L'info est tombée cette semaine : Luck, la série de David Milch et Michael Mann avec Dustin Hoffman en vedette, n'aura pas de saison 2.
La faute, officiellement, à une histoire de chevaux morts sur le tournage (quand on propose un show sur l'univers des courses hippiques, ça l'affiche mal: il faut en convenir). Officieusement, certains considèrent que ce sont surtout les audiences confidentielles de la série qui ont précipité son annulation (à peine 300 000 spectateurs en moyenne pour la diffusion de chaque inédit).
D'autres avanceront peut-être un autre argument. Plutôt méchant, plutôt gratuit mais assez troublant. Une affirmation du style : "Normal : il y a Jason Gedrick dedans".
Et c'est vrai que quand on y repense, en un peu moins de vingt ans, le brun de Chicago (vu en guest dans Ally McBeal, Desperate Housewives ou encore Lie To Me) a régulièrement été associé à des projets souvent ambitieux mais qui ont toujours fait pschittt (ou presque).
Jugez plutôt :
Murder One (Neil Avedon, 1995): la gueule d'ange au coeur de l'affaire Goldilocks, c'est la sienne. Dans cette série de Steven Bochco, Charles H. Eglee et Channing Gibson, il ne tient pas le premier rôle mais a une jolie carte à faire valoir à l'époque.
Si le feuilleton judiciaire plaira à la critique, ce ne sera pas un succès public. La structure de l'histoire fait qu'il ne peut pas revenir dans la saison 2, qui sera d'ailleurs la dernière du show.
EZ Street (Danny Rooney, 1996) : Lorsque cette chronique urbaine du crime arrive sur CBS, il tient l'un des rôles principaux. Celui d'un ex-taulard qui tente de s'extraire en vain de l'univers qui l'a conduit derrière les barreaux.
A l'époque, la critique annonce que le show de Paul Haggis (Due South) sera la série de l'année. Ou pas : il est annulé au bout de six épisodes.
Falcone (Joseph Pistone, 2000): Encore un show qui n'a duré que huit épisodes, encore une fiction qui aurait mérité mieux. En reprenant le rôle tenu par Johnny Depp dans Donnie Brasco, pour un projet produit par Barry Levinson et le scénariste venu du ciné John Lee Hancock, il fait du bon boulot en donnant la réplique à un Titus Welliver crépusculaire. Mais ça ne marche toujours pas.
Boomtown (Tommy Turcotte, 2002) : J'ai déjà parlé du show multi-points de vue imaginé par Graham Yost. Une série concept qui a vite dérivé sur une histoire portée par ses personnages. Dans le rôle d'un officier de patrouille qui est le double du personnage de Donnie Wahlberg, il montre qu'il n'a rien, perdu de son magnétisme. Même s'il a un peu grossi.
La série dure une saison plus six épisodes. Son record en tant que personnage au générique.
Windfall (Cameron Walsh, 2006) : Des fois on se dit qu'il faut savoir ajuster ses prétentions, accepter des projets moins sexy pour payer sa boîte de raviolis. Sur ce coup, on se dit que c'est un peu ça : Gedrick fait partie du petit groupe de personnes qui deviennent godzillionnaires (comme dirait Forrest Gump) du jour au lendemain grâce à la loterie nationale.
Ça ne durera qu'une saison. Quand ça veut pas...
Luck (Jerry, 2012) : Milch, qui avait participé au lancement de Murder One, n'a pas oublié le comédien au moment de composer le casting de son show trois étoiles au pays du cheval. Dans le rôle de celui qui comprend mieux que personne le monde du jeu, il fait encore un très bon boulot. Son personnage, écrasé par ce qui est tout à la fois un don et une malédiction, on y croît. Mais ça ne marche pas. Toujours pas.
Le kharma, sans doute.
Bien à vous,
Benny
samedi 17 mars 2012
mercredi 14 mars 2012
L'InstantMusique #7 : "Your time has come" (Audioslave)
Ami lecteur, je partage aujourd'hui avec toi un de mes hymnes. Une de ces chansons qui fait hocher la tête de bas en haut, taper parfois du pied (c'est pas trop mon genre, mais bon) et file la pêche à chaque fois que l'on a l'occasion de l'écouter.
A l'image de Michael Mann, qui n'est pas seulement un réalisateur épatant (et j'en reparlerai sans doute bientôt), j'aime bien placer une chanson d'Audioslave de temps en temps.
Or, jusqu'ici, je ne l'avais pas fait sur ce blog. L'oubli est aujourd'hui réparé avec le single qui ouvre l'album Out of Exile, sorti en 2005.
Du deuxième album de la rencontre de Chris Cornell et des anciens musiciens de Rage Against The Machine, on retient plus facilement le titre Be Yourself que celui-ci.
