vendredi 3 avril 2009

"The Office", saison 3 : la comédie symphonique

Et si on refaisait un tour à Dunder Mifflin Scranton ? La troisième saison de The Office, c'était pour moi celle de tous les dangers : après deux années passées à gagner le coeur des téléspectateurs, au point de devenir un vrai petit phénomène Outre-Atlantique, la série allait-elle survivre à son passage dans la catégorie "poids lourds" de NBC ?
Certaines séries, certains producteurs (bisous, Shonda Rhymes) n'ont pas toujours su capitaliser sur le statut de Hit Show de leur création. Mais pour The Office, si certains avaient émis des doutes, je n'en ai aujourd'hui plus aucun.

Un super début de saison

Le début de la saison 3 surfe remarquablement sur le (très réussi) cliffhanger de la précédente. En donnant une nouvelle direction à la carrière de Jim, les scénaristes renouvellent la dynamique de la série de façon habile. Toute la première partie de cette année s'appuie sur cette redistribution des cartes... et ça marche vraiment bien. Les épisodes s'enchainent sans temps morts et quelques-uns sont carrément énormes. En tête de liste, il y a le Season Premiere, Gay witch hunt, et Initiation, dans lequel Dwight forme Ryan aux secrets les plus étonnants de la vente.
On se doutait que les bases de ce début de saison étaient appelées à évoluer. Et cela survient assez rapidement, à la faveur d'une fusion de succursales au sein de notre entreprise de papeterie préférée. Un événément là encore bien géré par les scénaristes, puisque Michael Scott est en grande forme, que le duo Jim et Pam est sacrément perturbé et que les seconds rôles occupent un rôle de plus en plus judicieux.

Michael Scott, patron pathétique
ET touchant


Steve Carell, on aime ou on n'aime pas : c'est un peu la même chose avec Michael Scott. Dans tous les cas pourtant, il faut admettre que son personnage pathétique n'en est pas moins finement défini. Oui, il est lourd. Mais il est surtout bête. Oui, il est parfois raciste, macho et homophobe. Mais il est surtout très bête. Oui, c'est un gosse maladroit, souvent incapable et balourd. Mais il sait aussi être touchant. Emouvant. Un vrai tour de force avec un héros caricatural qui pourrait facilement devenir insupportable. Avec finesse, les scénaristes et Carell parviennent à nous le rendre attachant. Notamment lorsqu'il débarque à l'expo de Pam alors que personne n'est venue la soutenir.
Dans l'univers des sitcoms, il y a peu de personnages aussi étonnants. Susceptibles de créer de la distance (le plus souvent, on rit à ses dépens, en se disant que c'est une sacrée quiche) et en d'autres occasions, de susciter de la compassion (il nous émeut, notamment quand il lui prend l'idée de faire une demande en mariage impromptue dans Diwali). Cette saison le démontre avec force.
Jim & Pam, épisode III
(the return of the Beesley)


L'autre principale caractéristique de The Office, c'est bien évidemment la romance inavouée qui lie Jim et Pam. Cette année encore, elle influe sur le rythme de la série. Si la saison part aussi fort, c'est parce que cette relation est encore au coeur du récit. La période post-fusion vient déstabiliser le binôme et l'évolution de leurs rapports s'en trouve contrariée.
Tout avance par petites touches, assez lentement. Peut-être trop. C'est moins émouvant que ce qu'on a vécu pendant la saison 2. Cependant, le personnage de Pam évolue progressivement. A certains moments, on se surprend à la trouver moins attachante, presque agaçante. Et la grande force des producteurs, c'est d'avoir géré cela de façon consciente.
La standardiste de Dunder Mifflin va ainsi se remettre en question jusqu'au season finale.
A nouveau, la relation entre Jim et Pam est redéfinie, de façon plus décisive semble-t-il. Le rédacteur de ce post écrit ces lignes à genoux, en priant pour que la saison 4 négocie bien ce virage...

