dimanche 22 novembre 2009

Sur Meetic, une histoire à la con s'est terminée hier soir

C'est un dossier qui, sur les autoroutes de l'info, aura pris pas mal de poussière sur le dessus vu qu'il était depuis un petit moment sur la bande d'arrêt d'urgence (comment ça, l'image est bancale ?) : j'ai clos ce dimanche mon compte meetic.
Je ne vais pas vous faire un bilan chiffré ébouriffant : 2500 visites de mon profil en un peu plus de cinq ans, trois histoires, quelques jolies rencontres, une douzaine de rendez-vous ou plus qui ont fait flop (je sais c'est un tort : je n'ai pas tenu une vraie compta. Honte à moi) et un joli petit paquet de dialogues qui font rire (ou trembler d'effroi) malgré eux.

Questions de timing

Suis-je deçu ? Oui et non. Oui parce que je connais plein de gens autour de moi qui ont connu de grandes histoires grâce à ça (rends toi compte, e-public : un de mes meilleurs amis a épousé une Meetic girl et j'étais le témoin) et du coup, ça pourrait me faire pousser la névrose dans le bas du crâne à coups de "Pourquoi/Pourquoi/Pourquoi pas moi ?..." (En vociférant et en tapant des pieds, sivouplé)
Et non, vraiment pas, parce que si ça ne l'a pas fait avec les filles que j'ai rencontrées, j'ai la faiblesse de croire que c'est comme ça, que ça ne devait pas être mon chemin et puis c'est tout. Ca m'a surtout aidé à malmener ma part de timidité, et ça c'est plutôt cool.
Ce que j'en retire ? Que la notion de timing est vachement importante : trop de temps sur le net peut tuer la spontanéité des choses, alors que celle-ci est déjà mise à mal par le principe même du site de rencontres. C'est pourquoi, quand on passe par ce genre de trucs, il vaut mieux être nature et ne pas trop trainer avant de se rencontrer si l'échange est porteur.

Vous avez du feu, mademoiselle ?

A côté de ça, je trouve constate que le nombre de fois ou un échange en chat ou par mail avait ce que j'appellerai "le feu sacré" est assez faible. Mais si, vous savez : le rythme, la qualité des répliques échangées avec la fille en face qui fait que l'on s'amuse et que l'on se découvre. Je ne veux surtout pas dire que les demoiselles n'ont rien à dire ou ne sont pas intéressantes (même si oui, ça arrive, certaines n'ont rien à dire), c'est juste que le pseudo avantage du oueb, celui de pouvoir rencontrer un tas de gens différent, est vachement contrebalancé par un gros souci : j'ai souvent eu l'impression que les filles étaient peut être encore plus timides (méfiantes ?) que le reste du temps.
C'est peut-être aussi le phénomène de la fille seule dans une boîte de nuit remplie de mecs. Peut-être que certains sont franchement lourds et que ça ne rend pas service aux autres... Alors, tel Gérard d'Aboville, je veux bien ramer, deux fois, dix fois, quinze fois mais au bout de la 37e fois, bizarrement, je fatigue voyez-vous...

L'amour des abonnements à tiroir

Toujours est-il que tout ça, c'est terminé. Et tant pis pour le dernier mail que je n'ai pas réussi à ouvrir pour cause d'abonnement expiré. L'aventure était sympa, mais il faut aussi dire que le cynisme commercial qui l'accompagne (Tu es un mec célibataire ? Tu veux rencontrer des gens ? Pas de problème : plus le temps passe, plus on va mettre en place des options/barrières qui te feront raquer) a eu raison de mon engouement tout relatif (je suis revenu aux bonnes vieilles méthodes des sorties depuis un moment).
Je garderai donc en priorité le souvenir de très chouettes histoires (comme celle-là) mais je pars sans regret. Et tant pis si je finis dans une caravane sur le bord de l'A7, à élever des serpents à cause de ça...

Bien à vous,
Benny

samedi 21 novembre 2009

"Dexter" (saison 1) : un sociopathe trop humain ?