Pourtant, de son intro à son solo de guitare furibard, c'est un titre dopé à l'énergie pure. Aussi, si vous avez un jour du mal à vous réveiller, si vous avez quelque chose à fêter, ou si vous êtes énervé et que vous cherchez à vous défouler, c'est définitivement ce titre-là qu'il faut écouter.
Vous verrez, dans quelque temps, vous me remercierez.
Bien à vous,
Benny
A l'image de Michael Mann, qui n'est pas seulement un réalisateur épatant (et j'en reparlerai sans doute bientôt), j'aime bien placer une chanson d'Audioslave de temps en temps.
Or, jusqu'ici, je ne l'avais pas fait sur ce blog. L'oubli est aujourd'hui réparé avec le single qui ouvre l'album Out of Exile, sorti en 2005.
Du deuxième album de la rencontre de Chris Cornell et des anciens musiciens de Rage Against The Machine, on retient plus facilement le titre Be Yourself que celui-ci.
Pourtant, de son intro à son solo de guitare furibard, c'est un titre dopé à l'énergie pure. Aussi, si vous avez un jour du mal à vous réveiller, si vous avez quelque chose à fêter, ou si vous êtes énervé et que vous cherchez à vous défouler, c'est définitivement ce titre-là qu'il faut écouter.
Vous verrez, dans quelque temps, vous me remercierez.
Bien à vous,
Benny
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vendredi 9 mars 2012
Stephen Levinson, un producteur télé très discret
Aujourd'hui, c'est portrait. Et ça fait un petit moment que je n'en avais pas fait. Du coup, j'ai choisi de me casser un peu la tête, en vous parlant d'un gars un peu particulier. Beaucoup ont en effet déjà vu au moins une de ses séries, mais très peu sont l'ont déjà vu, lui.
Des producteurs télé qui s'appellent Levinson, aux USA, il y en a un paquet. Le plus célèbre est aussi réalisateur (Barry, producteur de Homicide, Oz ou The Jury), deux autres sont scénaristes (Richard, co-créateur de Columbo et Arabesque; et sa fille Chris, qui a travaillé sur Law & Order et Law & Order : Trial by Jury).
Lui n'est ni l'un ni l'autre. Et pourtant, il doit être sacrément riche et son travail est respecté. Normal : dans les génériques d'Entourage, Boardwalk Empire, How to Make It in America et In Treatment, il est crédité en temps que producteur exécutif.
Il est pourtant peu bavard, pas souvent visible... alors, bon sang, qui est Stephen Levinson ?
Renseignement pris, le bonhomme est dans le circuit depuis plus de vingt ans. C'est en effet en 1991 qu'il traverse le pays d'est en ouest pour rejoindre Los Angeles et l'agence InterTalent. Originaire de Manhasset Hills, dans l'état de New York, il débute alors une carrière d'agent.
Lâchant une courte carrière dans le textile (il a fondé sa propre boite de création de vêtements, c'était lui le comptable), il rejoint rapidement UTA, quand InterTalent fusionne avec cette structure.
C'est à cette époque qu'il croise un jeune chanteur qui va vite quitter les podiums pour rejoindre les plateaux de tournage. Son nom : Mark Wahlberg, celui qui deviendra son principal partenaire en affaires.
1996: Levinson fait le grand saut en fondant Leverage, sa propre société. Le but : accompagner des artistes à potentiel, qu'ils soient devant ou derrière la caméra. Très tôt, on y retrouve Mark Wahlberg mais aussi Doug Ellin, jeune scénariste et réalisateur du film Kissing a Fool, avec David Schwimmer (Friends) et Jason Lee (My Name is Earl).
Si le film ne rencontre pas un gros succès, il a le mérite de faire endosser à Levinson le costume de producteur exécutif pour la première fois. Et celui-ci lui va comme un gant. Adepte du boulot en bande, il accompagne Wahlberg dans ses premiers pas dans la production télé avec plusieurs de ses clients.
Au moment de lancer Entourage, il se tourne vers plusieurs de ses clients: le réalisateur Julian Farino et le scénariste Rob Weiss s'installent donc derrière la caméra, pendant qu'Adrian Grenier et Jerry Ferrara, dont il est aussi l'agent, décrochent les rôles de Vinnie Chase et Turtle.
Appréciée des critiques, chouchoutée par le microcosme hollywoodien, la vraie-fausse comédie de HBO donne suffisamment de crédit à Wahlberg et Levinson pour se lancer vers d'autres aventures.
Malins, les deux compères persévèrent dans le format hybride de 25 minutes en adaptant en 2009 une série israëlienne, Be Tipul.
