent une solide prestation, Jennifer Connelly, qui joue la mère de l'enfant disparu, est vraiment excellente. C'est le second rôle parfait : on la voit assez peu mais chacune de ses apparitions interpellent le spectateur. Dans son rôle de mère anéantie par le deuil et de femme qui refuse pour autant de s'effondrer, elle est assez épatante.
Réservant parfois des surprises, le film, bâti sur de multiples chassés-croisés, ne parvient toutefois pas à garder sa tension jusqu'au bout. Certaines passages sont un peu convenus, la fin peut susciter une certaine insatisfaction (et encore...). Mais tout cela est racheté par plusieurs temps forts, des scènes vraiment bien vues et bien jouées.
En résumé : Reservation road vaut le détour. C'aurait pu être un film parfait, mais c'est déjà pas mal du tout.

Bien à vous,
Benny

mardi 3 mars 2009

Le film de mars : "The Wrestler"

Randy "The Ram" Robinson est une image. C'est d'ailleurs avec elle que débute The Wrestler. Sur un puissant thème musical, très 80's dans l'esprit, on voit défiler des photos du catcheur qui a fait vibrer l'Amérique des années quatre-vingts. Et puis les images disparaissent. Fondu au noir, avant que l'on n'entende la quinte de toux d'un homme fatigué. Vingt ans ont passé. Avec une intro soignée, Aronofsky a tout dit.

Ram le catcheur

Grâce à ce nouveau long-métrage, le réalisateur de Requiem for a dream revisite le dyptique présence/représentation. The Ram, c'est un personnage qui n'existe pas. Un héros du ring qui retourne ses adversaires comme se retournent les situations qu'il vit dans ses combats scénarisés. Un fils du spectacle qui s'est rendu célèbre en sautant par dessus la troisième corde pour achever ses combats. Qu'importent les coups, la sueur et le sang qui coule : le plus important c'est de combler le spectateur...

Randy et son coeur

Sauf que le sang de The Ram, c'est d'abord celui de Randy Ramzinsky. L'homme que l'on rencontre au tiers du film sur un lit d'hôpital, après l'avoir aperçu près d'un van. Un bonhomme usé. Seul. Un mec plutôt paumé, père d'une fille qui ne veut plus lui parler. Un gars qui porte un sonotone et essaie maladroitement de recoudre les morceaux d'une vie privée en lambeaux. Un homme de coeur bien décidé à changer, à assumer ses choix et ses non choix.
Le problème, c'est que Randy ne connaît pas le scénario de la vie hors du ring. Qu'il n'est personne dans les rues comme dans le supermarché qui l'emploie (sur sa blouse, son nom est Robin). Un néant qui ramène Randy au vide de sa propre vie, une fois les projecteurs éteint : quand il est lui, il n'est rien. Et surtout rien de ce qu'il voudrait laisser voir. Les années 80 paraissent si loin...

Oublions Balboa

Certains affirment que The Wrestler arrive trop tard, que la charge émotionnelle qui accompagne le récit pâtit d'une impression de déjà vu. Pour eux, Rocky Balboa a déjà tout dit. Je ne suis pas d'accord, pas du tout. D'abord parce que le parcours de The Ram me semble plus cohérent et plus crédible que celui de Balboa. Ensuite parce que la conclusion de The Wrestler est autrement plus puissante que celle des aventures du boxeur de Philadelphie.

Rourke et Tomei, lost from the 80's

Entièrement construite autour du personnage de Mickey Rourke, l'histoire de The Wrestler est juste, dure, mais très maîtrisée. Elle bénéficie aussi de l'excellente prestation de Marisa Tomei, tout simplement géniale en strip teaseuse qui vit dans la nostalgie des 80's. Elle aussi tombera sous le charme de Ramzinsky. Un fragile colosse, lancé dans une terrible course après son image.
C'est beau. C'est émouvant. C'est un film qui vous marque.