Et si on reparlait télé par ici ? Ca fait un petit moment que l'on ne l'avait pas fait. Comme précédemment annoncé, je vous emmène aujourd'hui à Miami pour encore et toujours rattraper mon retard et évoquer la saison 1 de Dexter.
Pour ceux qui l'ignorerait encore, cette série, adaptation de l'univers du romancier Jeff Lindsay, conte les aventures d'un expert médico-légal, spécialisé dans les analyses de sang, qui s'avère être en réalité un troublant sociopathe.
Dexter Morgan n'est effectivement pas un scientifique un peu perché, c'est aussi et surtout un serial killer qui suit un code, un prédateur qui assouvit ses pulsions en s'attaquant à d'autres prédateurs.

Un bel équilibre

Le pitch était évidemment hyper alléchant. Encore fallait-il être capable de réussir l'adaptation de cet univers pour le petit écran. Confiée à James Manos,Jr et surtout Daniel Cerrone et Clyde Phillips,celle-ci possède de nombreux atouts.
Le premier n'est pas des moindres : la série repose sur une voix off qui fonctionne bien. Tout n'est pas toujours génial dans les monologues déclamés par Michael C. Hall mais ils n'en demeurent pas moins efficace, apportent un vrai plus dans la dynamique du récit. Mine de rien, à une époque où ce procédé est souvent très mal utilisé (bisous, Shonda Rhymes), ce n'est pas rien.
L'autre bon point de cette première saison de Dexter, c'est qu'elle repose sur un récit très équilibré. Celui-ci est structuré autour de l'intrigue du Ice Truck Killer (une énigme policière de facture classique et réussie) mais aussi de l'évolution de la personnalité du héros.

L'humanité, version
inconsciente et tourmentée


Tout au long de cette saison, Dexter découvre en effet ses propres failles : il n'est pas seulement le control freak que l'on découvre au début du pilote. On s'en rend compte rapidement à la fin de l'épisode inaugural mais aussi et surtout quand le héros s'aventure dans les zones d'ombre de sa personnalité et, par extension de son passé. Sur le chemin qui nous mène du sociopathe originellement présenté au personnage qu'on laisse à la fin du douzième épisode,on découvre dans ce héros une troublante part d'humanité qui peut tout aussi bien assurer son salut que précipiter sa perte. Et c'est en cela que la saison 1 est une belle réussite.

Les limites d'un "système solaire"

Une belle réussite pas exempte de tous reproches cependant. Le premier étant que le casting fonctionne énormément dans ce qu'on pourrait appeler une dynamique solaire. Tout tourne autour de Dexter, astre central, et les autres personnages ne sont pas toujours bien servis. Le personnage de Rita par exemple (Julie Benz) apparaît super intéressant au départ avant de devenir un peu fade, un peu faible surtout. Le traitement de l'intrigue avec son ex-mari manquait un peu de subtilité à mon sens.
Une caractérisation soft qui touche plusieurs autres personnages (Angel, LaGuerta, un peu Doakes aussi) : seule Deb, la demi-soeur de Dexter, possède une personnalité suffisamment développée pour supporter la comparaison avec le personnage principal.
Et il n'y a pas de secrets : les quelques moments de creux que connaît cette saison sont très souvent liés à ce problème. Au terme de l'aventure, on reste néanmoins confiant. Et on se dit que les saisons qui suivent rééquiibreront sans doute l'ensemble.
Wait & See...

Bien à vous,
Benny

mercredi 18 novembre 2009

L'album de novembre : "Cosmic Egg" (Wolfmother)

Pour réussir, certains reprennent les mêmes éléments d'un succès et recommencent. Andrew Stockdale, Australien à l'épaisse moumoute et pierre angulaire de Wolfmother, n'est visiblement pas trop de cet avis. Entre le premier album éponyme du groupe et ce Cosmic Egg, le chanteur-guitariste a en effet changé de copains de jeu mais cela valait résolument le coup de repartir pour un tour, tant la partie est finement jouée.
Si ce deuxième épisode des aventures de Wolfmother est vraiment attrayant, si excitant, c'est parce que le groupe a su garder l'identité musicale du projet tout en la faisant évoluer avec finesse. Alors que le premier album avait fait le bonheur des fabricants de BO avec Women et autres Joker & the Thief, il n'était pas non plus complètement convaincant. L'hommage aux 70's était là mais on dépassait difficilement ce constat.
Jouant parfaitement sur sa filiation avec Led Zeppelin et Black Sabbath (la voix de Stockdale fait tantôt penser à Robert Plant, tantôt à Ozzy Osbourne), Wolfmother a, cette fois, respecté le caryotype de ses influences tout en faisant entendre sa voix. Un monde dans lequel la puissance des guitares sait laisser une jolie place aux cordes du piano et au souffle de l'orgue (plus discret que par le passé) pour donner un ensemble nerveux, par moments fiévreux, mais aussi équilibré.