Un principe original, un casting de toute première catégorie : la série, baptisée In Treatment, va définitivement asseoir le savoir-faire du duo. Qui accélère le mouvement en 2010 en produisant Boardwalk Empire, avec Steve Buscemi devant la caméra et Terence Winter et Martin Scorsese juste derrière.
Si tout ce que touche Stephen ne se transforme pas en or (How To Make It In America, où il revisite son expérience dans l'univers de la confection, tourne court), il fait partie, en ce début de décennie, des producteurs qui comptent. Il a notamment reçu un Producer's Guild of America Awards, deux Peabody Awards et un Golden Globe. En attendant la suite.
Pas mal, pour un mec plutôt discret.En même temps, quand on cartonne, des fois, il vaut mieux se taire...
Bien à vous,
Benny
Des producteurs télé qui s'appellent Levinson, aux USA, il y en a un paquet. Le plus célèbre est aussi réalisateur (Barry, producteur de Homicide, Oz ou The Jury), deux autres sont scénaristes (Richard, co-créateur de Columbo et Arabesque; et sa fille Chris, qui a travaillé sur Law & Order et Law & Order : Trial by Jury).
Lui n'est ni l'un ni l'autre. Et pourtant, il doit être sacrément riche et son travail est respecté. Normal : dans les génériques d'Entourage, Boardwalk Empire, How to Make It in America et In Treatment, il est crédité en temps que producteur exécutif.
Il est pourtant peu bavard, pas souvent visible... alors, bon sang, qui est Stephen Levinson ?
L'agent qui devient producteur
Renseignement pris, le bonhomme est dans le circuit depuis plus de vingt ans. C'est en effet en 1991 qu'il traverse le pays d'est en ouest pour rejoindre Los Angeles et l'agence InterTalent. Originaire de Manhasset Hills, dans l'état de New York, il débute alors une carrière d'agent.
Lâchant une courte carrière dans le textile (il a fondé sa propre boite de création de vêtements, c'était lui le comptable), il rejoint rapidement UTA, quand InterTalent fusionne avec cette structure.
C'est à cette époque qu'il croise un jeune chanteur qui va vite quitter les podiums pour rejoindre les plateaux de tournage. Son nom : Mark Wahlberg, celui qui deviendra son principal partenaire en affaires.
1996: Levinson fait le grand saut en fondant Leverage, sa propre société. Le but : accompagner des artistes à potentiel, qu'ils soient devant ou derrière la caméra. Très tôt, on y retrouve Mark Wahlberg mais aussi Doug Ellin, jeune scénariste et réalisateur du film Kissing a Fool, avec David Schwimmer (Friends) et Jason Lee (My Name is Earl).
Le producteur s'appuie sur ses potes
Si le film ne rencontre pas un gros succès, il a le mérite de faire endosser à Levinson le costume de producteur exécutif pour la première fois. Et celui-ci lui va comme un gant. Adepte du boulot en bande, il accompagne Wahlberg dans ses premiers pas dans la production télé avec plusieurs de ses clients.
Au moment de lancer Entourage, il se tourne vers plusieurs de ses clients: le réalisateur Julian Farino et le scénariste Rob Weiss s'installent donc derrière la caméra, pendant qu'Adrian Grenier et Jerry Ferrara, dont il est aussi l'agent, décrochent les rôles de Vinnie Chase et Turtle.
Appréciée des critiques, chouchoutée par le microcosme hollywoodien, la vraie-fausse comédie de HBO donne suffisamment de crédit à Wahlberg et Levinson pour se lancer vers d'autres aventures.
Malins, les deux compères persévèrent dans le format hybride de 25 minutes en adaptant en 2009 une série israëlienne, Be Tipul.
De In Treatment à Boardwalk Empire
Un principe original, un casting de toute première catégorie : la série, baptisée In Treatment, va définitivement asseoir le savoir-faire du duo. Qui accélère le mouvement en 2010 en produisant Boardwalk Empire, avec Steve Buscemi devant la caméra et Terence Winter et Martin Scorsese juste derrière.
Si tout ce que touche Stephen ne se transforme pas en or (How To Make It In America, où il revisite son expérience dans l'univers de la confection, tourne court), il fait partie, en ce début de décennie, des producteurs qui comptent. Il a notamment reçu un Producer's Guild of America Awards, deux Peabody Awards et un Golden Globe. En attendant la suite.
Pas mal, pour un mec plutôt discret.En même temps, quand on cartonne, des fois, il vaut mieux se taire...
Bien à vous,
Benny
mercredi 7 mars 2012
Et si la meilleure série de M6, c'était "Top Chef" ?
Il en va avec un blog comme en amour, en fait : il faut savoir étonner, surprendre de temps à autre sinon on ne se regarde plus.