Bien à vous,
Benny

dimanche 22 février 2009

Le film de février : "The Devil's Rejects"

Les années soixante-dix, l'Amérique profonde. La journée a commencé il y a peu de temps et la police sort les gros moyens : une nuée de voitures se dirige vers une vieille maison. Celle de la famille Firefly.
Les médias sont là, eux aussi : ils ne veulent rien manquer de l'arrestation des monstres qui ont tué des dizaines et des dizaines de personnes. Leurs victimes de prédilection ? Les jeunes filles, juste après leur avoir fait endurer d'atroces souffrances. A la tête des forces de police, il y a le shériff John Quincy Wydell. Lui aussi ne veut pas rater ce moment : c'est un homme rongé par le désir de revanche depuis que la mère Firefly a tué son frère.
Rapidement, une fusillade éclate. Si la maîtresse de maison ne parvient pas à échapper aux flics, les autres ont réussi à s'enfuir. Commence alors une terrible course-poursuite. Une chasse d'autant plus implacable qu'elle a pour décor la frontière qui sépare le bien et le mal.

Un film, comment dire... différent

D'abord un aveu : je ne suis pas un dingue de film d'horreur ou d'épouvante. Non, c'est vrai : je sursaute sans arrêt, je redoute le moment où on va me fiche la frousse. Bref, c'est pas mon truc.
Sauf que Devil's Rejects, s'il a son lot de scènes dures (celles qui se déroulent au motel sont carrément malsaines), ne joue pas vraiment sur les ressorts de la tension horrifique classique. Toute la puissance du film tient plutôt dans sa capacité à amener le spectateur à se questionner sur ce qu'est la violence et sur ce qui peut amener tout un chacun à céder à ses bas instincts.

Quand les cartes se brouillent...

La première partie du film s'attache à décrire la famille Firefly et ses membres, qui sont d'authentiques psychopathes mués par leurs envies de violence. Des hommes et des femmes qui éprouvent un authentique plaisir à faire souffrir leurs victimes. Ce qui légitimise complètement la quête vengeresse du shériff Wydell.
Sauf que...
Sauf que l'envie de vengeance peut vous conduire sur de biens tortueux chemins. Et l'un d'eux vous mène au sadisme, au plaisir de détruire son ennemi.
Sauf que les Firefly, s'ils sont des êtres violents, sont ainsi un père et ses enfants. Chez eux aussi, la notion de famille, de groupe lié par le sang, n'est pas vaine.
Et s'ils s'expriment dans la violence, il apparait dans plusieurs scènes que ces rapports ne sont pas toujours aussi éloignés de ceux d'une famille classique, comme on voudrait le croire.
Comme on aimerait le croire.

La violence en très gros plan

The Devil's Rejects, c'est ça : un film qui se plaît à décrire une situation pour mieux faire évoluer les rôles, de manière presque imperceptible. Pour mieux jeter le trouble dans l'esprit du spectateur.
Impressionnante charge sur la violence de nos sociétés (avec une vraie dimension catharthyque), le long-métrage de Rob Zombie (oui, oui : le chanteur de métal !) est sans aucun doute un des meilleurs films d'épouvante de la décennie. Tout simplement parce qu'il dépasse largement son cadre pour amener le spectateur à s'interroger sur ce qu'est la violence. Sur ce qui la provoque. Sur ce qui la justifie ou pas.

Stupéfiant et immersif

Comme en plus, c'est un film très bien réalisé, avec une bande son immersive (la BO nous replonge littéralement dans les années 70, jusqu'au final dantesque sur Free Bird de Lynyrd Skynyrd), il est facile de se laisser embarquer dans cette stupéfiante histoire.
Dérangeant, violent, questionnant, The Devil's Rejects est un film à ne pas mettre entre toutes les mains (il est interdit aux moins de 16 ans). Mais il est aussi incontournable si l'on aime le cinéma.

