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lundi 2 juillet 2012

Le livre de juillet : "The Practice, la justice à la barre" (Nathalie Perreur)

Cela fait un petit moment que j'avais prévu de parler de ce livre. Mais comme c'est la tradition depuis plusieurs années, je n'ai pas vu passer le mois de juin et j'ai laissé trainer...

The Practice : La justice à la barre est issu de la nouvelle collection que les Presses universitaires de France consacrent aux grandes séries américaines post Hill Street Blues, celles que Robert Thompson regroupe sous le concept de Quality Television dans son ouvrage Television's Second Golden Age. Une appellation qui recouvre en gros tous les dramas qui, ces trente dernières années, ont questionné (ou questionnent) avec beaucoup d'acuité la société américaine 

L'ouvrage à l'honneur aujourd'hui est le deuxième d'une série dans laquelle on trouve déjà une étude consacrée à Desperate Housewives et une autre à CSI. Dans les mois qui viennent, ce seront au tour de Six Feet Under, Grey's Anatomy et The Shield de faire l'objet d'une analyse réalisée par un universitaire.

 En s'intéressant à The Practice, la série la plus noire de David E. Kelley, Nathalie Perreur, docteur en sciences de l'information et de la communication, laisse à penser que les PUF ne veulent pas seulement surfer sur un effet de mode mais bel et bien s'intéresser à des séries qui possèdent une vraie richesse thématique.

Ce qui est une excellente idée.

Ce bon point est malheureusement contrebalancé par ce qui est, pour moi, deux gros défauts. Le premier, ce sont les approximations et/ou le besoin d'opposer maladroitement les dramas modernes avec le reste de la production.

Des erreurs regrettables... 


Côté approximations, j'en ai relevé trois dès les trois premières pages. Affirmer par exemple que Kelley a écrit la quasi-totalité des épisodes de La Loi de Los Angeles est ainsi une hérésie : il a quitté le show après la saison 5, et au cours de cette dernière année, il était moins présent dans l'écriture directe d'un show qui compte au total huit saisons.

Assurer que la série était  "diffusée originellement le dimanche soir puis retransmise le lundi à partir de janvier 2003" est encore  approximatif. La saison était diffusée le mardi aux Etats-Unis, avant d'être proposée le samedi en saison 2 (un jour maudit Outre-Atlantique : personne n'est devant sa télé. Kelley a multiplié à l'époque les épisodes bouclés pour ne pas tuer sa propre création) puis d'être propulsée le dimanche grâce aux très bons retours critiques.


Soutenir enfin que la série n'a jamais été proposée intégralement sur une chaîne française est encore faux. Ou alors j'ai rêvé le soir où j'ai vu la fin de la saison 7 puis de la saison 8 sur Jimmy.


... et une idée centrale maladroite

A ces erreurs factuelles s'ajoute le besoin de désigner les séries dramatiques "nobles" sous le terme de néo-séries (alors que les spécialistes les appellent déjà... drama). Personnellement, ça m'a gêné. Avec cette appellation, j'ai parfois eu l'impression que l'auteur cherchait à convaincre son lecteur du sérieux de ces créations pour mieux renvoyer les autres productions aux jugements faciles, partiels et partiaux. Ceux que l'on réserve encore souvent à la majeure partie de la production télévisuelle.


Je suis mal à l'aise avec cette idée car ça ne rend que très imparfaitement compte d'une réalité : avec les séries des USA, comme dans les bons dramas, il n'y a pas d'un côté les bons et les méchants. J'entends par là qu'il y a un vrai phénomène d'interpénétration entre les séries "nobles" et les séries grand public. 

C'est parce qu'elle connaît les ressorts du soap et que dans ses meilleurs moments, elle sait transcender son genre que Desperate Housewives a vécu huit saisons. C'est parce qu'elle pose des personnages solides que Chuck n'est pas une série d'espions bateau et benêts. Et cette appellation de "néoséries" ne tient pas vraiment compte de ça.

Plusieurs bonnes choses (quand même)

Ces considérations mises à part, je dois dire... que je ne sais pas trop quoi penser de cet ouvrage. En tant que téléspectateur attentif de cette série (attention : je n'ai pas dit fan), je n'ai pas appris grand'chose. Maintenant, ça ne me choque pas. 

Enfin, pas trop : l'idée est sans doute de s'adresser à ceux qui ne connaissent pas ou peu. Mais dans ce cas-là, autant faire preuve de rigueur dans l'analyse: pour moi, c'est ce qui a sans doute manqué le plus.

Car il y a quand même des choses intéressantes dans The Practice : La justice à la barre. Toute la partie sur l'ambivalence des notions de culpabilité et d'innocence est assez bien menée (comme celle sur les dérives d'une société sécuritaire). Quant à celle consacrée à un "argumentaire filé contre la peine de mort", elle est assurément la plus réussie.