De New Moon Rising (une sorte de passeport d'un album à l'autre : pas le meilleur titre mais c'est le premier extrait clippé) à Back Round, en passant par les surpuissants California Queen, 10,000 Feet, Cosmonaut, In The Castle et autres Sundial (oui,je sais : ça fait beaucoup mais que voulez-vous...), le périple est aussi électrisant que puissamment évocateur des 70's. On sait ce que l'on va trouver, des riffs lourds et martelés mais on se laisse emporter. Tout n'est pas parfait (Far away, White Feather) mais on tient là quelque chose de chouette : même le passage quasi obligé de la ballade (Caroline) est agréablement négocié.
Audacieux, parfois aventureux (Eyes Open est un peu Muse-esque dans l'esprit) et maîtrisé, c'est un album rock qui vous happe. Littéralement.
Verdict : voilà 72 minutes incontournables pour vos oreilles.

Bien à vous,
Benny

mardi 17 novembre 2009

"Ni pleurs ni regrets"

Quand j'ai eu 6 ans, mon tout premier voyage pendant les vacances, c'était avec elle. L'année suivante, on est retourné ensemble dans la région. Qu'est-ce que j'ai dit en premier à mon père en rentrant ? "Ben mamie, elle a fait pipi derrière un buisson !"
Quand j'ai eu 8 ou 9 ans, on est allé voir une de ses amies en cure thermale et après ça, c'est dans cette petite ville que j'ai passé tous mes week-ends de l'été ou presque. Toujours avec elle. A deux, on engloutissait un demi poulet sur le sable et j'adorais ça. Le soir, quand on rentrait, ma mère me disait que j'étais un vrai glouton. Assise sur le siège passager, ça la faisait rire.
Quand j'ai eu 10 ou 12 ans, elle m'a appris à faire un noeud de cravate, et je m'en suis souvenu la semaine dernière.
Quand j'ai eu 15 ans, alors que tous les lycéens ne portaient que des vêtements noirs, elle m'a tricoté un pull... rouge. C'était moi qui lui avait demandé. Un pull rouge et bien chaud. Je l'ai toujours dans la penderie de ma chambre d'ado.
Quands j'ai eu 26 ans, elle a fait une petite attaque. Je l'ai vu quelques jours plus tard et, les larmes aux yeux, je lui ai dit qu'elle m'avait fichue une sacrée trouille. Elle a souri, avec sur son visage une expression comme je ne lui en avais jamais vu. Elle n'a rien dit. Dans une famille où l'on exprime peu ses sentiments, ou parfois difficilement, c'était bien d'avoir fait ça, je crois.
Quand j'ai eu 27 ans, un jeudi soir, j'ai reçu un coup de fil. Elle avait fait une attaque cérébrale, figeant un triste sourire sur son visage. Les jours et les mois qui ont suivi, elle avait gardé son regard mais c'est comme s'il y avait un voile derrière ses yeux et qu'on ne pouvait plus l'apercevoir que par à-coups.
La semaine dernière, j'ai découvert une petite enveloppe sur laquelle était inscrite une phrase : "Mes dernières volontés". J'ai tourné autour toute une journée, sans pouvoir l'ouvrir. Finalement, le soir venu, j'y suis arrivé. C'était une série de directives à suivre le moment venu. Dans un style télégraphique qui m'a fait penser à mon père, elle a entre autres écrit "Ni fleurs ni plaques, ni pleurs ni regrets. Des rires. Détendez-vous".
On l'a enterrée samedi.
Pas de regrets. Elle avait presque raison.

mercredi 11 novembre 2009

Ceci n'est pas une méthode de drague

Pas trop le temps de bavarder en ce moment. Il y a quelques jours cependant, je vous racontais une journée à la BennyCorp avec, pêle-mêle, une histoire de colleur de moutons, une rencontre avec une association qui accompagne les femmes SDF et une séance photo bricolée pour illustrer ce dernier sujet.
A quoi ressemblait la Une ? A ça :