Bien à vous,
Benny

lundi 19 janvier 2009

Le film de janvier : "Seraphim Falls"

La guerre de Sécession a beau être terminée depuis trois ans, le combat n'est pas fini pour l'ancien colonel sudiste Morseman Carver (Liam Neeson). Accompagné d'une poignée d'hommes, il s'est juré d'abattre un yankee, l'ex-capitaine Gideon (Pierce Brosnan) et il est prêt à traverser tout le pays pour cela. Que s'est-il passé entre ces deux hommes à Seraphim Falls ? Pourquoi Carver tient-il absolument à abattre sa proie en le regardant droit dans les yeux ? Et surtout, Gideon est-il si dangereux que ses poursuivants l'affirment ?

Brosnan, troublante cible

Sorti directement en DVD en France (et diffusé sur CineCinema en janvier), Seraphim Falls est un film réalisé par David Van Ancken et tourné en 2005. Plutôt méconnu chez nous, il mérite pourtant que l'on y jette un coup d'oeil. Si on pourra regretter quelques longueurs et si la conclusion a laissé dubitatif un certain nombre de spectateurs, il faut néanmoins admettre que la course-poursuite entre Carver et Gideon fonctionne bien.
Essentiellement parce que l'on ne sait pas ce qui l'a initiée mais aussi et surtout, parce que le personnage de Pierce Brosnan est suffisamment bien bâti pour entretenir le doute. De sorte que l'on ne sache pas vraiment qui, du fuyard ou de son assaillant, est vraiment le plus dangereux.

"Huston, on a un problème..."

Et de ce point de vue, les deux tiers du film, entièrement construits autour de cette question, sont vraiment plaisants. Dommage que cette tension s'évapore un peu dans la dernière partie du récit. Eh oui : il ne suffit pas de planter Anjelica Huston dans le désert (depuis trop longtemps ?... désolé) pour régler ses problèmes de rythme.
Quoi qu'il en soit, Seraphim Falls reste un honnête film, susceptible de plaire aux amateurs de western comme aux autres. Et il y a même cinq minutes avec Angie Harmon (New York District), alors...

Bien à vous,
Benny

dimanche 14 décembre 2008

Le film de décembre : "Thank you for smoking"

"Michael Jordan joue au basket, Charles Manson tue des gens, moi je parle". Nick Naylor est lobbyiste. C'est aussi le vice-président de l'Academie d'études des effets du tabac, une structure financée par... l'industrie du tabac. Le rôle de Naylor ? Défendre les intérêts des industriels de la cigarette, alors que les dangers qui sont liés à ce produit sont sans cesse pointés du doigt par les talk shows, les journeaux et les politiciens. Un sacré défi... sauf quand on connaît aussi bien la culture américaine et la nature humaine que lui.

When Profit smokes

Emmené par l'excellent Aaron Eckhart, qui trouve ici son meilleur rôle au cinéma, le film de Jason Reitman est une comédie féroce, entièrement construite autour du personnage de Naylor. Il y a du Jim Profit chez ce lobbyiste. Est-il forcément un monstre ? Non, il est juste un peu plus culotté, un peu plus malin et un peu plus manipulateur que les autres. Un tout petit peu plus.
Cela, on le comprend dès le début du film quand, sur un plateau de télé, on l'oblige à soutenir son discours face à un ado au crane rasé et qui est atteint d'un grave cancer.
Et c'est précisément sa connaissance intime de la nature humaine qui plaît chez ce quadra au regard séducteur : la façon dont il parvient à faire accepter de l'argent à une ancienne incarnation du cowboy Marlboro qui est en train de mourir, est de ce point de vue édifiante.

La comédie était presque parfaite...