Très didactique (sans doute trop), l'ensemble manque un peu de souffle : j'ai parfois eu l'impression d'assister à une démonstration appuyée superposant les exemples plus qu'à une analyse anglée, portée par un récit empreint de souplesse. Et ça aussi, c'était dommage de mon point de vue (1).

Pourtant, conte toute attente, cela m'a surtout donné envie de revoir la série. Mine de rien, c'est une jolie performance : il y a des moments vraiment barbants dans les saisons 6 et 7 de la série.

Bien à vous,
Benny

(1) : Je serais vraiment heureux d'avoir un autre avis parce que je me demande si c'est moi qui ai pris le livre dans le pif (ce que je ne veux pourtant pas faire), loupant au passage des éléments importants...

lundi 9 janvier 2012

Zoom sur le Dictionnaire des séries télévisées

Ecrire, en France, un ouvrage consacré aux séries télévisées n'est pas une chose si facile que ça... le genre a beau s'extirper progressivement du regard condescendant qu'on lui portait il y a encore quelques années, rien n'est définitivement gagné.

Bien souvent, les auteurs mettent le paquet sur les blockbusters nobles (lire, les shows qui font de l'audience et/ou qui ont l'heur de plaire à l'intelligentsia) sans toujours aller au bout de la démarche. En clair, l'ouvrage parle à ceux qui s'intéressent un peu au sujet mais laissent souvent les vrais amateurs, les vrais mordus, sur leur faim.

L'exemple typique, c'est Séries : une addiction planétaire, qui est sorti en fin d'année dernière, et qui est assurément un beau livre en terme d'iconographie et de mise en page... mais dans lequel on n'apprend pas beaucoup de nouveaux trucs sur des séries que l'on connaît bien (même s'il y a des entretiens qui méritent le coup d'oeil).

Le Dictionnaire des séries télévisées, lui, réussit son coup en la matière. Cet ouvrage, décrit comme "une intégrale critique et passionnée", on le doit à deux échappés du Monde des Livres, Nils C. Ahl et Benjamin Fau. Et quand on l'a dans les mains, on sait vite que l'on a affaire à des connaisseurs.

Une vraie ambition critique, un chouette ouvrage

Exhaustif (J'y ai découvert des séries que je ne connaissais pas... et pour l'instant, il n'y a que la chronique de Two Guys A Girl And A Pizza Place - sitcom des 90's- que je n'ai pas trouvée), précis dans ses fiches descriptives, ce pavé sorti en octobre de l'année dernière (*) devrait séduire plus d'un sériephile par sa précision, l'enthousiasme de ses chroniqueurs et le désir de porter un vrai regard critique sur ce que ces derniers ont vu devant leur télé. Et cela, qu'il s'agisse de séries anglophones, européennes ou françaises (critiquées sans détour mais avec honnêteté).

C'est d'ailleurs ce qui fait qu'on peut ne pas être d'accord avec ce que pensent les auteurs (globalement, j'ai trouvé leur regard sur Due South et EZ Street de Paul Haggis un peu approximatif par exemple): on ne peut nier le sérieux et la rigueur de la démarche qui animent ce projet. Et je vous avoue sans détour que je le dévore avec délectation depuis trois semaines.

Personnellement, je trouve que c'est le meilleur ouvrage en la matière depuis Les Miroirs de la Vie et Les Miroirs obscurs, pilotés par Martin Winckler.

Bien à vous,
Benny

(*) Et dont je ne vous parle que maintenant parce que ma coloc me l'a offert à Noël...

mardi 4 octobre 2011

Le livre d'octobre: "The Corner", partie 1 (David Simon & Ed Burns)

"Quand je serai grand, je serai David Simon". 

Cette phrase, j'ai eu l'occasion de la dire, de l'écrire, un bon nombre de fois ces dernières années. Celui que l'on connaît d'abord comme le créateur de The Wire, Generation Kill et Treme est un homme qui sait mêler les mots et les maux. Un auteur rare, un de ces observateurs de la nature humaine dont les paroles trouvent un echo profond en vous. Et cela depuis de nombreuses années. A la télé mais pas seulement.

Ancien journaliste du Baltimore Sun, Simon est aussi l'auteur d'enquêtes richement documentées et peu connues en France. La première, Homicide: A year in the killing street, est le livre dont Barry Levinson a extirpé une adaptation sous forme de série télé pour NBC dans les années 90 (avec l'aide de Tom Fontana).
La seconde, The Corner: A Year in the life on an Inner City Neighbourhood, co-écrite avec Ed Burns, ex-flic devenu par la suite enseignant à Baltimore, a elle aussi été adaptée pour le petit écran (par l'auteur-scénariste lui-même) à travers une mini-série diffusée sur HBO en 2000.

