mercredi 16 juillet 2008

Au pays du cyberflirt et des jambons

Ce n’est sans doute pas aussi savoureux que la très acide Meetic Ouare d’Une Blonde dans la ville, mais j’ai encore des histoires de site de rencontres à raconter…
La première fois que je me suis inscrit sur meetic, c’était il y a deux ans, après avoir lu un article dans je ne sais plus quel magazine expliquant qu’un certain nombre de célibataires rechignaient à sauter le pas parce que recourir à ce type de site serait, pour certains, admettre que l’on est en difficulté dans sa vie sentimentale.
Pas spécialement inquiet sur cette question, mais quand même assez curieux, j’ai franchi le pas. Cela faisait plus d’un an que je m’étais décidé à bouger et à rencontrer du monde, alors pourquoi pas…
Il y eu du bon et du moins bon et puis mon abonnement s’est arrêté tout seul. Considérant que l’expérience avait été intéressante mais sans plus, je n’ai pas poursuivi. Avant de remettre ça en avril (une époque où je ne sortais pas trop) et de découvrir que le site avait pas mal changé. Et pas en bien.

"Phrases gratuites, phrases gratuites, elles sont belles mes phraaaaases gratuites !"

Il y a d’abord une nouvelle option qui limite la possibilité de dialoguer avec les autres personnes en ligne si vous ne la prenez pas (et ne payez pas, très accessoirement, 14,90€ par mois). Mieux : il y a l’option speed message, pour lancer la discussion avec une personne du sexe opposé quand vous ne savez trop comment amorcer une discussion.
Bon c’est vrai qu’une citation de Montesqieu, Lamartine ou je ne sais qui, c’est toujours mieux, pour bavarder, que des onomatopées à caler entre le mugissement du veau qui a trop mangé ou le cri du choucas. Mais déjà que le net, ce n’est pas trop spontané comme truc mais là, moi, je trouve que ça tue tout. Et j’aime trop les mots pour qu’on me pique un de mes meilleurs moyens de faire connaissance. Ce qui est sûr, c’est qu’en essayant de lutter contre le manque de spontanéité, le côté supermarché de la drague parfois (souvent) rebutant de l’expérience, les cerveaux de l’affaire vous envoient directement au rayon surgelés de l’établissement. Sic.

Meetic coach, Love train

Mais chez Meetic, on a de la suite dans les idées, et des produits pour faire marcher les affaires. L’un des derniers en date : le meetic coach. Un service où on vous apprend à optimiser vos recherches et à nouer plus facilement contact avec les autres inscrites. Un truc sans doute où, comme l’expliquent Monica et Phoebe à Chandler dans un épisode de Friends, il faut que tu « sois toi-même… mais pas trop ».
Un endroit où on vous assure sans doute aussi que non, décidément non, envoyer à toutes les filles qui nous intéressent le même mail où on enchaînera une longue litanie de phrases creuses (et sans ponctuation) ce n’est pas une bonne idée. Même avec son numéro de portable en conclusion.
Même un texte du genre : « Ma compagne et bien c’est simple je ne la rabaisse jamais je n’aime pas les hommes qui font çà genre il te blâme en public pour gagner en popularité je la mets toujours en exergue quelque soit la situation, t’encourager dans ce que tu entreprendras dans ta vie toujours autrement aucun intérêt de te déclarer ma flamme si je n’assume pas a long terme tu en pense quoi ? »
(Au passage, merci à ma copine Chloé pour l’envoi… et à l’illustre l’auteur qui répond au pseudo de Keurkiba. Pour les plus méchants d’entre vous, je peux vous envoyer la looooooongue lettre du garçon par mail. Mais je vous rappelle que la méchanceté, c’est mal comme disait Hélène Rolles, avec ou sans ses garçons).

Ceci n’est pas une pipe commerciale

Comme c’est les vacances et qu’en rase campagne chez mes parents, les rencontres sont plutôt rares, je viens de refaire un tour là-bas (à vrai dire, j’ai un drôle de rapport avec ce site, je crois). Après avoir trier les mails venus de l’étranger où l’on me propose « très beaucoup affection », j’ai décidé de me désabonner. Une bonne fois pour toutes. Je fais la démarche et là, ô surprise, je découvre que M. Meetic et sa joyeuse équipe m’offrent un pass premium. Pas besoin de payer 14,90€ pendant un mois : je peux discuter avec tout le monde. Et après, on dira que je suis cynique.
A part ça, je confirme : le romantisme a été incinéré.