(Photo Delphine Saliou)

On notera plusieurs choses :

* La photo est jolie, pas hyper informative mais esthétique en tout cas, même si elle fait plus "rue" que "Sans domicile fixe". D'un autre côté, ça cadrait bien avec le dossier
* Ce n'est pas une méthode de drague... en tout cas, pas cette fois parce que c'était pas une bonne approche. Je devrais peut-être creuser cependant. Trouver d'autres sujets du même tonneau question romantisme. Mais j'ai des scrupules : le "modèle" termine ses études et lui faire embrasser les narines d'un cochon pour attraper le groin groin ne me semble pas de bon aloi pour entrer dans le métier.
Vous me trouvez trop plein de principes ? Plus prosaïquement, j'ai toujours préféré les filles de mon âge
* J'ai pas de troisième chose à dire... mais j'aime bien ce qui marche par trois dans mes démonstrations

Que les fans de Duchamp et les esprits taquins aux cheveux d'or en prennent bonne note : "Ceci n'est pas une SDF/Ceci n'est pas une bonne méthode de drague".

Bien à vous,
Benny

PS : Plus d'images de la fille qui fait ces photos sont à voir là.

dimanche 8 novembre 2009

Du tag au tac

Elle a recommencé. L'an passé déjà, Une Blonde dans la ville m'avait tagué et j'en ai profité pour dire que tout le bien que je pensais de son blog, de son écriture et de ce que l'on pouvait en deviner de sa personnalité. J'avais aussi spécifié qu'il valait mieux ne pas recommencer parce que je pourrais être beaucoup moins magnanime.
Et qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a recommencé.
Oh, de manière subtile, hein : non contente de nourrir intelligemment le débat sur ce blog (pendant que d'autres sont un peu trop silencieux, suivez mon e-regard Leti et les autres...), de me faire réfléchir (oui, oui), la demoiselle m'a récemment tagué... en bonus. Le texte dit : "Si quelqu'un d'autre veut participer (Benny par exemple ?) ce sera avec plaisir aussi, évidemment..."
Evidemment.

Un Benny, ça se méfie

Alors oui, on pourrait dire que je me pose en victime, que c'est moi qui veut bien me prêter au jeu. Ce qui n'est pas tout à fait faux (voire carrément vrai). Mais tu dois savoir deux choses, e-public. La première, c'est que la Blonde, elle fait avec Miss400 une horoscoperie qui influe dangereusement sur mes velléités amoureuses du ouikend. Et que, maintenant que j'ai dit que je le ferais, je suis obligé de tenir parole sous peine d'avoir Venus où tu penses pendant trois semaines chaque vendredi matin. Or, j'ignore si je pourrais le supporter.
Un homme assume, surtout quand il est trentenaire.
La seconde, c'est que la demoiselle est une femme qui a de la personnalité, ce qui est à mes yeux une qualité essentielle. Le truc qui fait que j'apprécie vraiment ou pas quelqu'un (ça et l'humour et la curiosité). C'est trippant, disons-le... jusqu'au stade où vous recevez un mail qui dit : "Mon papa n'aura pas besoin de se déplacer pour pulvériser le tracteur du tien". Si on passe outre le fait (complètement anodin, c'est évident) que j'avais tiré le premier question provocation puérile, je n'ose imaginer ce qu'il adviendra de moi si je ne respecte pas mes engagements.
Un homme sait être audacieux mais aussi réfléchir, surtout quand il est trentenaire.

Un fauteuil pour poster

Vous découvrez donc aujourd'hui l'endroit où c'est que je tape des phrases en français pour mon Monde. Vous l'aurez constaté : je suis un bloggeur de fauteuil. Je passe une partie de mes journées au bureau donc à la maison je fais du clavier dans un endroit confortable, sous les feuilles toujours avisées de Luciole LaPlante. Même que le fauteuil en question, c'est une Bergère Ascot d'après le vendeur.
On constate aussi que dans mon appart les rideaux sont en ce moment au lavage et que le sol est en linoléum, ce qui, fondamentalement, est moche. Et là je dois faire un aveu : j'aime bien mon appart à BennyCity mais sans plus.