Voilà pourquoi aujourd'hui, on va parler télé française et même téléréalité. Ce n'est pas la première fois que ça arrive de ce côté du web, mais cette fois-ci, c'est un paquet de bougies qui m'a donné envie de prendre le clavier.
Comme vous le savez sans doute, M6 célèbre son 25e anniversaire ce mois-ci. L'occasion pour la direction de la chaîne de revenir sur ses plus beaux faits d'armes, pour le meilleur (la diffusion en prime time de séries comme The X Files ou Ally McBeal à une époque où ce n'était pas franchement une évidence) et le moins meilleur (Loft Story, qui a ouvert la voie à la Real TV française en général, et à celle qui se regarde le nombril en particulier).
Qui dit bilan dit aussi perspectives, forcément. Et quand Nicolas de Tavernost, le numéro de la chaîne prend la parole dans Les Echos pour sortir de bonnes grosses énormités, ça a un peu de mal à passer. Je vous le dis tout de suite : je ne me moquerai pas des plus mémorables morceaux de cet entretien - et notamment le monumental "La fiction française, nous avons mis plus de dix ans à l'installer". Manuel Raynaud (Spin-Off.fr, sur LePlus) et Dominique Montay (Le Village) l'ont effectivement fait avant moi, et ils l'ont fait avec l'efficacité de Tom Cruise dans la scène du night club dans Collateral.
Non en fait, je m'interroge sur un mouvement de fond : à une époque où on a le choix entre des fictions américaines archiprésentes dans les grilles de programmation (1) et des fictions françaises qui tendent vers le mieux mais souffrent encore de ne pas avoir vraiment trouvé leur voix (2), je me demande si la capacité française à raconter des histoires accrocheuses n'a pas été happée par une partie de la téléréalité.

Et quand je dis ça, je pense à deux cas : Top Chef et Koh Lanta.
Je ne vais pas m'étendre sur le rouleau-compresseur à audiences de TF1 ce coup-ci, parce qu'il fonctionne comme le rendez-vous du lundi soir proposé par l'ex "Petite chaîne qui monte". Et je vais en venir directement à ma démonstration.
Une fiction qui marche, c'est quoi ? Ce sont des personnages bien dessinés, des archétypes dont le dilemme (ou la quête, en tout cas la personnalité) est exposé de façon efficace et qui essaient de se réaliser à travers une quête.
La qualité de l'histoire tient alors le plus souvent en deux points : la capacité à créer des interactions dynamiques entre les différents protagonistes et la capacité à poser des obstacles sur leur chemin, pour créer des rebondissements, pour les faire évoluer.
Top Chef, c'est quoi ? Ce sont des personnes, des candidats qui, au gré de la présentation, du montage, de la narration donnent une image, une représentation d'eux-mêmes. Tous poursuivent le même but : devenir le meilleur jeune cuisinier de l'émission.
Avec les candidats les plus emblématiques (pour la saison 3, c'est définitivement Norbert, le Drômois à rouflaquettes), les événements mais aussi la narration, tendent à les faire évoluer au gré des épreuves. Il faut dire que les rebondissements sont nombreux, et que les rapprochements/oppositions se multiplient au gré de ces mêmes épreuves.
Et bon sang, là je vous avoue volontiers un truc : sur moi, ça marche bien.
Ma conclusion est donc la suivante : la téléréalité qui cartonne le plus, c'est celle qui reprend les mécanismes phare de la narration télé en se drapant dans le fait que ceux qui jouent ne sont pas (tout à fait) des comédiens.
Ça passe par l'instauration d'enjeux humains, par un développement sur la durée et par une mise en images/mise en situation qui colle parfaitement à ces impératifs.
D'où la question qui me taraude : comment la télé française a-t-elle pu s'approprier parfaitement des codes qui n'étaient pas les siens pour la téléréalité et ne pas avoir su développer une réflexion équivalente pour ses fictions ? La question des moyens joue sans doute, mais franchement, elle n'explique pas tout (3).
Voilà. Vous avez quatre heures : les calculettes sont interdites. Ou alors vous pouvez laisser un commentaire...
Bien à vous,
Benny
- (1) : Pas forcément dans une volonté de faire valoir la pluralité des genres hélas: mais ce n'est pas le débat du jour.
- (2) : Dans le sens "la voix avec laquelle elles parlent au téléspectateurs". C'était assez évident par exemple avec Les hommes de l'ombre, où on pouvait alterner de vrais bons moments de narration et de sacrés passages à vides.
- (3) : Pour moi, la question n'est pas "Pourquoi on le fait pas ?", mais bien "Pourquoi on ne sait pas le faire ?"
Voilà pourquoi aujourd'hui, on va parler télé française et même téléréalité. Ce n'est pas la première fois que ça arrive de ce côté du web, mais cette fois-ci, c'est un paquet de bougies qui m'a donné envie de prendre le clavier.