Une vraie série chorale

Dernier facteur de réussite de cette saison 3 : The Office est et reste une vraie série chorale. Un ensemble show avec un premier plan (Michael/Dwight, Dwight/Jim, Jim/Pam) et un arrière plan (Angela, Toby, Ryan, Kelly, Phyllis, Stanley, Creed, Andy, Kévin) qui marche remarquablement bien. On est loin des sitcoms au casting plus ou moins hermétique.
Chaque personnage a sa fonction, son trait de caractère prédominant et, tels des chefs d'orchestre, les scénaristes utilisent l'un et l'autre comme des instruments pour rendre la composition la plus dynamique possible. Plus on avance dans le temps, plus on connaît ses personnages et plus les répliques et gags fonctionnent.
Pourvu que cela dure le plus longtemps possible et que l'on ait des épisodes aussi efficaces que l'enterrement de vie de jeune fille de Phyllis, son mariage. Tout ça mais aussi des prologues hilarants comme le fax envoyé par le Dwight du futur ou l'imitation de Dwight par Jim...

Bien à vous,
Benny

jeudi 2 avril 2009

"Life" et la nouvelle vie du cop show

Charlie Crews (Damian Lewis) est inspecteur de police à Los Angeles. Lorsque début Life, il revient sur le terrain après quinze années d'absence. La raison : il a été emprisonné à tort pour le meurtre d'un de ses coéquipiers, Tom Sybolt. La nuit du crime, le meurtrier a également tué la femme de Sybolt et son jeune fils. Un triple meurtre pour lequel Crews a longtemps clamé son innocence.
En vain.
Il lui faudra attendre de longues années avant que son avocate, Constance Griffiths (Brooke Langton), ne parvienne à prouver, tests ADN à l'appui, que Charlie n'est pas le coupable.
A sa sortie de prison, Crews reçoit plusieurs millions de dollars en dédommagement. Une aubaine mais notre homme n'y attache pas une énorme importance. En prison, là où il fut l'objet de mauvais traitements infligés par des codétenus trop contents de se défouler sur un flic déchu, il a fait une découverte qui lui a permis de ne pas flancher.
Cette découverte, c'est le bouddhisme.
Dans un monde où tout va trop vite, où l'on est de plus en plus dépendant de la technologie, Crews est un peu comme un poisson sur du gazon. Plutôt paumé. Il essaie donc reprendre le cours de sa vie là où elle s'est arrêtée. Désormais lieutenant, il compte sur son sens de l'observation, son sourire et... son amour des fruits pour atteindre ce but. Même si pour cela, il devra aussi découvrir qui l'a conduit derrière les barreaux.

Rand Ravich est un petit malin

Pas facile de lancer un cop show à la fin des années 2000, à plus forte raison quand vous êtes diffusé sur un network. Impossible d'avoir la liberté de ton de The Shield. Difficile aussi de surprendre le public quand Law & Order, NYPD Blue et Homicide ont déjà dit beaucoup de choses. Et en plus, vous devez compter avec les productions Brukheimer qui ont bien asséché le filon. "Difficile mais pas impossible", vous répondrait Rand Ravich, créateur de Life.
La grande force de cette série, c'est peut-être la simplicité de sa démarche. A une heure où les formula show saturent le petit écran américain, Life prend le contrepied du modèle dominant avec une certaine subtilité.
Vous en avez assez des personnages conçus dans le même moule, bataillant entre les affaires qui accaparent le récit et leurs démêlés soapesques en arrière plan ? Charlie Crews marque le retour du héros "moteur de l'intrigue". Ce sont ses réactions, ses déductions qui font avancer l'enquête. Il est omniprésent et toute une galerie de personnages gravite autour de lui. Crews, c'est le Grégory House du LAPD. Plus léger, plus cool. Plus complexe aussi, peut-être.
Vous redoutez la structure rigide de la série produite par David Shore ? Ravich, ce petit malin, est d'accord avec vous. Il intègre donc une histoire en fil rouge (celle du meurtre des Sybolt et ses conséquences) qui se poursuit dans chaque épisode, sans pour autant alourdir le procédé. A croire que le garçon a vu ces remarquables fiascos que furent Le Caméléon ou Profiler, deux séries aux prémices pourtant pas complètement inintéressants dans la forme. Ou alors il a vu Lost et a déjà des tatouages magiques sur les fesses, c'est selon...
Au bout du compte, le créateur de Life n'a pas inventé LE concept des années à venir. Mais il semble avoir suffisamment bien compris les forces et faiblesses des shows actuels et passés pour proposer un mode de récit efficace.