Un funeste bal, une mélodie entêtante
Si le premier ouvrage n'a toujours pas été traduit en France (sorti en 1991, il a reçu un Edgar award et est toujours commandable en VO sur Amazon), The Corner est arrivé cette année sur les étagères des librairies françaises (une bonne idée que l'on doit aux éditions Florent Massot). Sous-titré Enquête sur un marché de la drogue à ciel ouvert, il fait l'objet de deux tomes dont le premier, évoquant des événements survenus en hiver et au printemps de l'année 1993, est sorti début 2011 (le second sort ce mois-ci).

Authentique plongée dans un coin abandonné par le rêve americain, The Corner vous emmène à Baltimore Ouest, au coin des rues Fayette et Monroe. Là où nuit après nuit, jour après jour, dealers, rabatteurs, testeurs et junkies perpétuent le funeste bal du commerce de la drogue.
Une danse macabre dont le rythme ne s'arrête pas aux poignées de mains scellant la transaction. Car le trafic de drogue, telle une marée noire, avance résolument et inexorablement. Contaminant tout sur son passage.

Fayette et Monroe, troublant trou noir
Frappé de plein fouet par le chômage, Baltimore Ouest possède un impressionnant taux de chômage. Et la seule activité qui prospère, c'est la vente des Blue Tops ou des Big Whites qui a changé la majeure partie des habitants en zombies. Plus qu'un simple croisement de rues où on palpe des billets à longueur de journée, le Corner est une véritable entité qui structure tout autour d'elle. Relations familiales en déliquescence (les fils travailleurs deviennent des épaves sans volonté, puis des pères absents), relations amoureuses vidées de toute dimension symbolique, rapports professionnels inexistants... le Corner est un trou noir qui happe tout et tout le monde. Qui déstructure et vide l'existence de tout sens.

Les singulières Simon Stories
La grande force de ce roman-enquête, c'est de décrire de façon méthodique, implacable et très structurée les conséquences de cette activité (et toutes ses ramifications) sur un quartier en crise. Si c'est une citation de Kafka qui ouvre le récit, il n'y a d'ailleurs pas de hasard: Simon et Burns dépeignent avec maestria la prééminence d'un système qui déchire les corps et écrase les âmes. Et contre lequel la lutte paraît vaine.

Mais là où cet ouvrage devient carrément épatant, c'est que ceux qui en sont les auteurs entremêlent subtilement des faits et une construction dramatique. Quelque part, certains trouveront cela gênant, à ne pas savoir où commence la réalité et où s'arrête la fiction... Mais on retrouve au fil des pages les caractéristiques du succès des Simon Stories, avec des personnages qui font figures d'icônes et des éléments d'analyse qui renvoient directement au monde dans lequel nous évoluons.

Lutte désespérée
à Baltimore Ouest...

Gary McCullough, fils prodigue brisé par le serpent de l'addiction qui se love dans ses entrailles; son ex, Fran, une mère qui veut porter les valeurs qui doivent permettre à ses enfants de ne pas sombrer mais qui ne peut décrocher; DeAndré, leur fils malin mais fragile face aux lois d'attraction du Corner, son pote RC qui ne cesse de hurler et qui est écrasé par la violence de son quotidien; Ella Thompson, qui a sur ses frêles épaules les espoirs d'un système éducatif qui n'a pas les armes pour mener un combat équitable; Bob Brown, flic qui refuse absolument de se résigner et coffre les junkies comme Don Quichotte combattait les moulins à vent (alors que le système pénal est complètement défaillant)... Tous ces visages, toutes ces trajectoires, vous allez les croiser dans un livre qui s'appuie aussi bien sur des données historiques que statistiques, et qui est remarquablement articulé dans sa réflexion. Un récit-témoignage mais aussi un vrai livre d'auteur, dans lequel ses deux plumes ne sont jamais avares de formules puissamment évocatrices et subtilement écrites.

Flics, dealers, profs, ados, parents, enfants, junkies... le Corner les aura tous. Et il vous aura, vous aussi.
Vous devez lire ce livre.

Bien à vous,
Benny

mercredi 17 août 2011

Le livre d'août: "Un jour en mai" (George Pelecanos)

Washington, printemps 72. Ivres et drogués, trois jeunes Blancs, Billy Cachoris, Peter Whitten et Alex Pappas, vont provoquer des Noirs dans leur quartier.
L'affaire tourne mal lorsqu'ils font face aux frères James et Raymond Monroe, et au très teigneux Charles Baker. Peter s'enfuit, mais Billy est tué et Alex perd presque un oeil dans cet affrontement. A la suite de cette confrontation, James Monroe sera condamné à dix ans de prison.