Un anniversaire, des boulettes pour le gâteau
Comme vous le savez sans doute, M6 célèbre son 25e anniversaire ce mois-ci. L'occasion pour la direction de la chaîne de revenir sur ses plus beaux faits d'armes, pour le meilleur (la diffusion en prime time de séries comme The X Files ou Ally McBeal à une époque où ce n'était pas franchement une évidence) et le moins meilleur (Loft Story, qui a ouvert la voie à la Real TV française en général, et à celle qui se regarde le nombril en particulier).
Qui dit bilan dit aussi perspectives, forcément. Et quand Nicolas de Tavernost, le numéro de la chaîne prend la parole dans Les Echos pour sortir de bonnes grosses énormités, ça a un peu de mal à passer. Je vous le dis tout de suite : je ne me moquerai pas des plus mémorables morceaux de cet entretien - et notamment le monumental "La fiction française, nous avons mis plus de dix ans à l'installer". Manuel Raynaud (Spin-Off.fr, sur LePlus) et Dominique Montay (Le Village) l'ont effectivement fait avant moi, et ils l'ont fait avec l'efficacité de Tom Cruise dans la scène du night club dans Collateral.
L'impression de "déjà raconté", sous une autre forme
Non en fait, je m'interroge sur un mouvement de fond : à une époque où on a le choix entre des fictions américaines archiprésentes dans les grilles de programmation (1) et des fictions françaises qui tendent vers le mieux mais souffrent encore de ne pas avoir vraiment trouvé leur voix (2), je me demande si la capacité française à raconter des histoires accrocheuses n'a pas été happée par une partie de la téléréalité.

Et quand je dis ça, je pense à deux cas : Top Chef et Koh Lanta.
Je ne vais pas m'étendre sur le rouleau-compresseur à audiences de TF1 ce coup-ci, parce qu'il fonctionne comme le rendez-vous du lundi soir proposé par l'ex "Petite chaîne qui monte". Et je vais en venir directement à ma démonstration.
Quand "sublimer le veau" devient tout une histoire...
Une fiction qui marche, c'est quoi ? Ce sont des personnages bien dessinés, des archétypes dont le dilemme (ou la quête, en tout cas la personnalité) est exposé de façon efficace et qui essaient de se réaliser à travers une quête.
La qualité de l'histoire tient alors le plus souvent en deux points : la capacité à créer des interactions dynamiques entre les différents protagonistes et la capacité à poser des obstacles sur leur chemin, pour créer des rebondissements, pour les faire évoluer.
Top Chef, c'est quoi ? Ce sont des personnes, des candidats qui, au gré de la présentation, du montage, de la narration donnent une image, une représentation d'eux-mêmes. Tous poursuivent le même but : devenir le meilleur jeune cuisinier de l'émission.
Avec les candidats les plus emblématiques (pour la saison 3, c'est définitivement Norbert, le Drômois à rouflaquettes), les événements mais aussi la narration, tendent à les faire évoluer au gré des épreuves. Il faut dire que les rebondissements sont nombreux, et que les rapprochements/oppositions se multiplient au gré de ces mêmes épreuves.
Et bon sang, là je vous avoue volontiers un truc : sur moi, ça marche bien.
Qu'on m'explique !
Ma conclusion est donc la suivante : la téléréalité qui cartonne le plus, c'est celle qui reprend les mécanismes phare de la narration télé en se drapant dans le fait que ceux qui jouent ne sont pas (tout à fait) des comédiens.
Ça passe par l'instauration d'enjeux humains, par un développement sur la durée et par une mise en images/mise en situation qui colle parfaitement à ces impératifs.
D'où la question qui me taraude : comment la télé française a-t-elle pu s'approprier parfaitement des codes qui n'étaient pas les siens pour la téléréalité et ne pas avoir su développer une réflexion équivalente pour ses fictions ? La question des moyens joue sans doute, mais franchement, elle n'explique pas tout (3).
Voilà. Vous avez quatre heures : les calculettes sont interdites. Ou alors vous pouvez laisser un commentaire...
Bien à vous,
Benny
- (1) : Pas forcément dans une volonté de faire valoir la pluralité des genres hélas: mais ce n'est pas le débat du jour.
- (2) : Dans le sens "la voix avec laquelle elles parlent au téléspectateurs". C'était assez évident par exemple avec Les hommes de l'ombre, où on pouvait alterner de vrais bons moments de narration et de sacrés passages à vides.
- (3) : Pour moi, la question n'est pas "Pourquoi on le fait pas ?", mais bien "Pourquoi on ne sait pas le faire ?"
