dimanche 17 février 2008

C'est sympa... mais ça suffit pas

Après une interruption plus ou moins volontaire des programmes (beaucoup de boulot, pas trop de temps pour le reste. Enfin... surtout pour ce blog, il faut l'avouer), voici une nouvelle chronique. Cette fois, il ne sera pas question d'une, ni de deux et encore moins de trois mais bien de quatre séries évoquées dans ce post.

Une volonté de combler le temps perdu ? Pas tout à fait, disons plutôt que les quatre séries choisies aujourd'hui, bien qu'évoluant dans des univers plus ou moins différents se ressemblent dans leurs travers.

Au programme cette semaine donc (oui, je fais mon Dahan, c'est vrai) : Dr Vegas de Jack Orman, Conviction de Rick Eid, Walon Green et Dick Wolf, Saved de David Mansion et The Black Donnellys de Paul Haggis et Bobby Moresco.

Sur le gril

Quatre séries qui n'ont duré qu'une poignée d'épisodes, diffusées entre 2004 et 2007 outre-Atlantique et qui agrémentent (ou agrémentait) la grille de soirées de quatre chaînes du câble français : Série Club (Si, si : des fois, on peut encore la regarder), TV Breizh, Jimmy et Virgin 17.

La première bénéficie sans doute du casting le plus bankable (Rob Lowe, Joe Pantoliano, Sarah Lancaster et Tom Sizemore, avec des apparitions de Chazz Palmintieri, Nina Garbiras et Amy Adams). Elle raconte l'histoire d'un médecin dans un casino de Vegas, accro au jeu, et de son meilleur ami, patron de l'établissement où l'on croise toutes sortes de clients originaux ou marginaux.

La deuxième est labellisée Dick Wolf mais pour une fois, le producteur de L&O sort de son terrain de prédilection. A peine remis de l'échec de Law & Order : trial by jury, Wolf propose cette fois le quotidien du bureau du procureur de New York dans une ambiance beaucoup plus proche de La loi de Los Angeles que de New York District.

La troisième suit les pérégrinations d'un ambulancier (interprêté par le toujours solide Tom Everett Scott) qui a des problèmes relationnels avec son père et est... accro au jeu. Il partage son ambulance avec un homme qui essaie de récupérer le temps perdu avec son jeune fils, un enfant naturel qu'il n'a pas reconnu dans un premier temps.

La dernière évoque la vie de quatre frères de Hell's Kitchen, quatre irlandais de New York dont on découvre l'ascension dans le milieu du crime organisé.

Urgent : télespectateur cherche originalité

En cherchant bien, chacune d'elle possède des atouts : casting pour la première, on l'a dit, mais aussi pour la deuxième, bande originale soignée pour la troisième (surtout le pilote) et petites trouvailles originales pour la quatrième (un narrateur un peu fourbe, puisqu'il s'agit d'un con man qui raconte retrospectivement l'ascension des Donnelly).

Et pourtant... pourtant, la sauce ne prend pas. Dans aucun des cas. Un comble quand on sait que Dr Vegas est la première série de Jack Orman après son fructueux passage chez Urgences, et que Paul Haggis dit avoir commencé à travailler sur The Black Donnellys au moment même où il lançait son chef d'oeuvre, EZ Streets. Une vraie deception quand on se dit que Walon Green, qui aura travaillé sur toutes les productions majeurs des années 80 et 90 (Hill Street Blues, Law & Order, Urgences, NYPD Blue) est incapable de proposer une série surprenante, alors qu'il est pourtant aidé par Rick Eid qui a bossé sur la méconnue mais très bonne série The Guardian.

Le vrai problème ? Dans les quatre cas, il vient de l'incapacité des show runners de ces créations à proposer un univers original, audacieux. A jouer sur les attentes des spectateurs en transcendant ces genres très prisés que sont les séries médicales et judiciaires. Conviction se contente de reprendre des recettes vues et revues, non sans commettre de belles bourdes (Franchement, demander à Stephanie March de rejouer le personnage d'Alexandra Cabot de L& O : SVU pour se faire prendre sur un coin de table par Anson Mount, quand on connaît le parcours du personnage, ça fait tache...). Dr Vegas, de son côté, n'apporte rien non plus, si on excepte des plans sur les jambes sublimes de Sarah Lancaster.