35 ans plus tard, ce dernier n'a plus grand chose à voir avec le jeune garçon responsable et pour lequel s'annonçait un avenir prometteur. Garagiste à la petite semaine, il passe surtout son temps à vider des bières. Raymond, qui était plutôt du genre turbulent dans sa jeunesse, s'est considérablement assagi: il travaille désormais dans un centre médical. Alex Pappas, lui, a pris la suite de son père dans le restaurant que ce dernier a bâti, laissant de côté ses rêves d'indépendance avec le décès soudain de ce dernier. Il n'y a guère que Charles Baker qui n'a pas changé. Il est resté truqueur, manipulateur. Il est toujours dangereux et surtout, avide de vengeance...

La collision de deux mondes
C'est le deuxième roman de Pelecanos chroniqué sur ce blog après Hard Revolution. Adepte des récits détaillés qui font peser le poids du temps qui passe sur son propos, l'ex-scénariste de The Wire et The Pacific embarque une nouvelle fois le lecteur dans un voyage à travers l'histoire des Etats-Unis. D'abord en racontant la collision (le mot n'est pas trop fort) de deux mondes qui cohabitent sans se connaître (celui de Pappas et ses amis et celui des frères Monroe et de Baker). Ensuite en racontant ce que sont devenus ces deux mondes et leurs protagonistes, plus vraiment étrangers par la force du drame.



Faux polar mais vraie énigme dans laquelle une belle galerie de personnages se débattent, Un jour en mai raconte la vie d'une Amérique qui panse comme elle peut ses plaies historiques. Qu'il s'agisse des événements survenus sur son sol (la question des tensions raciales et de leurs causes est abordée assez subtilement) ou dans le cadre d'opérations extérieurs (l'ombre des combattants qui ne sont pas là cohabite avec les corps en souffrance dont s'occupe désormais Raymond).

Le pourquoi d'une impression (un peu) mitigée
Au final, ce roman s'articule autour de toute une mosaïque de thèmes adroitement évoqués... et pourtant, j'ai été moyennement emballé. Oui, Un jour en Mai est incontestablement un livre bien fichu, avec un propos solide. Mais j'ai trouvé la construction de l'intrigue quelque peu paresseuse. Je conçois que le rythme soit plutôt lent et cela ne me pose pas de problèmes... mais l'ensemble aurait sans doute gagné en dynamisme si les personnages avaient été un poil moins "linéaires", plus fouillés. Plus complexes. C'est en tout cas ce qui, pour moi, manque à ce roman plutôt bon (et franchement, il mérite d'être lu) pour qu'il soit vraiment réussi.

Bien à vous,
Benny

jeudi 30 décembre 2010

Six coups avant minuit/Le roman de décembre: "Jouez Violons!" (Ed McBain)

Ambiance fin de cycle. Jouez Violons!, c'est le 55e et dernier roman du 87e District : Ed McBain, auteur de la prolifique saga, est décédé peu de temps après sa parution. C'est aussi un assez beau symbole de ce qu'est le polar façon McBain. A travers une enquête plutôt classique mais suffisamment bien écrite pour retenir l'attention du lecteur, on plonge en effet une nouvelle fois dans l'univers foisonnant de la cité d'Isola. Et en matière de récits immersifs, l'auteur reste toujours une jolie référence...

De l'efficace pour finir
Cette fois, Carella, Meyer et les autres enquêtent sur une affaire de meurtres liés par une même arme. Un violoniste aveugle est d'abord retrouvé mort dans une ruelle, deux balles dans la figure, alors qu'il jouait dans une boîte tenue par un ex-taulard condamné pour trafic de drogue. Peu de temps après, on découvre qu'une représentante en produits de beauté a été abattue chez elle, de deux balles dans la figure. Très vite, on découvre qu'elle avait dans sa jeunesse goûté à tous les fruits défendus, y compris la dope. La liste des victimes va rapidemment s'allonger...
Pris individuellement, les différents pans du récit ne sont pas forcément bluffants: l'enquête est efficace mais pas d'une sophistication absolue, la suite des déboires amoureux de l'inspecteur Kling avec Sharyn Cooke et les développements de la romance qui lie désormais cette truie armée d'Oliver Weeks avec Patricia Gomez ne prennent véritablement leur saveur que pour les fidèles lecteurs... mais l'imbrication des différents éléments donne une énergie singulière à l'ensemble, qui se lit à la vitesse grand V si vous ne connaissez pas encore cette saga (*).

L'ultime épisode, pas la conclusion
Pour les mordus, l'heure des adieux sonne sans fausse note. A ceci près que ce dernier épisode n'est pas une conclusion. Et que tout est possible pour tous les personnages. De la vie sentimentale de Kling à l'avenir de la famille de Carella (sa fille April est sur une pente savonneuse) en passant par l'histoire qu'entretiennent Weeks et Gomez. Cela peut être une sacrée source de frustration... à moins qu'un jour, un auteur un plus fou ou un plus culotté ne propose un jour de donner une suite à cette oeuvre?