Un homme et une femme flics

Un mode de récit qui vient une nouvelle fois se mettre au service... de bons personnages. Je sais, ça va finir par être lassant mais les seuls scénaristes qui arrivent encore à retenir l'attention des téléspectateurs sont ceux qui ont pris le temps de véritablement poser la complexité de leurs héros.
Avec Crews, le pari semble gagné. Le grand rouquin s'attache à rester zen et avenant en toutes circonstances. Mais cela ne l'empêche pas d'être en proie à ses démons. Au plus fond de lui-même, Charlie est un homme en colère. Avide de revanche. Parfois, cette colère éclate à la face du monde. Tout l'intérêt de l'histoire est donc de voir dans quelle mesure il est capable de maîtriser son côté sombre. Une sorte de Dr Jekyll/Mr Hyde fana des pommes et autres kumquats.
A ses côtés, il y a Dani Reese qui est un peu son opposé. L'ex agent des stups est en colère permanente. Contre le monde, contre elle-même (elle est devenue accro) et contre son père. Mais elle est toute aussi désireuse de reprendre le contrôle de sa vie que Crews. Très vite, l'une va apprendre à compter sur l'autre et vice-versa.

Lewis/Shahi : paire d'as

Comme ces deux personnages sont campés par deux excellents acteurs, on se laisse facilement porter. Si le charisme de Damian Lewis n'avait échappé à personne depuis Band of brothers (que son absence à la télé fut longue !), celui de Sarah Shahi est plus surprenant. L'actrice n'est pas seulement une fille à la belle plastique, elle apporte énormément à son personnage. Elle démontre au passage qu'un bon personnage ne suffit pas si on n'a pas un bon interprète pour faire le travail qui va avec (spécial dédicace à Milena Govich, pantin désarticulé dans Law & Order).

Reste... à durer

On ajoutera pour finir plusieurs bons points : l'esthétisme des images et des découvertes de cadavres (oui, je sais ça rappelle parfois CSI), l'excellente bande son (moui, comme Cold Case), un grand adversaire pour le héros (interprété par le toujours grandiose Garrett Dillahunt) et on obtient sans doute la meilleure série à voir actuellement sur un network [EDIT : en tout cas, parmi les récentes nouveautés]. Pas une création exceptionnelle ou bluffante, mais sans prétention et solidement structurée.
Je le redis : Rand Ravich n'a rien inventé, il joue même habilement sur la culture télé de son public. Mais on sent aussi que c'est lui la voix du show : ses épisodes sont les meilleurs. Comme les vieux showrunners old school. Aussi, s'il parvient à préserver un certain équilibre dans les éléments énumérés plus haut, cela lui évitera peut-être de se prendre un mur comme Shonda Rhymes (Grey's anatomy), Tim Kring (Heroes) et bien d'autres.

Bien à vous,
Benny

mercredi 1 avril 2009

"Damages" et les ombres de l'ambition (Partie 3 : les flash forward, c'est comme les courgettes. Pas sûr que ça se conserve longtemps)

Ceux qui râlent parce que je suis en retard dans mes reviews vont pouvoir s'en donner à coeur joie. Alors que FX s'apprête à diffuser le dernier épisode de la saison 2, j'en suis encore à m'interroger sur le début des aventures de Rose Byrne, Glenn Close et consorts. Et surtout, à me demander si la série à les moyens de poursuivre sur sa prometteuse lancée.