Moi et ma Bergère

Je préfèrais celui que, Bergère Ascot et moi, on occupait dans une autre ville plus au sud, pour un autre poste à la BennyCorp. Je pense donc que je n'irais pas au-delà du bail de trois ans que j'ai signé ici. Cet appart, il est plutôt confortable, il est pratique (je travaille à dix minutes à pied de chez moi) mais il est temps que je devienne propriétaire et je veux le faire dans un appart coup de coeur.
En bonus, je vous ai mis une photo de mon bureau, où je garde là aussi un oeil sur mon blog. On a de super locaux et vous découvrirez un secret en regardant ma ptite souris : je suis... gaucher.
Je sais, c'est incroyable comme info. Je vais donc en rester là, non sans tagguer à mon tour Sonia, Marie (histoire de la ramener dans le 2.0) Arnaud J. Fleishman pour savoir où ils blogguent. Dura Bog Lex, Sed Blog Lex.

Bien à vous,
Benny

mercredi 4 novembre 2009

Mon père, cet homme en slip dont je suis fier

Aujourd'hui, c'était jour de gloire. Mon père était dans le journal local : il témoignait, photo à l'appui, alors que des gens s'amusent à couper les barbelés des clôtures qui entourent les champs du village où j'ai grandi. Article annoncé en une du quotidien, s'il vous plaît.
J'adore mes parents. Je ne suis pas vraiment famille mais eux, je les admire, je les respecte et surtout, je leur voue une énorme tendresse (Signe nunuche évident : je souris devant mon écran rien que de l'écrire. C'est dire...). Cela étant, si je tiens mon caractère de ma mère c'est vrai que pendant un long moment, je me suis demandé ce qui nous liait mon père et moi.

Le contraste et la météo

Pour en avoir parlé avec des amis, je me suis rendu compte que les relations père/fils sont souvent complexes. Dans mon cas, j'ai longtemps été habité par une angoisse : celle que mon géniteur et moi, on se loupe. On s'est toujours bien entendu, on ne s'est jamais engueulé mais j'avais la trouille que l'on arrive jamais à échanger vraiment. Pour moi qui suis quelqu'un de vachement bavard, qui aime mettre des mots sur les émotions, c'était très troublant d'être face à un homme très pudique et peu affable. Pas forcément réservé mais pas tellement taillé pour les longues discussions, les confidences.
Mon père est agriculteur et l'univers de la terre n'est pas celui où l'on exprime le plus facilement ses émotions. Pendant des années, lui et moi, on parlait du temps et je le vivais vraiment pas bien.
Et puis un soir (ça date de pas si longtemps que ça : trois ans je crois), alors que je regardais un DVD de série, je vois mon père qui passe, en slip dans le salon, et fait un aller-retour à la cuisine avant de filer à la salle de bains. Il était une heure du matin et il se levait pour aller aux écuries pour voir si une de ses vaches allait mettre bas cette nuit.

Tout en gestes

Je n'ai rien dit mais ça a été une claque. J'ai enfin compris, à 28 ans, que ce qui nous liait mon père et moi, ce ne sont pas des mots que j'attendais vainement. Ce sont des actes. Le goût du travail bien fait, l'opiniâtreté à faire correctement ce qui doit être fait, ce n'était pas seulement ce que ma mère m'a inculqué en me répétant quand j'étais gosse, "Si tu dois faire quelque chose, fais le bien". C'est aussi ce que mon père réalise tout le temps, jour après jour. Et, modestement, je m'efforce de faire comme lui.
Depuis cette nuit-là, je vis les choses beaucoup plus simplement. J'appréhende nos "moments" avec plus de justesse sans doute. Je sais ce qui nous lie tous les deux. Aujourd'hui, on parle toujours du temps... mais je le vis beaucoup mieux parce que je perçois, entre deux phrases sur le manque de pluie, tout ce qu'il y a autour de ces mots. Du coup, il me semble que je montre mieux cet attachement.
Ce matin en regardant le journal, j'avais à nouveau six ans. Quand je disais à tout le monde à propos de mon père, alors qu'il passait en tracteur devant l'école, que c'est juste l'homme le plus fort du monde.
...
...
...
Bon, dit comme ça, c'est hyper cucul mais c'est vrai. Alors, tant pis.

Bien à vous,
Benny