Bien à vous,
Benny

mardi 15 juillet 2008

Players : Ice T sur canapé

La grille estivale des programmes télé n’étant pas d’une richesse absolument rafraîchissante, je signale néanmoins à celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vue que France 4 rediffuse les 18 épisodes de Players, série imaginée par Dick Wolf avec Ice T, Franck John Hugues (avant que Band of Brothers ne le fasse vraiment connaître) et Costas Mandylor (avant de disparaître presque complètement : pauvre Kenny Lacos, snif…).
Une fiction créée il y a plus de dix ans (1997) et programmée le lundi en seconde partie de soirée.
Pourquoi la regarder ? Parce que c’est l’anti-Dick Wolf par excellence. Si, comme certains, vous êtes fâchés avec les formula shows (suivez mon regard : liste de liens « Les Incontournables », avant-dernière ligne), c’est l’occasion pour vous de voir que le père de Law & Order sait aussi faire des séries drôles et enlevées. Avec Players, il rend effectivement un hommage aussi ironique que respectueux à de savoureux prédecesseurs, Mission : Impossible et L’Agence tous risques.

Quand Dick Wolf défait Law & Order...

L’histoire, c’est celle de Isaac Ice Gregory, Alphonse Royo et Charlie O’Bannon, trois taulards particulièrement créatifs libérés sur parole pour remplir des missions pour le compte du FBI. Tout l’intérêt de cette série, c’est de découvrir les combines plus ou moins alambiquées que les trois con men vont mettre sur pied pour mettre hors d’état de nuire toutes sortes de truands. Et la vraie bonne idée du show, c’est qu’une fois sur deux, leurs plans échouent lamentablement.
En gros, c’est un vrai guilty pleasure, une vraie série canapé à regarder pour se distraire et qui réussit très bien à divertir. En plus, les costumes flashy de Ice T permettent de se rappeler qu’il peut faire autre chose que tirer la tronche dans Law & Order : Special Victims Unit… Rien que pour ça, il faut jeter un œil.

Bien à vous,
Benny

lundi 14 juillet 2008

Faut-il forcément brûler la saison 5 de The West Wing ?

Avec le mois de juin, j’ai terminé le visionnage de la saison 5 de la série imaginée par Aaron Sorkin, la première sans son génial créateur-producteur. Une saison que j’ai regardée avec une vraie curiosité, parce que de nombreux fans des aventures de l’administration Bartlet ont souvent la dent dure sur cette première saison produite par John Wells. Les afficionados déplorent effectivement que Carol Flint, John Sacret Young, Mark Goffman, Peter Noah, Alexa Junge tentent de faire du Sorkin sans en avoir le talent. Alors, à tort ou à raison ?

Surf sur un cliffhanger réussi

Quand on porte un regard retrospectif sur ces 22 épisodes, on se dit que le coup d’envoi fut tout de même assez réussi. En même temps, il aurait été difficile de faire autrement : en plaçant Bartlet dans un dilemme qui déchire l’homme politique et le père de famille (le kidnapping de sa fille Zoey par des terroristes, son remplacement temporaire à la tête de l’Etat par le Républicain GlenAllen Walken), Sorkin avait laissé beaucoup de matériel à développer, des intrigues susceptibles de retenir l’attention des téléspectateurs et d’offrir de vrais moments de tension à ces premiers épisodes. Une mission assez bien remplie par la Wells Team, surtout pour ce qui est de la partie privée du drame que traverse Jed Bartlet.
Une fois cet arc terminé, la saison 5 allait vraiment commencer, celle où les scénaristes devraient faire montre de toute leur inventivité.

Des couloirs trop light

Et c’est là que le bat blesse : en s’appliquant à reprendre le principe des « intrigues de couloir » cher à Sorkin, Wells et sa bande se heurtent à un vrai problème. Leurs scripts n’ont en effet pas le côté brillant, fulgurant et… « pédagogique » (en gros, rendre accesible des questions politiques complexes) que peuvent avoir de nombreux scripts des quatre premières saisons. Pire : le principe même de ces intrigues souffre un peu de l’usure du temps (Ca fait plus de 90 épisodes que le téléspectateur en découvre, il commence à être habitué). Aussi, si celles-ci ne sont pas vraiment audacieuses, qu’elles ne tentent pas autre chose notamment dans l’approche humaine des dilemmes abordés, eh bien, ça ne le fait pas vraiment.