Les personnages d'abord

Pour moi, la réussite du show tient d'abord dans les portraits esquissés tout au long de la saison un. Et plus encore, c'est l'évolution de ces multiples personnages (Ellen Parsons en premier chef, évidemment) qui tient en haleine. A côté de cela, la structure de l'histoire, bâtie avec des flash forward est une bonne trouvaille : ses voyages dans le temps du récit sont habilement mise en images.
Ils apportent de la tension à l'action et projettent le spectateur dans un futur où survient un épouvantable drame, près de six mois après le début de l'histoire.
Mais cette idée n'est pas non plus révolutionnaire. Elle flèche certes la lecture que l'on a des (nombreuses) scènes calmes de la série. Elles jouent aussi beaucoup avec la perception du spectateur (on croit voir des choses... or, ce n'est pas toujours le cas). Elles sont cependant trompeuses à plus d'un titre. Tout simplement parce que si elles renvoient au drame, elles font assez peu avancer l'action.

Intrigue
sur un drôle de fil


Les scènes dans la salle de bains, celles de lutte dans le grand appartement sont parfois délayées à l'envi. Si cela ne devient, à mon sens, pas trop lourd, cela peut être un peu limite pour d'autres. Glenn Kessler, Todd A Kessler et Daniel Zelman évoluent sur un drôle de fil. La construction de l'intrigue de la saison un est une mécanique assez précise et c'est ce qui fait que l'histoire marche bien. Mais si jamais il venait à l'idée de ces producteurs de céder à la moindre facilité, ils pourraient bien le payer cash.
Pourquoi ? Tout simplement parce que, désormais, l'effet de surprise ne fonctionne plus.

Pitié, pas d'effet 24 !

Pour continuer à séduire son auditoire (voire à convaincre celles et ceux qui émettent encore quelques réserves), l'équipe de Damages ne devra jamais perdre de vue que ce sont ses personnages qui sont au coeur de son succès. De Patty Hewes à Katie Connor. Seule une évolution maîtrisée et cohérente de leurs trajectoires, inscrite dans une intrigue forte, peut combler ses téléspectateurs.
Aussi, si l'un ou l'autre venait à manquer, ce serait comme regarder un mur de faïence mal posée. Les yeux ne pourrait jamais se détacher des joints mal faits. Et sincèrement, voir cette série emprunter un destin à la 24, avec une Patty Hewes jouant trop longtemps sur un passé mystérieux dont on déterrerait d'improbables révélations ou suppositions, ce serait pour moi assez insupportable.
Espérons donc que le show reste fidèle à ses thématiques fortes : la Justice face au Pouvoir, l'ambition face à l'humain.
Sinon, tout cela ne servirait à rien.

Du coup maintenant, c'est à vous ! Sans déflorer le secret des intrigues des saisons un et deux, qu'en avez-vous pensé ? Partagez-vous cette analyse, un peu, beaucoup, pas du tout ? Les doutes qui viennent d'être formulés sont-ils fondés ? A vos claviers !

Bien à vous,
Benny

mardi 31 mars 2009

"Damages" et les ombres de l'ambition (Partie 2 : Fiske & Frobisher, menteur, menteurs)

A la lecture du pitch de la série, on aurait pu imaginer qu'ils seraient les deux bad guys de la saison 1. Ceux qui cristallisent les rancoeurs et/ou la fascination parce qu'ils sont aussi fourbes que complexes. Mais ni Arthur Frobisher, le tout puissant magnat new yorkais, ni Ray Fiske, son fidèle avocat, ne sont tout à fait les diables en costume auxquels on pouvait s'attendre. La faute à Patty Hewes, anti Ted Hoffman (l'avocat vedette de Murder one) en tailleur. La faute aussi, à un script qui leur donne un rôle plus étonnant. Un peu en retrait et pour autant, vraiment présents.