Bien à vous,
Benny

(*) : Si l'envie vous prend de vouloir découvrir la saga, commencez par Mourir pour mourir. Le titre français est nul, mais c'est tout le contraire de l'histoire.

dimanche 24 octobre 2010

Le livre d'octobre : "Comment je n'ai pas rencontré Britney Spears"

Le début de cette histoire date de cet été. Les vacances, un peu de temps à savourer. L'occasion de se poser, lire, blogger et farfouiller sur la toile en quête de découvertes. Des fois, je m'arrête parfois sur un titre, sur une bannière pleine de couleurs, sur une sélection de photos... avant de poursuivre le petit périple.
Et puis d'autres fois, je m'arrête un peu plus long moment. Je me mets alors à lire. Lire, lire et encore lire. Sur la blogo, découvrir une nouvelle plume (ou un nouveau clavier, si ça fait pas assez 2.0) c'est aussi découvrir un nouvel univers. Avec ses petits trucs insignifiants, marrants et marquants, et ce que l'on retient, ce qui résonne durablement.
Si vous allez faire un tour du côté de Fuck You Billy, le monde d'Elixie, c'est un peu tout ce que vous allez retrouvez. Les vidéos d'un chat DJ ou d'une ENORME marmotte qui mange une cracotte (je rigole pas : elle est colossale). Ca et une sélection de photos consacrée au bandeaux en éponge, une liste des petites phrases innocentes (celles qui "résonnent en vous" quand vous les lisez)... C'est très, très chouette (et c'est une découverte que je dois à AussieLilie).

A la poursuite d'un personnage

Derrière Elixie (ou à coté, vous choisirez), il y a Elise Costa. Journaliste free lance, elle est aussi l'auteure d'un bouquin sorti au printemps de cette année : Comment je n'ai pas rencontré Britney Spears. Une sorte de road movie à travers les US dans lequel elle essaie de décrypter le phénomène qu'est la chanteuse blonde. Britney, ce n'est vraiment pas ma tasse de thé. J'ai beau trouver ça moins pire qu'avant, je n'ai pensé que je lirais un bouquin sur elle. Et pourtant, si.
Si elle va traverser une bonne partie des States pour assister à un concert de miss Spears, Elise Costa ne va, comme le dit le titre, pas la rencontrer. Le but, c'est de mieux comprendre qui est le personnage qu'incarne la chanteuse (avec, dans son ombre, la personne dont se dessine de fragiles contours) et la façon dont celui-ci est perçu par les Américains.

Un joli périple pop

Tout au long du livre, les rencontres et les figures se succèdent tandis que l'auteure/narratrice retrace le parcours de la chanteuse, de ses débuts à ses périodes de creux surmédiatisés. La narration marche bien, elle est portée par un style percutant et se développe dans un flot de références pop qui parle à la génération des vingtenaires/trentenaires. Par à coups, le récit devient carrément audacieux, comme cette rencontre avec le journaliste Rob Sheffield qui prend la forme d'un script de western.
Bon tout n'est pas parfait et certaines affirmations sont juste honteuses (Clueless, meilleur teen movie de tous les temps ? Sans commentaire - ce qui en soit est déjà un commentaire) mais la lecture de ce livre est un joli petit plaisir. Qu'on aime ou pas la fille qui chante Toxic.

Bien à vous,
Benny

PS : On parle d'Eloise Costa dans le dernier Technikart, sur ceux qui squattent la célébrité des autres. Pas vraiment de la super pub a priori, mais celle qui a signé Comment je n'ai pas rencontré... se singularise avec la manière dans l'article de Léa Onorini et Eléonore Quesnel.

dimanche 17 janvier 2010

Le roman de janvier : "Jeux de Mots" (Ed McBain)


Le Sourd est de retour. Le plus célèbre criminel de la saga du 87e District est au centre de cet avant-dernier épisode de la saga de McBain. L'auteur nous plonge d'ailleurs d'entrée de jeu dans l'action... en nous racontant la suite de Cash Cash, un de ses meilleurs romans. Après avoir déclenché une émeute en centre-ville d'Isola, le Sourd avait détourné un camion rempli de drogue vouée à la destruction. Il s'était fait doublé par son associée, Gloria Tenford, qui l'avait laissée dans un motel le corps criblé de balles.
Comment débute Jeux de Mots ? Gloria Tenford entre dans un appartement et tombe nez à nez avec Le Sourd, sourire aux lèvres et armes au poing. Après avoir abattu la jeune femme, il envoie un message aux inspecteurs du Huit Sept.
Enfin, un message... une énigme plutôt. Le texte n'a pas de sens, en tout cas celui-ci n'est pas particulièrement évident. Normal c'est le Sourd : il adore le jeu. Alors peut-être qu'en intervertissant les lettres...