Retrouver les codes

La seule façon pour les auteurs de retenir l’attention du public, c’est donc de tenter de nouvelles choses… ou de mettre en action les vraies mécaniques internes de la série : celles où l’on revient à la quintessence des personnages. Où le script est porté par un vrai souffle audacieux et idéaliste. L’exemple type ? L’épisode 5.8, Shutdown où Josh aide le président à débloquer une situation politique complexe avec la Chambre des représentants, après avoir été mis au ban de l’équipe Bartlet à la suite d’une bourde.

Des binômes brisés (ou en berne)

Une mise à l’écart qui nous renvoie directement à un autre point faible de cette saison. Tout au long de l’année, les scénaristes ont tenté de secouer les relations entre personnages et ça n’a pas souvent fonctionné. Les binômes Toby Ziegler/Will Bailey et Josh Lyman/Donna Moss, très dynamiques, ont été remodelés sans grand succès. Sam Seaborn parti, les auteurs ont voulu éviter de le remplacer purement et simplement par Will Bailey. Une bonne idée mais au bout du compte, le personnage de Toby, isolé, tourne un peu dans le vide cette année : l’arrivée des jumeaux n’aura pas de conséquences visibles sur sa relation avec son ex épouse Andy Wyatt.
Tout au long de l’année, on nous explique aussi que Toby doit prendre plus de poids dans les orientations théoriques du second mandat Bartlet. Sans que cela ne se voit vraiment non plus. Will, de son côté, voit ses apparitions se réduire à portion congrue alors que son arrivée, dans la saison 4, avait été plutôt enthousiasmante (ah, Danica McKellar dans le rôle de Elsie…).
Et Josh ? Alors que Sorkin s’était fait un malin plaisir à jeter un pavé dans la marre de sa relation avec Donna lors du précédent season finale, les questions soulevées à cette occasion seront complètement occultées par l’équipe de Wells.
Amy Gardner (Marie-Louise Parker) revient d’abord dans ses bras avant d’être squizzée purement et simplement (kelleyrisée diront les pErDUSiens). En bref, on ne sait pas trop où on veut aller… et le gars Lyman se retrouve souvent avec Toby. Ce qui est assez ironique, en un sens.

Le second souffle du printemps

Malgré ça, il y a de bonnes idées : si le personnage de Ryan Pierce (Jesse Bradford), le stagiaire de Josh, est plus un sidekick qu’autre chose, l’arrivée de Rina (Melissa Marsala : oui, oui, c'est elle), la nouvelle assistante de Toby, est une réussite. Une vraie dynamique s’installe en effet entre cette mère de famille qui n’a pas sa langue dans sa poche et le directeur de la communication de la Maison Blanche, ce qui est rafraîchissant.
Au titre des bons points, on remarquera aussi que la seconde partie de saison compte son lot de bons épisodes : Slow news days (où Toby essaie de trouver une solution au problème de sécurité sociale) Full Disclosure (le retour de Hoynes), ou encore The Supremes (avec Glenn Close) font partie de ceux-là.

Un final frileux

Au titre des regrets, on notera que le retour d’Ellie Bartlet (qui avait eu droit à un très bon épisode en saison 2) est assez fade alors que Nina Siemaszko avait fait une apparition marquante, toute en subtilité, dans l’univers de Bartlet.
Enfin gros point noir : le season finale. Alors que les quatre précédents sont d’authentiques coups de force (même celui de la saison 3, alors que ce n’est pas la meilleure de la série), Memorial Day n’est ni plus ni moins qu’un ratage. On revisite un peu le passé comme dans Two Cathedrals en saison 2, on expose une situation internationale tendue à l’image de Posse Comitatus en saison 3 et… c’est assez tiré par les cheveux au bout du compte. Vraiment dommage : on n’a pas spécialement envie de revenir, et ça, c’est une triste première.

Bon, et donc…

Quelle conclusion en tirer ? Dire que ce n’est pas la meilleure saison de la série, ce serait faire une conjecture sans intérêt. Reprendre un show vraiment marqué par l’empreinte de son auteur n’est pas facile (demandez à David Rosenthal, showrunner des Gilmore Girls saison 7) et c’est ce qui explique sans doute que cette saison 5 est assez bancale par certains côtés. Mais ce n’est pas non plus une catastrophe digne de Tchernobyl, puisque par à coups, on retrouve ce qui a fait le charme de la série.
Ce qui manque en fait à The West Wing 5, c’est une vraie maîtrise des lignes scénaristiques, un objectif à moyen ou à long terme. C’est une saison coincée entre ce qui n’est plus (les années Sorkin) et ce qui n’est pas encore (la course à l’après-Bartlet). Peut-être est-ce cela que les fans de l’aile ouest ont du mal à accepter.