Arthur Frobisher,
le mensonge pour faire illusion


La force d'une bonne série, c'est de vous présenter ses personnages clefs en une scène. Avec Arthur Frobisher, on n'est pas déçu. La première fois qu'il apparaît dans le pilote de Damages, on le voit participer à une course de motocross, destabiliser son principal adversaire (son beau-frère) d'un coup de pied et remporter la course. D'entrée de jeu, les frères Kessler et Zelman ne laissent pas de place au doute. Cet homme triche. Cet homme ment. La question n'est donc pas de savoir s'il est ou non coupable des charges qui pèsent sur lui. Il s'agit plutôt de savoir comment il va faire pour préserver son prestige, intégralement bâti sur un mensonge.
Car il y a deux Frobisher. Celui dont Frobisher lui-même ne cesse de parler : un self made man qui a bâti seul son empire, alors qu'il n'avait rien pour lui et qu'il est atteint de dyslexie. Un homme désireux de protéger sa femme et ses enfants de la tempête médiatique au centre de laquelle il se trouve. Et puis, il y a le Frobisher que l'on voit agir au fil des épisodes. Suffisant, faible, infidèle et méprisable.

Vaines conquêtes

Le personnage (superbement) incarné par Ted Danson ne s'exprime en effet qu'à travers la conquête. Celle des femmes comme celle des affaires. Mais il est incapable de gérer les choses. C'est à cause de la gestion désastreuse de sa compagnie qu'il est désormais sur le banc des accusés. C'est à cause de ses incartades que son mariage est plus que fragile.
Pourtant, il feint d'ignorer tout cela. Un peu comme s'il voulait consacrer toute son énergie à l'image qu'il essaie vainement, désespérement, de renvoyer de lui-même. Le fait qu'il arpente régulièrement un terrain en construction (là où il compte bâtir son prochain projet professionnel) démontre bien tout cela. Et il n'est pas étonnant que ce soit là-bas que s'achève pour lui la saison 1.

Ray Fiske, le mensonge qui étouffe

Il est aussi petit et pâle qu'Arthur Frobisher est grand et bronzé. Avocat de la défense, Ray Fiske est assurément un des plus beaux personnages de Damages. Discret, secret. Un homme de loi passionné par le droit et son univers foisonnant de symboles.
Patty Hewes affirme qu'elle respecte énormément Fiske. Même s'il est difficile de toujours démêler le vrai du faux dans ses propos, je serai tenté de la croire. Plutôt en fin de carrière, Fiske est un professionnel expérimenté. Un homme qui aime le jeu d'échecs qui se met en place entre lui et Patty tout au long de la saison. Pour Patty, c'est parce que derrière les mots, il y a le pouvoir et les millions de dollars. Pour Ray, c'est parce que derrière les mots, il y a des hommes (au sens premier).
Depuis de très nombreuses années, il est l'avocat de Frobisher et compte bien ne pas laisser tomber celui qui est devenu un ami. Mais cette affaire met également en lumière tout un pan de la personnalité de Fiske. Des choses qu'il a longtemps gardées en lui, enfouies. Poursuivi par des cauchemars remarquablement mis en images, l'homme de loi est lui aussi quelqu'un qui ment. A tout le monde, à ses amis comme à sa famille. Mais d'abord à lui-même. Et lorsque l'on découvre la vérité, on ne peut que comprendre pourquoi cet homme est si fatigué... son mensonge l'a vidé.

Ivanek en pleine lumière

Je ne peux pas trop en dire afin de ne pas déflorer la surprise pour ceux qui n'aurait pas encore vu cette saison. Pour autant, le parcours de Fiske, la découverte de ses motivations et la façon dont il réagit aux événements sont assurément la plus belle réussite de cette saison 1. Il apporte un certain contre-poids au personnage de Patty Hewes. Ce faisant, il donne encore plus de force au personnage de Glenn Close. Il fallait bien le talent de Zeljko Ivanek (solide second rôle dans Homicide et Oz notamment) pour que la magie opère. L'Emmy award 2008 du meilleur second rôle qu'il a reçu n'est donc que... justice.

Bien à vous,
Benny

lundi 30 mars 2009

"Damages" et les ombres de l'ambition (Partie 1 : Ellen Parsons, Patty Hewes 2.0 ?)