Très urgent : télespectateur cherche personnages enthousiasmants

Surtout, et c'est principalement là que le bat blesse, la psychologie des personnages est très insuffisamment fouillée, ou en tout cas développée. La seule façon aujourd'hui de revisiter un genre bien connu du public, c'est de proposer des personnages dont la complexité, l'humanité s'exprime de façon différente. Il s'agit alors de présenter des hommes et des femmes en proie à des dilemmes crédibles et abordés sous un angle neuf.

Après tout, pourquoi House fonctionne 15 ans après Urgences ? Parce que David Shore a proposé un nouveau type de personnage en blouse blanche.

Je ne suis pas en train de dire qu'il faut des House dans toutes les séries, mais il est clair que si les networks veulent limiter l'érosion de leur audience (les séries en questions étaient diffusées sur NBC, CBS et TNT, chaîne du câble très proche du network classique), c'est par là qu'ils doivent commencer. On peut appeler ça un retour aux fondamentaux du récit. C'est ce qui aurait pu permettre à une série comme The Black Donnellys, pas trop mal faite, de vraiment emporter l'adhésion du public.

Le voeu de la vérité

Alors que la grève des scénaristes s'achève, il est à souhaiter qu'auteurs et décideurs de chaînes travaillent dans cette logique. Que les personnages que l'on nous présente soient plus vrais, plus complexes. Qu'on les trouve attachants ou agaçants, il faut surtout qu'ils nous fassent réagir. C'est un peu un voeu pieux, difficilement réalisable mais sait-on jamais...

Bon, et sinon, qu'est-ce qui doit débarquer bientôt sur les networks ? Un remake de K2000... mmm...

Je vous laisse : je dois aller chercher un sac en papier pour hyperventiler un peu.

Bien à vous,
Benny

mardi 29 janvier 2008

"... et voilà" (ou comment il est très simple d'avoir l'air très idiot)


Ce coup-là, j'avoue : je ne l'ai pas vu venir. Pas du tout. C'était la semaine dernière : j'assistais à une rencontre publique avec des responsables d'asso et des candidats aux municipales. Une rencontre intéressante, quoiqu'un peu longue (deux heures, quand on est tout malade, ça peut paraître une éternité) et qui m'a permis de présenter le nouveau projet de mon entreprise - sur lequel je bosse depuis septembre - à des tas de gens qu'il est censé intéresser.
Pour vous planter le décor, la présentation du projet, je commence à la maîtriser sur le bout des doigts. Depuis le début d'année, j'enchaîne les descriptions à des stagiaires, à des patrons de bars, à des patrons de boîtes, à des potes... j'en suis au stade où je pourrais le faire à l'envers en chantant sur la musique d'Un homme pressé. Ou presque.
Et il y a eu ce soir-là.
Il y eut cette fille.
Une demoiselle brune, avec de très jolis yeux brillants derrière une paire de lunettes fines. Une fille bien habillée, plutôt sophistiquée, souriante. Rien de quoi me faire partir en courant et en brâmant comme un adolescent ravagé par les hormones, a priori.
Quoi qu'il en soit, je commence mon laïus et ma description du "bébé". Et vas-y : conviction, explications fournies, regard droit dans les yeux... Je ne suis absolument pas commercial dans l'âme mais quand il s'agit de défendre quelque chose en quoi je crois, je n'hésite pas, je fonce.
"Je suis/Un homme pressé/ Un homme pressé..."
Enthousiasme, volonté d'impliquer le public. En gros, sans le dire, "First be the best, then be the first" (Cette phrase n'est pas de Nicolas Sarkozy, mais de Kevin Reilly).
"Un homme pressé/ Un homme pressé..."
Sauf que là, son regard se plante dans le mien et que mes yeux ne la lâchent plus. Jusqu'à ce que je perde le fil de mon propos. Complètement.
"Un homme p...". Et merde.
Pourquoi ? Je sais pas. Comment ? ah-ah ! Si je savais... Ce que je sais en revanche, c'est que j'ignorais où j'en étais. Je sais pas du tout où je me suis arrêté, mais après un silence qui fut pour moi in-ter-mi-nable, j'ai lâché cette réplique culte "... et voilà".
Note artistique : 4,8. Note technique : 5,2. Avec les applaudissements complaisants du jury.
C'est parfaitement idiot quand on va avoir 30 ans, mais que voulez-vous : quand on a été longtemps très timide et que l'on se bouge enfin, on se retrouve parfois confronté à des situations assez marrantes, destabilisantes certes mais en définitive très agréables. Finalement, je m'en suis pas trop mal sorti, je crois.
Avec ma chance, elle est mariée ou bipolaire ou lesbienne (ou les trois à la fois). Ou peut-être que c'est le genre de femmes qui s'endort les yeux ouverts... De toute façon, je ne tarderai pas à le savoir : je devrais la recroiser cette semaine. J'ai peut-être l'air d'une suave saucisse, il n'empêche : en y repensant, c'était un joli moment. Un moment marrant.
"Un homme presssééé-ééé..."