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lundi 5 mars 2012
L'InstantMusique #6 : "Gay Bar" (Electric Six)
Si vous farfouillez attentivement dans la partie musicale de ce blog, vous vous rendrez compte, de manière assez troublante, que plusieurs clips marquants que je présente ici sont un chouya crypto-gay.
Je sais : je viens de le faire.
Avant d'entamer une réflexion psychanalytique cette semaine, je vous propose de voir (ou revoir) un clip qui confirmera que ce n'est pas qu'une impression... mais tant pis/tant mieux, la vidéo vaut le coup. Elle est même super drôle.
Issu de la même scène que les regrettés White Stripes (ils sont de Detroit), le groupe Electric Six existe depuis une bonne quinzaine d'années mais cela fait surtout depuis 10 ans que leurs compositions mélangeant rock, garage, punk et métal font parler d'eux.
Extrait de l'album Fire, qui date de 2003, le single qui nous intéresse aujourd'hui a fini en cinquième place des classements au Royaume-Uni cette année-là.
La vidéo sera aussi l'occasion de rappeler qu'on est en pleine primaire républicaine aux USA. Et que le premier président républicain, c'était Abraham Lincoln. Si, c'est important de faire parfois dans l'alibi culturel.
Bien à vous,
Benny
Je sais : je viens de le faire.
Avant d'entamer une réflexion psychanalytique cette semaine, je vous propose de voir (ou revoir) un clip qui confirmera que ce n'est pas qu'une impression... mais tant pis/tant mieux, la vidéo vaut le coup. Elle est même super drôle.
Issu de la même scène que les regrettés White Stripes (ils sont de Detroit), le groupe Electric Six existe depuis une bonne quinzaine d'années mais cela fait surtout depuis 10 ans que leurs compositions mélangeant rock, garage, punk et métal font parler d'eux.
Extrait de l'album Fire, qui date de 2003, le single qui nous intéresse aujourd'hui a fini en cinquième place des classements au Royaume-Uni cette année-là.
La vidéo sera aussi l'occasion de rappeler qu'on est en pleine primaire républicaine aux USA. Et que le premier président républicain, c'était Abraham Lincoln. Si, c'est important de faire parfois dans l'alibi culturel.
Bien à vous,
Benny
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samedi 3 mars 2012
Quoi de neuf chez les tauliers de la télé ?
Il y a dix ou quinze ans, ils étaient les rois du petit écran. Depuis, d'autres ont fait valoir leur talent et du coup, on a un peu l'impression de moins les voir. Mais les papas et la maman des séries US n'ont pas encore dit leur dernier mot. Tour d'horizon de leurs derniers projets.
Depuis Wedding Bells (qui n'était pas franchement inoubliable), le spécialiste de la série judiciaire n'était pas trop sorti des sentiers qu'il bat depuis plus de 25 ans. Cette fois pourtant, il s'apprête à faire son retour dans l'univers médical. Ce sera sur TNT, et ce sera douze ans après avoir enterré Chicago Hope.
Le pitch donne envie : cinq chirurgiens qui repoussent sans cesse leurs limites se réunissent tous les lundis soirs pour évoquer les erreurs et les complications auxquelles ils ont dû faire face. Parmi ces "enfants de Jeffrey Geiger", on retrouve Jennifer Finnigan, Jamie Bamber et Alfred Molina. Aucune date de diffusion n'est encore arrêtée.
Son succès est indissociablement lié à New York... mais il commence un peu à dater. Le créateur de Law & Order a donc choisi la Ville du vent pour donner un nouveau souffle à sa longue carrière. On le retrouve ainsi à la production d'une série créée par Michael Brandt et Derek Haas, sur le quotidien de sapeurs-pompiers à Chicago.
Le genre a rarement connu le succès à la télé (Third Watch mis à part... et on avait aussi des flics et des secouristes en piste) mais on peut être surpris en bien. C'est sur NBC et la saison prochaine que l'on verra si Jesse Spencer (House) tient bien la lance.
Il n'y a pas que les Borgia dans la vie. Le créateur d'Oz et The Jury travaille pour BBC America sur un projet intitulé Copper, produit avec Barry Levinson et écrit avec Will Rokos. Tom Weston-Jones (ex-MI 5) incarnera un détective irlandais dans le New York du XIXe siècle. Franka Potente (Cours Lola Cours au ciné) et Anastasia Griffiths (Damages, Trauma) seront elles aussi de la partie.
Ce sera la toute première série produite par BBC America. Diffusion prévue pour cet été.
La reine des répliques balancées à la mitraillette doit bientôt faire son retour sur ABC Familly. L'histoire : une danseuse de Las Vegas épouse un homme sur un coup de tête et emménage dans sa petite ville. Là, elle va devoir endosser un rôle difficile dans l’école de danse de sa belle-mère.