Amateurs de trilogies, Le Monde de Benny remet ça en chroniquant une série complexe et dont il est difficile de dire un maximum de choses en un seul post. Voilà pourquoi, au moment de m'intéresser à la série de Todd Kessler, Glenn Kessler et Daniel Zelman, j'ai pris le parti d'attaquer la saison un sous trois angles. Le premier étant les liens qui unissent les deux héroïnes de la série Ellen Parsons (Rose Byrne) et Patty Hewes (Glenn Close).

La force et ses symboles

Un premier thème incontournable quand on veut parler de ce drama, parce qu'il met également en exergue un des principaux aspects de cette singulière série judiciaire : Damages, c'est une série qui met en scène avec acuité la violence symbolique.
Ne nous y trompons pas : la violence physique existe dans la série, le sang coule à plusieurs reprises. Les scènes autour desquelles se stucturent tous les flash forward (puis les flash back dans le dernier épisode) fonctionnent principalement autour de ces actes. Mais toute la tension, l'atmosphère oppressante qui caractérisent la série, reposent sur l'évolution du rapport de force qui existe entre Patty et Ellen.

Duel et dualités

Dans le pilote, Ellen Parsons s'apprête à rejoindre le cabinet de Hollis Nye lorsqu'elle reçoit une proposition de Hewes & Associates. Le cabinet est sous les feux de l'actualité. C'est lui qui défend la plainte au civil des salariés d'Arthur Frobisher (Ted Danson). Ces derniers accusent leur ex patron d'avoir vendu ses actions juste avant que ne coule l'entreprise. L'homme d'affaires se serait ainsi grassement rétribué alors que ses employés ont tout perdu.
En deux échanges (dans les couloirs du cabinet... et au mariage de la soeur d'Ellen. Dans les cabinets. Désolé), Patty parvient habilement à convaincre Ellen de rejoindre son équipe. Comment ? En jouant sur sa fine connaissance des sentiments humains. Ellen est foncièrement ambitieuse, Patty le sait. Et Patty sait aussi qu'elle fascine la jeune avocate.
Rien d'étonnant à dire vrai : véritable pitbull quand il s'agit de négocier avec ses pairs, Hewes est également une très bonne oratrice. Notamment quand il s'agit de convaincre les salariés d'Arthur Frobisher qu'elle ne pense qu'à défendre leurs intérêts.

Ellen et la quête de justice


Pourtant, très vite, Ellen comprend que Patty est manipulatrice. Dans un premier temps, confortée par Tom Shayes (Tate Donovan), elle se voile la face et refuse de l'admettre.
Convaincue que Patty ne pense comme elle qu'à la justice (même si ses méthodes ne manquent pas de poser question), elle va peu à peu évoluer dans sa façon de concevoir les choses.
Insidieusement, Patty fait évoluer le point de vue d'Ellen. En évoquant la difficulté à assouvir ses ambitions quand on est en couple. En lui conseillant de congédier son assistant empoté. Tout cela par petites touches. Mais de manière très efficace. A un moment, on se surprend même à penser qu'Ellen change physiquement. Quand Ellen retrouve Greg Malina dans le prologue de l'épisode 1.06, la jeune femme à les cheveux en chignon, le visage dur et des yeux cachés derrière des lunettes noires.
A ce moment, alors qu'elle menace le jeune homme de représailles s'il n'apporte pas son soutien à Hewes & Associates, on se dit qu'elle devient de plus en plus comme Patty. Une femme qui veut la fin.
Pour elle pourtant, les moyens de parvenir à son but font encore l'objet d'une vraie réflexion. En particulier, dans le cercle intime, lorsqu'elle évoque l'affaire avec son fiancé David. On ne peut s'empêcher toutefois de se demander : dans un univers si particulier, combien de temps cela va durer ?

Patty et l'ivresse du pouvoir

Ce qui attire Patty, c'est le pouvoir. Dans les médias, face aux juges. Face aux plaignants, devant ses collaborateurs. Au cabinet, on craint Patty Hewes. Littéralement. Il suffit de voir le parcours de son bras droit Tom Shayes, un formidable personnage. Aspirant au pouvoir mais incapable d'assumer, dans un contexte dur, ses aspects les plus violents (la confrontation avec ceux qui vous ont fait, la peur de ne pas être à la hauteur), Shayes est un faible.