Ce que j'ai appris de tout ça ? Que je dois travailler ma mémoire. Parce que j'espère vraiment que je n'ai pas arrêté mon speech sur un pronom relatif esseulé, genre "que...". Je croise aussi les doigts en espérant qu'ils n'étaient pas trop nombreux à m'écouter en plus d'elle à ce moment-là... "Et voilà".

Bien à vous,
Benny

jeudi 24 janvier 2008

House : mon fol amour pour le docteur s'envole...

Regarder une série que l'on a beaucoup aimé et se rendre compte qu'on l'aime moins, c'est une expérience un peu bizarre. C'est la réflexion que je me suis fait hier soir sur mon petit canapé en regardant les épisodes de la saison 3 de Dr House.

Quand j'ai découvert House sur TF6 il y a un peu moins de deux ans, j'ai été littéralement bluffé. L'écriture, l'interprétation, les répliques qui claquent, le cynisme jouissif de Hugh Laurie, le côté "enquêtes sur les pathologies les plus zarbies" (on dirait pas, mais pour un mec qui reste complètement insensible aux histoires des Experts, c'est pas si mal)... autant de points forts qui font que ça restera dans mon esprit LA série de l'année 2006. A cette époque, pour moi, Dr House c'était ça. Ou presque.
Eh oui, au début...
C'est marrant : House et moi, c'est un peu comme un couple en fait. On s'est rencontré, je l'ai adoré (je l'ai même écrit sur un site internet. Si ça, c'est pas une preuve - soupir romantique) et puis... le train-train a commencé à me lasser. Au bout de trois ans. Bigre.
D'entrée de jeu, j'avais pourtant aperçu ses défauts : une inquiétante capacité à répéter la même progression narrative au fil des épisodes ; les prises de décision contestables du héros tout juste pardonnées par le fait que la fin aura justifié les moyens ; les personnages secondaires qui ne sortent que très peu du cadre qu'on leur a attribué... Mais que voulez-vous, je l'aimais alors je pardonnais (re-soupir romantique). En me disant que le charme opérerait toujours, peut-être grâce à ça. J'attendais quelque chose, sans trop savoir quoi.
L'amour ça rend bête, je vous jure...
De tièdes retrouvailles
Et puis finalement, le pire est arrivé : alors qu'au départ j'attendais avec impatience de le revoir, ce sentiment s'est enfui. Laissant presque la place à une indifférence polie. On était déjà dans la dernière partie de saison 2. Je commençais à m'en détacher.
En le retrouvant en prime-time sur TF1, je me suis dit que toute histoire a des hauts et des bas. Alors, j'ai fait des efforts. En pensant que ce serait bien de le voir, comme avant (ce post devient trop, trop bizarre. Mais tant pis, tant qu'on est dans l'analogie...).
Et là, pas grand-chose. En fait si : ce sont surtout ses défauts que je vois aujourd'hui. Et ils me bouchent la vue (après tout ce que j'ai fait pour lui, salaud... mais qu'est-ce que je raconte ?). Je supporte de moins en moins ceux qui l'entourent (sauf Cuddy, à la limite) et n'évoluent presque pas, au point de devenir caricaturaux. Et lui ? Son côté anti-politiquement correct me fait toujours sourire, mais plus comme avant.
La transgression, c'est pas un jouet (non mais !)
Il en va de même pour sa faculté à passer outre les règles. La transgression, c'est un procédé narratif qui fonctionne avec force quand on oppose clairement les deux systèmes, quand on montre les échecs mais aussi les succès que l'on obtient en suivant les règles (un système que devraient incarner Foreman ou, dans une certaine mesure, Cameron). Ici, l'opposition est inexistante, de façade.
Mais surtout, le procédé en question doit mettre en relief une donnée à mon avis cruciale : dans tout acte de transgression, il y a volonté de souligner les limites du système établi mais aussi (encore plus dans le cas de House) une certaine part d'orgueil. Se mettre en danger pour se sentir exister. Or, dans cette saison 3, ce n'est pas le cas. La transgression, au départ excitante, devient à son tour la norme et perd toute sa complexité. Plus grave, la mise en danger (commettre l'erreur médicale grave) perd de son intensité. House se torche avec le règlement sans sourciller, et le spectateur ne s'en émeut plus ou presque.
En attendant, gros dos
De manière surprenante, je reste pourtant une indecrottable guimauve façon Veronica Mars. Je continue d'espérer (c'est roooooooomantique... ou nazebrock, je sais).
A cela, deux raisons : d'abord, je respecte beaucoup le travail de David Shore, le scénariste, créateur et producteur de Dr House. C'est l'homme qui a tout de même signé Three Stories, le meilleur épisode de la série et une des dix histoires télé que l'on retiendra, de mon point de vue, dans cette décennie.
Ensuite, j'entends dire partout que la saison 4 donne une toute nouvelle direction aux aventures du Princeton Plainsboro Hospital. Les bonnes surprises seraient même au rendez-vous.
Du coup, j'attends encore un peu : j'adore qu'on me surprenne.
Comme en amour.