Ils sont revenus, ils sont tous là

Les romans consacrés au Sourd, c'est un classique dans la série du 87e District. McBain remet alors au goût du jour l'univers du roman à énigme et ça marche plutôt bien. Personnellement, ce n'est pas ce que j'aime le plus dans cet univers. J'ai toujours préféré les récits qui s'inscrivent dans un contexte social complexe et pour lesquels l'auteur est tout aussi excellent.
La force de Jeux de Mots, justement, c'est de multiplier les histoires et de mobiliser de très nombreux personnages. On ne s'ennuie pas un seul instant et c'est très rythmé. Même l'incontournable Fat Ollie Weeks est de la partie et on se régale à lire les aventures de ce gros dégueulasse réac qui n'en est pas moins bon flic... et qui est en train de tomber amoureux d'une jeune flic portoricaine.
L'amour et ses tourments, l'amour et ses prémices, le deuil d'un père et, au milieu, une solide énigme : tout ça nous donne un bon McBain. Pas le meilleur mais tous les éléments d'Isola sont là. Difficile dès lors de bouder son plaisir...

Bien à vous,
Benny

dimanche 13 décembre 2009

Dernier voyage à Isola

Les détours par les rayons livres de la Fnac vous réservent parfois de jolies surprises. Ils vous ramènent un peu à votre passé de lecteur et vous invitent à reprendre la route. C'est un peu ce qui m'est arrivé quand j'ai découvert il y a quelques jours que l'anthologie du 87e District d'Ed McBain comptait désormais un neuvième et dernier volume, avec les quatre derniers romans que l'auteur a écrit avant de disparaître.
McBain, le 87e District. Des flics, un commissariat, la ville d'Isola. Cinquante ans d'écriture et d'évolution sociale et culturelle aux Etats-Unis retracés en presque autant de polars. Du roman à suspense bien calibré de l'après-guerre au polar inscrit dans un contexte sociétal finement décrit. Et puis pour moi, des heures et des heures et des heures à dévorer ces romans dans le train avant et après le travail.

Le père de la narration sur petit écran

Ed McBain, de son vrai nom Salvatore Lombino, est Américain. Scénariste des Oiseaux, d'Alfred Hitchcock, on lui doit aussi un roman, Graine de Violence, dont l'adaptation cinématographique a elle aussi fait date (The Blackboard Jungle, de Richard Brooks). Son coup de génie, en 1956, n'est pas simplement de lancer une série de romans reprenant les mêmes personnages. C'est bel et bien d'instaurer une narration à double détente, avec d'une part des histoires bouclées et plongées dans la réalité de l'univers policier, et d'autre part une description continue de la vie de ses héros.
La narration télé, celle d'Urgences, celle de FBI : Portés Disparus ou encore The Shield, lui doit énormément. Et en France, on ne le sait que trop peu. Au fil des romans, on voit ainsi le héros Steve Carella se marier, avoir des enfants, perdre son père, tandis que ses collègues se retrouvent eux aussi confrontés aux drames et aux triomphes de l'existence.

Comme une petite musique
au fil des pages


Dans une ville imaginaire qui ressemble beaucoup à New York, l'oeuvre de McBain aura remarquablement évolué avec les années. Parce que son maître d'oeuvre est un créateur dans le sens le plus noble du terme : il est toujours en éveil, toujours en quête de points de vue, d'astuces narratives et de détails vrais susceptibles de nourrir son récit, de l'enrichir.
Son style est sans doute bien moins flamboyant que celui d'un James Ellroy : le premier roman que j'ai d'ailleurs lu de lui, Soupe aux Poulets (un titre très 50's dans l'esprit), ne m'a pas totalement convaincu. Mais, et c'est là que c'est très troublant, McBain possède une musique stylistique très personnelle ; de celles qui vous gagnent peu à peu.

Un dialoguiste unique

Avec le temps, son écriture a sans doute gagné en densité... et il a su garder ce qui est SA qualité : un sens du dialogue assez peu commun. McBain sait retranscrire la vérité du vécu, la force des échanges courts mais justes, dans ses écrits.
Roman Noir, le Frumieux Bandagrippe (adaptation d'un poème de Lewis Carroll dans Alice au Pays des Merveilles), Jeux de Mots et Jouez Violons. Quatre polars, quatre derniers billets pour Isola. J'en ai déjà lu/utilisé deux. L'heure est venue de reprendre la route vers Riverhead et Diamondback... en mélangeant le plaisir des retrouvailles et la légère nostalgie de la dernière fois.