Bien à vous,
Benny

dimanche 13 juillet 2008

Cold case, la mélancolie des mélodies

Salut à toi, ami lecteur ! Après quelques semaines de silence, le BennyBlog va reprendre du poil de la page grâce… aux vacances. En effet, et sauf imprévu, jusqu’à dimanche prochain, vous retrouverez un post par jour sur ce blog. On commence tout de suite avec un coup de projecteur pour le moins surprenant : aujourd’hui, c’est en effet d’une production Bruckheimer qu’il s’agit.

Une oeuvre murie

Non, je n’ai pas pris un effroyable coup de chaud ! Mais si je pense toujours que les séries financées par le gars Jerry ne sont pas toujours d’une grande audace narrative, il faut bien avouer que Cold case est un cas à part dans son univers.
D’abord parce que, contrairement à Anthony CSI Zuicker, Jim Close to Home Leonard et les autres zozos qui ont commis DOS Opérations spéciales (mais si, avec Benjamin Bratt et Dennis Hopper. Non, vous voyez pas ? En même temps c’est plutôt un bon point pour vous…), son maître d’œuvre ne sort pas de nulle part. Story editor chez Bochco, productrice chez Wells, Meredith Stiehm a fait ses classes avec des tenors de la narration télé. Et surtout, on sent qu’elle a mis à profit son passage sur NYPD Blue et Urgences pour poser les bases de la série qui fait le bonheur de CBS aujourd’hui (Pas comme d'autres qui ont eu l'idée de leur vie sur le canap' avec bobonne à côté, hein, Anthony Z ?).
S’ils ne sont pas d’une originalité folle, les personnages de la brigade de Philadelphie restent en effet bien définis (et le casting est impeccable), tout comme le concept du show, qui est vraiment son point fort.

Une série joueuse

En rouvrant des affaires non classées, Cold Case propose de revisiter de façon ludique le passé américain, ses heures sombres le plus souvent. Et j’insiste sur le mot ludique : quand bien même les sujets abordés sont souvent graves (les casseurs d’homos, les ravages du Vietnam, la ségrégation raciale et ses déclinaisons au fil des décennies), il y a toujours un vrai jeu qui s’instaure avec le téléspectateur. D’abord en constatant les effets du temps sur les protagonistes liés à l’enquête qui est menée (en les faisant vieillir ou en faisant interpréter un même personnage par deux acteurs). Le jeu se prolonge au cœur des investigations, puisque dans Cold Case, les effets du temps qui passe sont aussi psychologiques. Plus clairement, la série dresse parfois de superbes portraits de personnages qui ont dû se construire, avancer après avoir été confrontés à un crime non résolu. Et quand les petites histoires s'enchevêtrent dans la grande (ici, le crime), que cet aspect « psychologique » du récit est vraiment soigné, subtil, les épisodes sont vraiment réussis.

L’adhésion
par la bande son

En même temps... heureusement. Cold case, d’un point de vue "série policière" pur, ce n’est vraiment pas exceptionnel : les crimes non résolus ne paraissent pas particulièrement tortueux. En clair : la série ne s’embarrasse pas vraiment des facilités qui lui permettent de laisser des énigmes en sommeil. A bien réfléchir, on se dit que tel ou tel crime aurait pu être résolu avec une enquête attentive, du premier coup.
Mais au bout du compte, on s’en fiche parce que Stiehm a trouvé le truc pour embarquer le téléspectateur dans ses histoires : le recours à une bande son toujours inspirée, impeccable. Et là aussi, on en revient à l’aspect ludique de la chose. Tout en suivant la progression de l’enquête, on se plaît à deviner, puis à écouter les titres qui agrémentent les flashbacks.
Du script aux notes
Une constatation véritablement flagrante lorsque l’on entend la chanson qui intervient après les aveux du coupable. Une scène répétée à l’envi par les scénaristes, avec le regard de Lilly Rush croisant celui des victimes disparues. On pourrait en être lassé, blasé, eh bien non. C’est là que l’on se rend compte de l’intelligence de Meredith Stiehm et ses acolytes.
Avec la bande son, ils parviennent à enlever l’adhésion du public en jouant à fond sur son inconscient, sa culture musicale et suscitent à tous les coups une mélancolie/nostalgie qui rachète le classicisme de sa construction.
Certains parleront de mélodies mystificatrices… ils n’auront peut-être pas tort. Il n’empêche : ça fonctionne, et démontre une certaine intelligence, une vraie capacité à… jouer avec le public. Une série estampillée Bruckheimer plus maline qu'il n'y paraît... ça vaut le coup de le dire, non ? :p