Bien à vous,
Benny

Nota mémé : pour la vidéo, je vous aurais bien fait une jolie fenêtre direct à la suite du texte, mais même si je peux être tétu comme un âne, au bout de cinq heures à essayer vainement et à braire, j'ai abandonné. Vos conseils sont attendus sur Bennytesunabruti.com ; pas sur mon côté équidé hein, mais pour mes lacunes informatiques. Ou, plus sûrement, vous pouvez les laisser sur ce blog. En vous remerciant, bonsoir.

dimanche 20 janvier 2008

Le CD de janvier : Pictures (Katie Melua)

Revoilà la Georgienne au regard bleu. Après Call of the search et Piece by piece, la brune Katie repart en tournée avec Pictures, son troisième opus. Au menu, des mélodies simples et efficaces qui font de cette jeune chanteuse une valeur sûre de la scène américaine. Mais c'est tout, hélas.
Le problème de ce troisième album, c'est effectivement qu'il tourne un peu à vide. Si quelques titres (If you were a sailboat, mais surtout If the lights go out) retiennent un peu plus l'attention que d'autres, Pictures manque cruellement d'imagination. La Melua fait du Melua, sans surprendre.
Résultat : il n'y a pas LA chanson, cette création aux orchestrations soignées et envoûtantes ; cette piste sur laquelle on s'arrête et on revient. Ces Blame it on the moon (Call of the search) ou Spider's web (magique, sur Piece by piece) qui justifient à elles seules l'achat de ses précédentes réalisations. En comparaison, Pictures est un album plat. Dommage.

Ca m'apprendra : la prochaine fois, je choisirai Yael Naim...