Bien à vous,
Benny

lundi 19 mai 2008

Le livre de mai : « Le salaire de la sueur » (Michel Roux)

Une fois n’est pas coutume sur ce blog, je vais parler football. Non, pas la descente de Lens en ligue 2. Non, pas la montée de Grenoble, même si, en y réfléchissant bien, il y aurait des choses à raconter… Non.

Si le football est pour moi un sport fascinant, c’est parce que derrière onze gars en short qui courent après un ballon, il y a parfois toute une aventure humaine. Celle d’une équipe, et plus largement d’un groupe. Peu importe tout l’argent que vous pouvez mettre sur une table, si cet effectif ne fait pas un ensemble homogène, prêt à faire face à toutes les difficultés, cela ne sera qu’un gâchis.

Le foot, cette aventure humaine…


Pour qu’un groupe naisse, il faut un bon entraîneur. Capable de tirer les joueurs vers le haut en leur transmettant des idées parfois toutes simples mais imparables.

Daniel Leclercq, directeur général de Lens, a essayé de faire ça en rappelant aux footballeurs artésiens que « le cœur donne la direction et la tête, derrière, apporte la solution » (comme quoi, coach Taylor dans Friday Night Lights n’a rien inventé). Pourtant, il a échoué. Le football, la formation d’un groupe, dépasse toute logique. Il faut les bonnes personnes au bon moment, le discours qui permet d’aller de l’avant et… une bonne dose de chance.

Un décor… et le grand vide


C’est ce qui est arrivé à Valence, lors de la saison 2004/2005. Tout commence en juillet 2004. L’équipe du chef-lieu de la Drôme vient de descendre en National -l’équivalent de la troisième division du championnat de France de foot- juste près une longue et vaine lutte pour le maintien.

La direction du club doit relancer une formation littéralement anéantie : tous les joueurs pro ou presque ont quitté la région au moment où reprend l’entraînement. La trésorerie, elle, est vide et l’entraîneur de la précédente saison, traîne sur le bord du terrain comme une âme en peine : un remplaçant doit prendre les rênes de l’équipe. La saison qui va démarrer s’annonce cauchemardesque.

Partir de tout en bas, et regarder vers le haut


Et puis, tout s’enchaîne. Gilles Grimandi, le nouveau coach, s’en va. Alain Ravera, le précédent entraîneur, est appelé à la rescousse. Comme les dirigeants n’ont pu s’en séparer (une rupture de contrat coûterait au club un argent qu’il n’a pas), le revoilà à la tête de l’équipe.

L'homme un temps sur le départ accepte un défi complètement fou : relever la tête. Et même regarder vers le haut. « Nous nourrirons, dès cette saison, des ambitions, lâche Pierre Ferrazzi, figure emblématique du football valentinois et soutien du président du club, Alain Martin. Vous savez, le football tient parfois à bien peu de choses. Une somme d’infimes détails que nous devons faire en sorte de maîtriser ».

Il ne croyait pas si bien dire...

En quête de guerriers


Dès lors, Ravera et son staff vont foncer. Ils contactent une centaine de joueurs susceptibles de rejoindre leur nouveau groupe. D’entrée, le discours est clair : pas de prime versée à l’agent du joueur, la période d’essai et le déplacement sont aux frais du footballeur, l'hébergement au centre de formation est à la charge du club mais ses cadres ont négocié des tickets repas avec une cafétéria. Leur prix, cinq euros… est payable par le joueur.

Bienvenue à Valence : une ville balayée par le vent. A des années lumières du foot business.

Et ça marche ! Malgré toutes ces conditions de travail loin de la vie des autres pros, dans la défiance ou presque, Valence parvient à monter une équipe. Il y a des vieux briscards, des jeunes qui ont du mal à confirmer les espoirs qu’on a placé en eux, des gars du cru… on se croirait dans un improbable film américain.

Une impression d’autant plus juste que l’équipe gagne. Match après match, les Drômois font le plein de points. Certes, ils prennent parfois des vestes mais ne baissent pas la tête. Jamais.

Jusqu’au mois de mars et un déplacement à Sète.

Là, Ravera annonce à ses joueurs que le club, toujours en course pour la montée, n’a plus d’argent pour les payer.

Réussir, malgré les difficultés


Il reste encore deux mois de compétition et dans l’intimité d’un vestiaire héraultais, les Valentinois décident de continuer. Ensemble. L’objectif, c’est la ligue 2 (deuxième division). Pour sauver le club, pour continuer l’aventure. La rumeur veut que certains aient vécu dans un camping car pour aller au bout du rêve.