Voilà un personnage finement défini, longuement muri et c'est ce qui fait tout son charisme.
On pourra regretter que le canevas du récit soit assez standard pour une comédie : c'est ce qui fait que le film a quelques passages à vide. De ce point de vue, l'articulation entre la vie publique du héros et sa vie intime (ses rapports avec son fils de douze ans) n'est pas complètement convaincante. Mieux traitée, elle aurait pu faire du long métrage un monument du genre.
Mais cela ne remet pas en cause le fait que cette comédie est un très bon film, avec une accroche efficace, un déroulement fluide et une conclusion qui claque comme un coup de fouet. A consommer sans modération si ce n'est déjà fait.

Bien à vous,
Benny

mercredi 5 novembre 2008

W, l'anti-homme d'état

Je suis allé au cinéma... et cela faisait un petit moment que ça ne m'était pas arrivé (la faute à CinéCinéma). Passé le dilemme du choix de film (Hellboy II ou W. ?), je me suis laissé porté par le film d'Oliver Stone et consacré à celui qui est aujourd'hui l'avant-dernier président des Etats-Unis.

Une intrigue miroir
Plus qu'un film qui se distinguerait par sa virtuosité cinématographique, W. s'appuie avant tout sur une solide trame narrative : le récit raconte en parallèle deux époques de la vie de George Walker Bush. D'un côté, la façon dont il accède à la présidence américaine. De l'autre, celle dont lui et son administration vont justifier l'entrée en guerre contre l'Irak. Un scénario particulièrement efficace et dont les deux axes sont un peu comme deux miroirs qui se répondraient.
W., c'est le portrait de l'anti-homme d'état. Un peu comme l'anti-héros qui subit les événements plus qu'il n'agit, Bush apparaît ici comme un imbécile à visage humain. Stone raconte tout au long du film que son héros n'a eu de cesse de composer avec le lourd regard de son père. Un père aux yeux duquel il ne répond jamais vraiment à ses attentes. Le pari est assez culotté : il donne en tout cas une complexité relative à un personnage qu'il est facile de détester au départ.
Le problème, c'est que l'on est ici dans un biopic. On ne sait pas vraiment où commence la fiction et où débute la dimension réaliste du récit, les éléments qui renvoient directement au réel. Et quand on s'attaque à un homme d'état aussi médiatique et aussi décrié que Bush, Jr. ça complique pas mal les choses.

Une drôle d'impression

Constatation évidente : on se retrouve face à un bon film, qui évite assez bien la lourdeur dans laquelle un tel long-métrage aurait pu s'embourber. Et en même temps.. on est un peu gêné par son aspiration "pseudo-documentaire". Le spectateur ne peut s'empêcher de se demander ce qui est vrai dans ce que raconte Stone. Son discours sur l'intervention américaine en Irak est cohérent. Impressionnant parfois. Mais sa propension à faire de George Bush Sr un second rôle plutôt stéréotypé (pour ne pas dire de fiction) casse complètement cette logique. Et c'est ce qui génère l'impression assez étrange évoquée plus haut.
Le casting est lui impeccable : de Josh Brolin dans le rôle titre à Richard Dreyfuss dans celui de Dick Cheney, en passant par Thandie Newton ou James Cromwell. En définitive, on passe un assez bon moment de cinéma. Un film pas désagréable mais un poil destabilisant.

Bien à vous,
Benny

vendredi 18 juillet 2008

Le DVD de juillet : Miller’s crossing

Les temps sont durs pour Léo O’Bannon, caïd de la mafia irlandaise. Alors qu’il a la mainmise sur toute une ville, Johnny Caspar, une figure de la communauté italienne locale, vient lui réclamer la tête d’un piètre malfrat, Bernie Bernbaum, endetté jusqu’au cou à force de faire des mauvais paris.
Problème : Bernie est le frère de Verna, la petite amie de Léo. Et ce dernier refuse de le lâcher. Pour Tom Reagan, l’éminence grise de O’Bannon, les problèmes vont surgir les uns après les autres. Dès le début, on se doute que tout cela va mal se terminer. On ne sait pas à quel point…
Alors que, dans le précédent post, je décrivais l’hommage comme un exercice difficile, je ne peux aujourd’hui que conseiller aux cinéphiles (et aux autres aussi) de regarder Miller’s crossing, un film des frères Coen datant de 1990.
Tout entier conçu comme un hommage aux films noirs de la première moitié du XXe siècle (l’histoire se déroule pendant la période de la prohibition américaine), ce long-métrage joue avec bonheur sur les codes narratifs et visuels du genre pour mieux servir son propos. L’hommage est ici un moyen, un véhicule qui donne toute sa profondeur au thème du film.