Bien à vous,
Benny

mardi 15 janvier 2008

Le Réel, c'est comme le mascara, ça cache pas tout

Je ne pensais pas poster quelque chose en ce début de semaine. Il aura suffi d'acheter le dernier numéro du magazine Générique(s), bonne publication au demeurant, pour me mettre en pétard. En cause : une interview du scénariste-producteur-réalisateur Xavier Durringer, à qui l'ont doit des films comme J'irai au paradis car l'enfer est ici ou encore Chok Dee. C'est bien ? C'est pas bien ? J'en sais fichtre rien et je m'en fiche. Là, le garçon était interviewé à l'occasion du lancement de sa première série sur Canal +, Scalp.
"Il est beau mon réel, il est beau..."
Personnellement, je n'ai pas grand'chose à dire au sujet de la fiction française. J'ai bien aimé Police District, David Nolande et, dans une certaine mesure, Clara Sheller. Central Nuit et Avocats & associés sont respectables. Mais jamais je n'ai vu un épisode de ces séries suscitant chez moi autant de reflexions, d'émotions que Rescue me, Murder one ou Homicide. Jamais je ne me suis dit "Bon dieu, faut faire marcher le magnétoscope, je vais louper ça". En gros, la fiction française me laisse assez indifférent.
Le titre de l'interview de Durringer est "Scalp, c'est du réel pur". Forcément, ça attire l'oeil et ça fait un peu sourire. Depuis une grosse décennie et l'escroquerie PJ, quand on nous vend une série française qui vaut soi-disant le détour, on nous assène très souvent l'argument "regarde coco, c'est du réel". Et là, en gros, on nous ressert ce discours surgelé comme du tout frais (... ou du tout cuit, à vous de voir).
Oh, la belle ânerie !
Durringer vend son affaire. L'inscription de son récit (les tribulations de différents personnages à la Bourse de Paris) dans un contexte historique bien défini (le début des années 90, la Guerre du Golfe), le travail avec un ex Golden Boy pour poser ses bases... pourquoi pas. Le problème c'est que non content de dire une ânerie, il défend son travail avec suffisance. Un mal français fatiguant à la longue.
L'ânerie tout d'abord : sans ménagement Durringer lance qu'avant lui, "il n'y avait jamais eu aucune série sur le monde de la Bourse". Tout faux, Jojo : quand on dit qu'on a regardé beaucoup de séries américaines, c'est pas mal de savoir que Darren Star a produit une série qui s'appelle The $treet. C'était avec Tom Everett Scott et Jennifer Connelly, et cela avait pour thème la vie d'agents de change de Wall Street. Un détail, diront certains. Mais il paraît que la vérité est là-dedans...
Le sentiment de vérité
La suffisance ensuite : le gars en fait clairement des tonnes, et c'en est presque drôle. Allez au hasard, un passage : "tout ce que j'ai écrit dans Scalp me vient d'ambassadeurs, de consuls, de gens de l'armée, j'ai la chance d'avoir des amis hauts placés. Tout ce que vous allez voir dans Scalp est du réel pur".
Si je peux, je regarderai Scalp (on ne sait jamais). Mais se lancer dans des effets d'annonce pareils relève un peu de l'inconscience. Surtout quand on connaît les difficultés avec lesquelles les séries françaises peinent à trouver un ton, une identité. Mais après tout, soit. On a juste envie de dire au bonhomme : "pauvre pomme, c'est pas parce que tu auras dressé la courbe de température de quinze agents de change pendant trois ans que tes histoires seront épatantes !" En bref : "par pitié, ne te trompe pas de combat".
La force des séries US et anglaises, c'est d'avoir su définir des personnages humains (faillibles). Des hommes et des femmes confrontés à des dilemmes moraux crédibles et en proie à des sentiments, des passions décrits avec justesse. Et c'est là que tout se joue. Prioritairement. Plus que tout même.
Bons baisers d'Aaron Sorkin
A la fac, j'ai fait un mémoire sur des séries policières américaines. Son thème était "Quand fiction et documentaire se rencontrent". Ce que j'en retiens ? Que si des scénaristes comme Bochco, Balcer ou Fontana aiment intégrer des "détails vrais" dans leur récit, des situations auxquelles un vrai flic a été confronté, ce n'est jamais que pour asseoir le sentiment de vérité généré par la justesse des émotions décrites. Parce que dans une fiction, tout est affaire de sentiments, d'impressions.
La preuve ultime ? Aaron Sorkin. The West wing, sa série à la Maison blanche, n'est pas réaliste dans sa description de la politique, loin s'en faut. Pourtant, quand, à la fin de la saison 3, le président Bartlet doit donner l'ordre d'abattre un homme politique d'un pays fictif du Moyen Orient qui veut faire exploser le Golden Gate Bridge, on est touché. Bartlet hésite, il est torturé face à ce choix qui heurte ses convictions de personnage humaniste, épris de justice. Pris au piège d'une situation internationale complexe, il finit par donner l'ordre.
Thomas Schlamme, le réalisateur, termine l'épisode sur un plan de l'ombre de Martin Sheen (Bartlet) : il suggère que l'homme d'Etat est lui-même une ombre. Protectrice, surplombant le monde alentour, elle est proche de l'homme sans pour autant qu'on la confonde avec lui. C'est fort. Et, d'une certaine manière, même si tout n'est pas d'un réalisme sans bornes, on y croît. C'est juste.
Pendant ce temps là, en France, avec un certain manque d'humilité, on veut encore asseoir la respectabilité des séries sur leur souci de réalisme "matériel"...
Aux USA, Bochco l'a fait avec Hill Street Blues. Une histoire avec des personnages crédibles et c'était très bien.
C'était en 1981.
Rhâââ... le blog, c'est chouette : ça a un côté catharthique.