Parallèlement aux exploits de ses joueurs sur le terrain, le président Martin, de son côté, fait tourner le club sur ses propres deniers tout en cherchant un repreneur, qui ne sera intéressé que si le club parvient à remonter. Pour aller au bout du projet, Martin ira loin, très loin. Il passera quatre jours en garde à vue au moment où la situation deviendra franchement tendue. Un souvenir qui le marquera à vie.

Une conclusion dantesque, un épilogue déchirant


D’un épique déplacement à Tours au périple victorieux à Raon-L’Etape, en passant par un déplacement salé à Ajaccio, Le salaire de la sueur raconte une histoire étonnante, bouleversante.

Le journaliste Michel Roux revient en une toute petite centaine de pages sur une aventure humaine comme on en voit peu dans le monde du sport. De sa conclusion dantesque sur le terrain à son épilogue déchirant quelques semaines plus tard, ce livre rappelle paradoxalement qu’il n’y a que le sport pour vous faire vivre de pareilles choses. Pour vous faire vibrer avec autant d’intensité.

Ecrit comme un ouvrage de sport, Le salaire de la sueur (ouvrage publié en un petit nombre d’exemplaires) est transcendé par le récit qu’il livre. Il stimule l’imagination du lecteur en contant par petites touches une véritable épopée.

Clairement, ce bouquin vous prend aux tripes : c’est un petit film à lire. En attendant, peut-être, une adaptation sur un écran. Ce que cette histoire mérite amplement.

Bien à vous,
Benny

mardi 15 avril 2008

Le livre d'avril : "Hard Revolution" (George P. Pelecanos)

Cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé et pourtant, ce week-end, j'ai pu me plonger dans un polar. Mieux : je l'ai lu (presque) d'une traite. L'objet du délit ? Un roman datant de 2005 et signé par un Américain qui a aussi écrit des scripts pour The Wire (chassez le naturel...).

Life is a pitch (and then you die)

Hard Revolution se déroule à la fin des années 50 puis dix ans plus tard à Washington. Le lecteur suit le parcours de deux frères noirs Derek (un jeune flic) et Dennis Strange (un paumé) alors que la situation des noirs, encore sous-considérés, tarde à évoluer, dans la capitale fédérale comme dans tout le pays. Tout au long du roman, Pelecanos retrace méticuleusement le chemin qui a conduit aux émeutes au lendemain de l'assassinat de Martin Luther King.
Tout en contant deux enquêtes, l'auteur joue très habilement sur ce qui sépare noirs et blancs dans son histoire et dans cette ville. Le récit se compose effectivement de deux histoires parallèles, un peu comme si le romancier traçait un axe de chaque côté duquel des éléments sont en parfaite symétrie.

Tragiques symétries

Dans cette Amérique des grosses voitures et des groupes de rythm'n blues (c'est par ce biais que l'auteur nous convie à redécouvrir la ville), il y a deux clans.
Du côté des blancs, on a des gars paumés, incapables de faire quoi que ce soit de leur vie et qui éprouvent une haine profonde pour les noirs. Du côté des blacks, on a des mecs défoncés pas mieux insérés dans la société, qui rêvent d'argent facile et de revanche.
Et de chaque côté, on a des hommes qui paraissent piégés par un effet de groupe. C'est parce qu'il est avec Alvin Jones et Kenneth Willis que Dennis Strange, revenu brisé physiquement de l'armée, ne parvient pas à se fabriquer une autre vie. De la même façon, c'est parce qu'il traîne avec Walter Hess et Buzz Stewart que Dominic Martini, profondément marqué par le Vietnam, se dirige vers une impasse.
Jones/Hess, Dennis Strange/Martini : l'effet de miroir joue à plein et il est saisissant...

Une chronique sociale avant d'être un polar

Véritable chronique sociale, Hard Revolution réussit à rendre toute la complexité de la situation qui a conduit à une énième émeute en Amérique. Enchaînant anecdotes et réflexions par le biais de ses personnages, Pelecanos permet au lecteur de comprendre comment un homme qui n'a jamais cédé aux appels à la destruction, peut se retrouver emporté par la fougue (et par la foule) dans un déchainement de violence.
Un tour de force puissamment orchestré qui se fait cependant un peu au détriment de l'enquête policière, assez conventionnelle. La preuve, c'est que ce n'est pas vraiment Derek Strange qui retient le plus l'attention du lecteur. Il n'est pas négligé, lui, le bleu rejeté par les deux communautés. Mais le traitement de son personnage reste assez basique. La vie est dure pour les héros...
Dommage : au final, alors que l'on s'attendait à une conclusion puissante, l'auteur cède finalement au... passage en force. Il termine en effet son livre avec une espèce de boucle narrative qui laisse le lecteur un peu sur sa faim.
Ce qui n'enlève rien au fait que Hard Revolution est un bon polar. Ce n'est déjà pas mal du tout.

Bien à vous,
Benny