On aimerait bien voir la créatrice de Gilmore Girls retrouver la lumière... pour ça, la scénariste va revisiter un pan de sa vie puisqu'elle connaît bien l'univers de la danse. On ne va cependant pas s'emballer tout de suite : le pilote a été commandé il y a un peu moins d'un mois. On ignore encore quand (et si) on le verra à l'antenne.
Bien à vous,
Benny
David E. Kelley retourne
en salle d'op'
avec Chelsea General
Depuis Wedding Bells (qui n'était pas franchement inoubliable), le spécialiste de la série judiciaire n'était pas trop sorti des sentiers qu'il bat depuis plus de 25 ans. Cette fois pourtant, il s'apprête à faire son retour dans l'univers médical. Ce sera sur TNT, et ce sera douze ans après avoir enterré Chicago Hope.
Le pitch donne envie : cinq chirurgiens qui repoussent sans cesse leurs limites se réunissent tous les lundis soirs pour évoquer les erreurs et les complications auxquelles ils ont dû faire face. Parmi ces "enfants de Jeffrey Geiger", on retrouve Jennifer Finnigan, Jamie Bamber et Alfred Molina. Aucune date de diffusion n'est encore arrêtée.
Dick Wolf sort la grande échelle pour Chicago Fire
Son succès est indissociablement lié à New York... mais il commence un peu à dater. Le créateur de Law & Order a donc choisi la Ville du vent pour donner un nouveau souffle à sa longue carrière. On le retrouve ainsi à la production d'une série créée par Michael Brandt et Derek Haas, sur le quotidien de sapeurs-pompiers à Chicago.
Le genre a rarement connu le succès à la télé (Third Watch mis à part... et on avait aussi des flics et des secouristes en piste) mais on peut être surpris en bien. C'est sur NBC et la saison prochaine que l'on verra si Jesse Spencer (House) tient bien la lance.
Tom Fontana remonte
le temps avec Copper
le temps avec Copper
Il n'y a pas que les Borgia dans la vie. Le créateur d'Oz et The Jury travaille pour BBC America sur un projet intitulé Copper, produit avec Barry Levinson et écrit avec Will Rokos. Tom Weston-Jones (ex-MI 5) incarnera un détective irlandais dans le New York du XIXe siècle. Franka Potente (Cours Lola Cours au ciné) et Anastasia Griffiths (Damages, Trauma) seront elles aussi de la partie.
Ce sera la toute première série produite par BBC America. Diffusion prévue pour cet été.
Amy Sherman-Palladino
entre dans la danse avec Bunheads
entre dans la danse avec Bunheads
La reine des répliques balancées à la mitraillette doit bientôt faire son retour sur ABC Familly. L'histoire : une danseuse de Las Vegas épouse un homme sur un coup de tête et emménage dans sa petite ville. Là, elle va devoir endosser un rôle difficile dans l’école de danse de sa belle-mère.
On aimerait bien voir la créatrice de Gilmore Girls retrouver la lumière... pour ça, la scénariste va revisiter un pan de sa vie puisqu'elle connaît bien l'univers de la danse. On ne va cependant pas s'emballer tout de suite : le pilote a été commandé il y a un peu moins d'un mois. On ignore encore quand (et si) on le verra à l'antenne.
Bien à vous,
Benny
jeudi 1 mars 2012
"Luck" : Milch et la fièvre du cheval
Le Pitch : L'hippodrome de Santa Anita Park a beau abriter la boucle d'un parcours de courses de chevaux, tout autour du terrain, les trajectoires se croisent et s'entre-croisent sans cesse. Parieurs, jockeys, entraîneurs ou ambitieux propriétaires... tous sont possédés par la fièvre d'un jeu pris plus qu'au sérieux.
Un casting ahurissant (Dustin Hoffman, Nick Nolte, Dennis Farina, Jason Gedrick, Richard Kind, etc.), un réalisateur de renom (Michael Mann), un scénariste-créateur qui inspire le respect dans la profession (David Milch)... Il y a, dans le pedigree de Luck, comme un air de famille avec Boardwalk Empire. Sauf que les deux shows n'ont vraiment pas grand'chose à voir.
Si ces deux blockbusters de HBO doivent conforter l'aura de la chaîne câblée, à l'heure où AMC (Mad Men, Breaking Bad) ne cesse de marquer des points, le dernier-né a frappé fort dans mon esprit. Notamment quand on compare le pilote à celui du show de Martin Scorsese et Steve Buscemi.
Les raisons du succès sont multiples. Luck, c'est d'abord l'évocation d'un monde dans le monde mais c'est un univers ouvert vers l'extérieur. Proposer une immersion dans l'univers des courses hippiques est un parti pris audacieux, qui pouvaient faire espérer le meilleur... ou craindre le pire. Surtout quand on connaît la propension du créateur de NYPD Blue et Deadwood à partir dans des arcs narratifs complexes, abrupts et parfois vains.