Là aussi, il suffit à Patty d'utiliser sa brillante connaissance des rapports humains pour, en une seule conversation, écraser les velleités de Tom. C'est un numéro deux, un passe-plat. Point barre.

L'étrange écho des entourages

On peut imaginer, au départ de l'histoire, que Patty Hewes considère Ellen de la même façon que Tom. A ceci près, que la jeune femme lui ressemble en de multiples points. Elle est brillante, opiniâtre. Elle a du tempérament et du répondant. Et elle est surprenante.
A plusieurs reprises, Ellen fera valoir toutes ses qualités alors que Patty ne s'y attend pas. L'avocate va devoir changer d'avis sur sa jeune collaboratrice tout en ayant à gérer des problèmes personnels. Michael, son jeune fils prend effectivement un malin plaisir à lui contester dans la sphère privée ce pouvoir que personne d'autre ne lui dispute.
Leur situation personnelle se répondent d'ailleurs dans un bien étrange écho. Pour Ellen, David est la stabilité, le garant de certaines valeurs. Pour Patty, Michael est celui qui destabilise. Celui qui, en l'obligeant à réagir à ses provocations, lui fait prendre conscience de ce qu'elle est devenue.

Deux doubles fragiles
au bout du chemin


Alors que le dénouement approche, Patty va enfin s'apercevoir qu'Ellen est son double. Peut-être ce qu'elle était il y a de nombreuses années avant d'être soulée par le pouvoir et ses compromissions. Prise au piège entre sa volonté de garder ce pouvoir et le désir de garder auprès d'elle cet autre "moi", garant de certaines valeurs morales (ne serait-ce qu'en apparence), Patty paraît, en fin de saison, considérablement fragilisée. Au point de bientôt chanceler ? Rien n'est moins sûr...
Ellen, elle, semble toute aussi fragile. Plus que jamais portée par la volonté de faire triompher la justice, elle veut aussi se venger de tout ce qu'elle a subit, de tout ce qu'elle a perdu pendant l'instruction de l'affaire Frobisher. Et la vengeance emprunte des chemins autrement plus tortueux, autrement plus dangereux. Parviendra-t-elle, seule contre les autres, à atteindre son objectif sans se perdre ? Alors que sa vie devient finalement un mensonge, le doute est réel.

Bien à vous,
Benny

PS : bon, ben pour le texte court, on repassera... Damn you, Damages !

dimanche 29 mars 2009

L'album de mars : "Empire" (Kasabian)

Salut à toi, ami lecteur : après de longues semaines de silence, voici une bonne nouvelle, je suis en vacances. J'aurai donc (a priori) un peu plus de temps à consacrer à ce blog. Et on commence en parlant musique sur un mode "Faisons du neuf avec du vieux". J'ai en effet extirpé des rayons CD un album qui ne date pas vraiment d'hier mais n'est pas complètement une vieillerie non plus. Ah, les joies des promos d'hiver...
Deuxième album du groupe né à Leceister, en Angleterre, Empire est surtout connu pour un titre. Shoot the runner est effectivement le premier single qui a vraiment fait connaître la bande emmenée par Tom Meighan. Chez Kasabian, on mélange rock mélodique, pop et electro de façon efficace. On peut même dire que certains titres sont carrément excellent, comme By me side, Sun rise, light flies ("Le soleil se lève, la lumière s'envole"... prenez moi pour un idiot, mais je trouve ça superbe) et surtout, surtout, The Doberman.

Un peu d'harmonie, ça fait du bien...

