mardi 3 mars 2009

Le film de mars : "The Wrestler"

Randy "The Ram" Robinson est une image. C'est d'ailleurs avec elle que débute The Wrestler. Sur un puissant thème musical, très 80's dans l'esprit, on voit défiler des photos du catcheur qui a fait vibrer l'Amérique des années quatre-vingts. Et puis les images disparaissent. Fondu au noir, avant que l'on n'entende la quinte de toux d'un homme fatigué. Vingt ans ont passé. Avec une intro soignée, Aronofsky a tout dit.

Ram le catcheur

Grâce à ce nouveau long-métrage, le réalisateur de Requiem for a dream revisite le dyptique présence/représentation. The Ram, c'est un personnage qui n'existe pas. Un héros du ring qui retourne ses adversaires comme se retournent les situations qu'il vit dans ses combats scénarisés. Un fils du spectacle qui s'est rendu célèbre en sautant par dessus la troisième corde pour achever ses combats. Qu'importent les coups, la sueur et le sang qui coule : le plus important c'est de combler le spectateur...

Randy et son coeur

Sauf que le sang de The Ram, c'est d'abord celui de Randy Ramzinsky. L'homme que l'on rencontre au tiers du film sur un lit d'hôpital, après l'avoir aperçu près d'un van. Un bonhomme usé. Seul. Un mec plutôt paumé, père d'une fille qui ne veut plus lui parler. Un gars qui porte un sonotone et essaie maladroitement de recoudre les morceaux d'une vie privée en lambeaux. Un homme de coeur bien décidé à changer, à assumer ses choix et ses non choix.
Le problème, c'est que Randy ne connaît pas le scénario de la vie hors du ring. Qu'il n'est personne dans les rues comme dans le supermarché qui l'emploie (sur sa blouse, son nom est Robin). Un néant qui ramène Randy au vide de sa propre vie, une fois les projecteurs éteint : quand il est lui, il n'est rien. Et surtout rien de ce qu'il voudrait laisser voir. Les années 80 paraissent si loin...

Oublions Balboa

Certains affirment que The Wrestler arrive trop tard, que la charge émotionnelle qui accompagne le récit pâtit d'une impression de déjà vu. Pour eux, Rocky Balboa a déjà tout dit. Je ne suis pas d'accord, pas du tout. D'abord parce que le parcours de The Ram me semble plus cohérent et plus crédible que celui de Balboa. Ensuite parce que la conclusion de The Wrestler est autrement plus puissante que celle des aventures du boxeur de Philadelphie.

Rourke et Tomei, lost from the 80's

Entièrement construite autour du personnage de Mickey Rourke, l'histoire de The Wrestler est juste, dure, mais très maîtrisée. Elle bénéficie aussi de l'excellente prestation de Marisa Tomei, tout simplement géniale en strip teaseuse qui vit dans la nostalgie des 80's. Elle aussi tombera sous le charme de Ramzinsky. Un fragile colosse, lancé dans une terrible course après son image.
C'est beau. C'est émouvant. C'est un film qui vous marque.

Bien à vous,
Benny

4 commentaires:

feyrtys a dit…

Tout est dit, et bien dit !! Merci pour cette chouette critique !

Benny a dit…

Merci beaucoup :)
Mais c'est vrai que sur ce film, il y a encore plein de choses à dire que j'ai pas encore dites...
Moi, la trouvaille toute bête mais vachement marquante, c'est le sonotone. Je trouve ça fort : un mec qui a vécu sous les hourras de la foule et qui, à la fin, n'entend presque plus rien. C'est ballot, mais je trouve ça... troublant. Et ça pose vachement le personnage.

Eyffeir a dit…

J'ai écouté la critique d'Arnaud J. Fleishman (lien trouvé sur ton blog) et lut la tienne avec autant d'intérêt. Même s'il ya encore beaucoup à écrire, le principal est dit. @ te lire une autre fois.

La blonde a dit…

je ne l'ai pas vu mais de ce que tu dis il me semble aussi que ce film soit un cran au-dessus de rocky parce que - encore une fois semble-t-il - plus vrai et réaliste...