Cette fois-ci, Milch a la bonne idée de nous faire monter à cheval pour un tour d'hippodrome sur un rythme de promenade alerte. Il pose brillamment ses personnages, iconiques en diable (surtout ceux d'Hoffman, Nolte et Gedrick), en s'appuyant sur un récit fluide.
Mise en scène : la leçon
de Michael Mann
La complexité du monde des courses et là et bien là mais jamais, l'auteur ne néglige la question de l'émotion, qui est le ticket gagnant pour faire rentrer le téléspectateur. Et la grande force de Luck, c'est de poser la complexité des relations sans tomber dans le côté très démonstratif de Terrence Winter dans le pilote de Boardwalk Empire.
De la même façon, Michael Mann, installé derrière la caméra de Luck, propose une mise en images initiale particulièrement réussie. Malin, il sait s'effacer derrière son sujet pour faire valoir sa maîtrise de la mise en scène à travers de multiples instants.
De cette façon, il marque son savoir-faire et sa connaissance de la télévision pour offrir des plans, des séquences qui font sens, à des moments-clefs de l'épisode. Rien n'est gratuit, et ça marche vraiment bien. La façon dont il filme par exemple les scènes de courses est assez épatante : elle transcende la notion de compétition pour donner un vrai poids dramatique à l'image.
Quand un amoureux des chevaux
vous parle...
Authentique ode à l'univers hippique, le pilote de Luck est aussi pour Milch une magnifique occasion de faire partager son amour des chevaux. Et si les sept autres épisodes gardent une telle tenue, il ne fait aucun doute que nous serons nombreux, nous aussi, à succomber à la fièvre du cheval...
Bien à vous,
Benny
Un casting ahurissant (Dustin Hoffman, Nick Nolte, Dennis Farina, Jason Gedrick, Richard Kind, etc.), un réalisateur de renom (Michael Mann), un scénariste-créateur qui inspire le respect dans la profession (David Milch)... Il y a, dans le pedigree de Luck, comme un air de famille avec Boardwalk Empire. Sauf que les deux shows n'ont vraiment pas grand'chose à voir.
Une promenade alerte
dans l'univers hippique
dans l'univers hippique
Si ces deux blockbusters de HBO doivent conforter l'aura de la chaîne câblée, à l'heure où AMC (Mad Men, Breaking Bad) ne cesse de marquer des points, le dernier-né a frappé fort dans mon esprit. Notamment quand on compare le pilote à celui du show de Martin Scorsese et Steve Buscemi.
Les raisons du succès sont multiples. Luck, c'est d'abord l'évocation d'un monde dans le monde mais c'est un univers ouvert vers l'extérieur. Proposer une immersion dans l'univers des courses hippiques est un parti pris audacieux, qui pouvaient faire espérer le meilleur... ou craindre le pire. Surtout quand on connaît la propension du créateur de NYPD Blue et Deadwood à partir dans des arcs narratifs complexes, abrupts et parfois vains.
Cette fois-ci, Milch a la bonne idée de nous faire monter à cheval pour un tour d'hippodrome sur un rythme de promenade alerte. Il pose brillamment ses personnages, iconiques en diable (surtout ceux d'Hoffman, Nolte et Gedrick), en s'appuyant sur un récit fluide.
Mise en scène : la leçon
de Michael Mann
La complexité du monde des courses et là et bien là mais jamais, l'auteur ne néglige la question de l'émotion, qui est le ticket gagnant pour faire rentrer le téléspectateur. Et la grande force de Luck, c'est de poser la complexité des relations sans tomber dans le côté très démonstratif de Terrence Winter dans le pilote de Boardwalk Empire.
De la même façon, Michael Mann, installé derrière la caméra de Luck, propose une mise en images initiale particulièrement réussie. Malin, il sait s'effacer derrière son sujet pour faire valoir sa maîtrise de la mise en scène à travers de multiples instants.
De cette façon, il marque son savoir-faire et sa connaissance de la télévision pour offrir des plans, des séquences qui font sens, à des moments-clefs de l'épisode. Rien n'est gratuit, et ça marche vraiment bien. La façon dont il filme par exemple les scènes de courses est assez épatante : elle transcende la notion de compétition pour donner un vrai poids dramatique à l'image.
Quand un amoureux des chevaux
vous parle...
Authentique ode à l'univers hippique, le pilote de Luck est aussi pour Milch une magnifique occasion de faire partager son amour des chevaux. Et si les sept autres épisodes gardent une telle tenue, il ne fait aucun doute que nous serons nombreux, nous aussi, à succomber à la fièvre du cheval...
Bien à vous,
Benny
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