Le carrefour des mensonges

Véritable voyage au cœur de la manipulation (notamment celle du spectateur), Miller’s crossing est effectivement un incroyable film sur le mensonge. Plus que ça : c’est un long-métrage sur un monde qui se construit sur un mensonge (le crime organisé, dont la violence n’a d’égal que le faste des salons où ses principaux leaders fument des cigares) et sur les rapports humains qui lient les femmes et les hommes qui en sont partie prenante. Des liens qui se font et se défont tout au long de l’histoire puisque tout, dès le départ, est tronqué. Leur vie, c’est la tromperie : pourquoi ne mentiraient-ils pas à leurs plus proches alliés ?
Film assez lent, brillant (il y est finalement beaucoup question de solitude. Un corollaire au mensonge ?), Miller’s crossing bénéficie de l’énergie et de l’inventivité des premières oeuvres des frères Coen (Barton Fink, Fargo, The Big Lebowski… en attendant d’avoir vu Sang pour sang :p). Il est pareil à ces livres que l’on lit sans déplaisir mais dont on ne saisit toute la puissance qu’une fois arrivé au terme de l’aventure. Porté par un Gabriel Byrne aussi sobre que génial (il est l’interprète de Tom Reagan, 17 ans avant In Treatment !), ce long métrage est un bon film. A voir.

Bien à vous,
Benny

dimanche 27 avril 2008

Le DVD d’avril : "Abandonnée"

Attention, film choc. Quadragénaire, Marie revient en Russie pour en savoir plus sur ses origines. Adoptée dans de troubles conditions (elle ne sait rien de ses parents), mère d’une fille avec laquelle a du mal à communiquer, elle est aujourd’hui perdue, égarée. C’est donc pour savoir où aller qu’elle décide de savoir d'où elle vient, qu’elle entreprend un retour aux sources dans une maison à l’abandon dont elle vient d'hériter, et où se cache un terrible secret.

Psychologie de la peur

Bayona avec L’Orphelinat, Balaguerro et Plaza avec REC, Cerdà avec Abandonnée… En Europe, les réalisateurs espagnols donnent aujourd’hui un nouveau souffle au film fantastique/film d’horreur. En inscrivant effectivement leur propos dans un contexte émotionnel dense, Bayona comme Cerdà proposent des longs-métrages très particuliers.
Avec Abandonnée, on n’est pas dans le film qui cherche « simplement » à faire peur, à jouer sur les attentes du spectateur comme dans bon nombre de slasher movies americains : on est beaucoup plus dans le drame psychologico-fantastique. Les scènes chocs matérialisent avec force les peurs les plus intimes de Marie et Nikolaï.

Un cauchemar énigmatique

Au fur et à mesure qu’avance le film, la narration prend un caractère syncopé : Cerdà tente alors de jouer sur les affects et l’inconcient du public. Le spectateur bascule dans une sorte de cauchemar énigmatique au terme duquel le réalisateur révèle l’abominable vérité sur ce qui s’est passé quatre décennies plus tôt.
Abandonnée est un film troublant, remarquablement mis en scène par un metteur en scène qui signait là son premier long-métrage. Que l’on soit dehors (les images d’une Russie tour à tour belle et hostile) ou que l’on soit dedans (les scènes dans la vieille maison sont source de tension permanente), le film revisite avec succès plusieurs thèmes fondateurs de la psychanalyse (le double, le meurtre du père, le refoulé) et c’est ce qui en fait un objet intéressant. A la fois déroutant et bluffant. Une tragédie horrifique qui vous marque un petit moment après la fin du générique.