Bien à vous,
Benny

mercredi 11 juin 2008

Alan Shore et la loi des paradoxes

Après Denny Crane en mai, place à l’autre personnage central de Boston Legal : l’élégant, le brillant, l’énigmatique et fascinant Alan Shore. Pour parler de Denny Crane, j’ai dit que c’était un des personnages les plus réussis de Kelley depuis Cage et Geiger. Et je maintiens. Alan Shore, lui, est dans une catégorie bien à part dans l’univers du prolifique scénariste-producteur. Pour moi en effet, Shore n’est pas un personnage de Kelley. En un sens, il est David E. Kelley.

Mystérieux, insaisissable

Ce que je veux dire ? Que c’est sans aucun doute celui dont il se sent le plus proche, celui qu’il comprend le mieux alors que dans le même temps, de tout le kelleyverse, c’est aussi l'homme le plus mystérieux, le plus insaisissable pour le spectateur. De toutes les créations du mari de Michelle Pfeiffer, Shore a hérité un goût certain pour les excentricités, les manies les plus inattendues. C’est ce qui lui permet d’affirmer en partie sa différence au sein de Crane, Poole & Schmidt.


Un excentrique avec une part d’ombre

Mais c’est aussi un personnage très sombre : lorsqu’il faut se salir les mains, adopter une ligne de défense que la morale pourrait réprouver, il n’hésite pas une seconde. Il aime la compétition : c’est un excellent avocat et il cultive avec soin cette image. De ce point de vue, la psychologie d'Alan, complexe, est autrement plus réussie que celles d’un Bobby Donnell ou d’un Eugène Young. Ces deux derniers, qui sont de très bons avocats, passaient beaucoup de temps dans The Practice à geindre sur ce que leur métier les amenait à faire. Une certaine forme de contrition lassante sur le long terme, virant même carrément à l’hypocrisie pour Bobby Donnell. Avec Alan Shore, rien de tout cela. L’homme assume pleinement ses actes, ne s’épanche pas des heures sur ses états d’âme mais n’en demeure pas moins humain. L’impact sur sa personnalité est juste plus subtil, discret. Ses tendances mélancoliques, schizophréniques, tout autant que sa volonté de conserver une certaine distance avec les gens qui l’entourent, démontrent que l’homme n’est pas indifférent à ce qu’il vit, à ce qu’il voit.
La voix d’une plume
Si Shore est aussi la voix de Kelley, c’est également parce que c’est avec ce personnage que l’auteur questionne directement la société américaine. Dans Boston Legal, c’est avec Shore qu’il interroge le spectateur sur la guerre en Irak, la peine de mort, les dérives du fichage informatique. Avec Shore et personne d’autre : au début d’Ally MacBeal, Kelley le faisait de temps à autre avec John Cage mais la multiplication des scripts qu’il avait à écrire a singulièrement limité sa capacité à utiliser le Biscuit de façon mordante. La compassion, et même l’affection, que voue l’avocat joué par (l’excellent) James Spader pour les hommes et les femmes borderline, c’est aussi celle de l'auteur. Jerry Hands Espenson, Catherine Piper, Bernard Ferrion : tous ont un côté marginal, laissés pour compte, qui ne laisse pas Alan indifférent. Peut-être parce qu’il connaît bien cette situation. A ce titre, la très belle amitié qui le lie à Denny Crane est assez révélatrice de tout cela.