L'an dernier, presque à la même époque, je me montrais assez réservé pour parler de The Last shadow puppets. Avec Kasabian, je comprends mieux pourquoi. Dans Empire, on a une utilisation inventive et régulièrement surprenante de différents styles musicaux pour donner de la puissance, de la profondeur et du rythme aux chansons. On appelle ça de l'harmonie et une certaine capacité à éviter la facilité. C'est en cela que la petite dimension "symphonique" des titres de Kasabian fait mouche dans cet album. Chez The Last Shadow puppets, on restait toujours un peu dans la même veine et c'était pour le moins lassant.
Empire n'est certes pas le plus grand album de l'histoire, tout n'est pas génial loin s'en faut. Mais il est suffisamment équilibré et abouti pour séduire plus d'une paire d'oreilles. Et tant pis s'il faut farfouiller dans les bacs de la Fnac, et remonter à l'an 2006 pour le redécouvrir.

Bien à vous,
Benny

LE PARAGRAPHE QUI FAIT BIEN PARCE QU'IL FAIT CULTUREL (Si,SI) : le nom du groupe fair référence à Linda Kasabian, une hippie qui avait été choisie par Charles Manson pour assister et témoigner des meurtres qu’il allait perpétrer dans la villa de Sharon Tate. Vous pourrez le placer en soirée. Ca fait classe et ça me fait plaisir.

mardi 3 mars 2009

Le film de mars : "The Wrestler"

Randy "The Ram" Robinson est une image. C'est d'ailleurs avec elle que débute The Wrestler. Sur un puissant thème musical, très 80's dans l'esprit, on voit défiler des photos du catcheur qui a fait vibrer l'Amérique des années quatre-vingts. Et puis les images disparaissent. Fondu au noir, avant que l'on n'entende la quinte de toux d'un homme fatigué. Vingt ans ont passé. Avec une intro soignée, Aronofsky a tout dit.

Ram le catcheur

Grâce à ce nouveau long-métrage, le réalisateur de Requiem for a dream revisite le dyptique présence/représentation. The Ram, c'est un personnage qui n'existe pas. Un héros du ring qui retourne ses adversaires comme se retournent les situations qu'il vit dans ses combats scénarisés. Un fils du spectacle qui s'est rendu célèbre en sautant par dessus la troisième corde pour achever ses combats. Qu'importent les coups, la sueur et le sang qui coule : le plus important c'est de combler le spectateur...

Randy et son coeur

Sauf que le sang de The Ram, c'est d'abord celui de Randy Ramzinsky. L'homme que l'on rencontre au tiers du film sur un lit d'hôpital, après l'avoir aperçu près d'un van. Un bonhomme usé. Seul. Un mec plutôt paumé, père d'une fille qui ne veut plus lui parler. Un gars qui porte un sonotone et essaie maladroitement de recoudre les morceaux d'une vie privée en lambeaux. Un homme de coeur bien décidé à changer, à assumer ses choix et ses non choix.
Le problème, c'est que Randy ne connaît pas le scénario de la vie hors du ring. Qu'il n'est personne dans les rues comme dans le supermarché qui l'emploie (sur sa blouse, son nom est Robin). Un néant qui ramène Randy au vide de sa propre vie, une fois les projecteurs éteint : quand il est lui, il n'est rien. Et surtout rien de ce qu'il voudrait laisser voir. Les années 80 paraissent si loin...

Oublions Balboa

Certains affirment que The Wrestler arrive trop tard, que la charge émotionnelle qui accompagne le récit pâtit d'une impression de déjà vu. Pour eux, Rocky Balboa a déjà tout dit. Je ne suis pas d'accord, pas du tout. D'abord parce que le parcours de The Ram me semble plus cohérent et plus crédible que celui de Balboa. Ensuite parce que la conclusion de The Wrestler est autrement plus puissante que celle des aventures du boxeur de Philadelphie.

Rourke et Tomei, lost from the 80's

Entièrement construite autour du personnage de Mickey Rourke, l'histoire de The Wrestler est juste, dure, mais très maîtrisée. Elle bénéficie aussi de l'excellente prestation de Marisa Tomei, tout simplement géniale en strip teaseuse qui vit dans la nostalgie des 80's. Elle aussi tombera sous le charme de Ramzinsky. Un fragile colosse, lancé dans une terrible course après son image.
C'est beau. C'est émouvant. C'est un film qui vous marque.

Bien à vous,
Benny