Bien à vous,
Benny

vendredi 28 mars 2008

UNAIRED 2/3 : En février, j’ai vu un passionné prendre une caméra et aller au front

Je l’avais découvert incidemment. Ce soir-là, il présentait en une courte chronique Rocky, diffusé juste après sur Cinécinéma Frisson. Je l’ai revu six mois après, pendant le mois spécial Star Wars, s’excitant avec sa verve toute toulousaine sur la qualité de L’Empire contre-attaque pour mieux vomir sur la Bataille des Clones.
Je venais de tomber sous le charme de Yannick Dahan, chroniqueur ciné passionné comme on en voit peu.

Un éveilleur

Son enthousiasme, son sens de la répartie et son insatiable envie de faire découvrir des films méconnus ou mal jugés m’ont définitivement séduit. Pour moi, c’est LE journaliste. Pas parce qu’il aurait toujours raison, surtout pas. Mais parce qu’il y a chez cet homme une rigueur professionnelle, un souci d’information et une volonté de partage qui me laissent songeur. Le tout enveloppé dans une vraie simplicité que l’on décèle assez bien derrière ses emportements mémorables contre telle « claque mortelle » ou telle « bouse cosmique ».

Ciné transgressif, inventif, et liberté

Pas de chance : je n’ai vu que la fin de ses aventures sur Cinécinéma Frisson. Après cinq ans à présenter l’émission Opération Frisson, il a effectivement décidé de voguer vers d’autres horizons. Plus de « Bonjour et bienvenue », de « Je parle bien sûr de… » et autres « A la semaine prochaine pour de nouvelles aventures… ». C’est dommage : on devient très, très vite accro.
Dans un paysage cinématographique très consensuel, Dahan aura fait date en laissant entendre une autre voix. Celle d’un ciné aussi transgressif qu’inventif. Celui qui prend des risques par amour du spectateur. Et en tant qu’animateur, il aura mis un point d’honneur à se mettre au diapason.
« Un jour, expliquait-il l’an dernier au magasine de DVD Classik, j’ai descendu une édition de Matrix que je trouvais pitoyable ; le lendemain, l’attachée de presse m’a téléphoné pour m’annoncer qu’on ne m’enverrait plus rien. Seulement j’ai fait ce que semble-t-il personne n’avait osé faire auparavant. Je l’ai dit dans l’émission suivante, en prévenant que même s’ils ne supportaient pas qu’on dise du mal de leurs produits, ça ne m’arrêterait pas, quitte à les acheter moi-même pour en parler. 24 heures plus tard, coup de fil du patron de Warner, qui demandait qu’on m’envoie tout sans poser de questions. Depuis, je n’ai jamais été emmerdé. »

Une histoire vraie. Et comme il doit y en avoir très peu aujourd’hui (le fait que l’émission et l’animal étaient sur le câble expliquent sans doute pas mal de choses). Aaron Sorkin adorerait, c’est sûr…

Good bye & good luck

Je peux me tromper, mais je crois que, plus que tout, ce garçon est intellectuellement honnête. Ca impressionne. Ca m’impressionne en tout cas. Et me fait réfléchir à ce que je veux être.
Prendre des risques disais-je plus haut… Chroniquer des films, c’est bien. Mais quand on aime le cinéma, ça ne suffit pas. Dahan est donc parti faire son cinéma. Son premier film est en tournage. Moi, je croise les doigts… je respecte décidément trop ceux qui ont des cojones.

Bien à vous,
Benny

PS : si j’avais été plus malin, j’aurais pondu cette chronique bien plus tôt. Heureusement, Arnaud J. Fleishman, qui lui est un gars bien (et ponctuel), a assuré en temps et en heure. Big up à l’homme de Cicely.