Un personnage increvable
Un épisode de la saison 1, dans lequel Alan comparaît pour avoir payé des hommes dans un bar pour casser la figure d’un autre, met l’accent sur un aspect très intéressant de sa personnalité. A la fin de l’épisode, il avoue qu’il ne s’est jamais battu physiquement et le regrette parfois. Un peu comme ces hommes qui affirment leur puissance dans leur costume trois pièces, cèdent à des pulsions après de jeunes années où ils ont subi la dictature des corps, de la force physique. Il y a d'ailleurs chez cet homme un vague à l’âme assez troublant.
Alan Shore enfin, c’est sans doute aussi celui que Kelley aimerait être. Et que tout homme, en un sens, aimerait être : il est sans cesse surprenant, il a énormément de succès auprès des femmes (il est aussi très décomplexé, sexuellement) et il cultive une part de mystère qui rend ce personnage increvable ou presque. Du coup, on ne se lasse pas de regarder.
Ainsi est donc Alan Shore : un ténor du barreau qui brille au cœur d’un système judiciaire pétri de contradictions. L’univers de la loi, un monde de paradoxes dont il est le plus beau produit et le plus beau défenseur.

Bien à vous,
Benny

mardi 10 juin 2008

Bric à brac, un peu en vrac

Pas de thème vraiment défini aujourd'hui, juste des réflexions et des infos comme ça.

La bonne nouvelle : Dirt est dans la sciure
Et c'est pas trop tôt. La série de Courteney Cox et Matthew Carnahan n'aura pas de saison 3. Quand on se rappelle combien la saison 1 pouvait être vaine, vulgaire (oui, quand on veut surprendre en choquant le téléspectateur sans avoir de véritable visée narrative, moi je dis que c'est vulgaire) et mal jouée, on se dit que c'est pas dommage. Courteney Cox a dit qu'elle avait d'autre projet en tête.
Espérons que cette fois, c'est avec un scénariste qui a vraiment quelque chose d'intéressant à offrir
Le bon chiffre : 34
Comme le nombre de jours de vacances que je dois écluser avant la fin du mois d'août... sans compter les vacances originellement prévues entre août et septembre. Ca m'apprendra à bosser non stop de janvier à juin : le lancement de l'hebdo pour lequel je travaille a mobilisé beaucoup d'énergie, et pas mal de temps aussi.Va falloir que je prépare de quoi m'occuper. Je suis très loin d'être inquiet mais si vous avez des propositions, je suis preneur.
La bonne idée : une semaine de sorties
J'ai un gros défaut : je suis un velleitaire. En gros, je me dis chaque fois que je dois sortir plus mais comme je suis une grosse feignasse, je me laisse porter. Je crois que c'est une question d'équilibre : quand je donne beaucoup dans la sphère professionnelle, j'en bave pour animer ma vie sentimentale. Ceci étant, le retour sur meetic étant un bon gros fiasco (ma parole, les filles n'ont vraiment pas grand'chose à dire), on va la jouer old school.
Dès demain, et pendant une semaine, c'est dit, je vais sortir.
Tous les soirs.
En plus, je suis motivé : j'en ai envie. Elle est pas belle la vie ?
Bon, si ça se trouve, j'aurais plein d'histoires sentimentales dignes de The Descent à vous raconter après ça, mais c'est le jeu hein...
Promis, je vous tiens au courant s'il se passe quelque chose d'intéressant.

Bien à vous,
Benny

mardi 3 juin 2008

Le CD de juin : The Age of the Understatement (The Last Shadow Puppets)

Derrière The Last Shadow Puppets, il y a deux garçons : Alex Turner, des prolifiques Arctic Monkeys, et Miles Kane, échappé du groupe The Rascals. Et derrière The Age of the understatement, il y a un album qui peine à voir plus loin que le titre diffusé sur les ondes et les chaînes musicales.
Ce titre, c’est… The Age of the understatement, justement. Une chanson qui n’est pas sans rappeler le sublime Knights of Cydonia de Muse ou encore Tonight, Tonight des Smashing Pumpkins. En gros, un titre mélodiquement puissant, diffusant une sorte de souffle épique qui nous sort un peu de la torpeur printanière dans laquelle les BB Brunes et autres REM se complaisent à nous laisser.
A côté de ça… c’est pas exceptionnel. Et c’est bien dommage. 12 titres en à peine 35 minutes, des compos qui peinent à trouver une inspiration rafraîchissante et l’étrange sentiment que l’on écoute toujours la même chose. Le problème est là : il ne suffit pas de faire sonner une cloche de temps à autre pour surprendre l’auditeur. Ou alors on est à Rome. Ou à Pâques.
En résumé : un album sans grande imagination. Propre mais sans véritable ambition (oh, je viens de déguiser un argument positif en une belle vacherie, je crois…). Du travail de feignant (il est temps de s’arrêter là, je deviens vraiment méchant).

Bien à vous,
Benny