Bien à vous,
Benny

samedi 12 janvier 2008

Le DVD de janvier : Clerks II

Premier numéro d'une série d'articles consacrés aux coups de coeur TV, ciné ou musique. Et pour une première, j'envoie du super lourd. D'abord parce que Kevin Smith (Dogma, Silent Bob & Jay strike back ou encore Mallrats) s'y connaît quand il s'agit de faire dans le rire qui tâche, dans les gags qui ne volent pas haut. Ensuite parce qu'à une époque où le geek est über-cool (La mode n'est-elle pas à Heroes, Chuck et autres Big bang theory ?), voilà un film qui fait définitivement référence.

13 ans après leurs aventures en noir et blanc, Dante Hicks et Randal Graves reviennent en couleur, installés derrière le comptoir du fast food Mooby's. Un nom que les afficionados de Smith connaissent déjà : Clerks II permet en effet de retrouver des références, des tronches (Ben Affleck, Ethan Suplee, Jason Lee entre autres) et des personnages (les inoubliables Jay et Silent Bob) chers au réalisateur.
C'est aussi et surtout pour ce dernier l'occasion de réaliser un long-métrage résolument balourd... et brillant. Ni plus ni moins. En racontant le dernier jour de travail au fast food de nos deux héros (Dante va se marier !), Kévin Smith propose un film férocement drôle et surtout intelligent.
"Un comble", diront certains. Mais c'est pourtant le cas : Clerks II n'est pas juste un film à l'humour bien gras (même s'il l'est franchement : faut pas déconner non plus...), c'est aussi et surtout l'occasion d'affirmer la psychologie de ces héros/branleurs découverts au milieu des 90's. Une idée définitivement géniale, complètement maîtrisée et qui ne donne que plus de corps aux aventures délirantes de Dante, Randal et les autres.
Au final, ce film est un vrai monument érigé à la gloire de la déconne, de l'épanouissement et de la sincérité. Tant et si bien que, alors que la décennie s'enfuit (déjà), j'en suis à parier que c'est un des films qui restera dans les mémoires, à l'heure de faire les comptes. C'est dire s'il faut le voir...

Bien à vous,
Benny

Post scrotum : pour en savoir plus, un génie vous en dit davantage ici.


mercredi 9 janvier 2008

Danger : tapas nocturne

Tout passe. Prenez hier soir : j'étais de sortie, soirée tapas avec une collègue. Pas n'importe laquelle : une fille dont j'étais amoureux il y a deux ans.
C'est bizarre la vie. A une époque, vous partagez des tas de trucs avec cette demoiselle en jurant vos grands dieux que "c'est comme une soeur" ("On demande le docteur Oedipe en salle 2, le docteur Oedipe..."). Plus tard, vous la voyez tortiller une serviette de papier entre ses mains, fragile et le regard fatigué et vous êtes troublé de manière étonnante. Plus tard encore, vous pensez à elle en vous levant chaque matin et ça vous donne une pêche d'enfer. Avant un jour un peu gris.
Et après ? Après, vous pensez toujours à elle, et ça vous fiche le moral dans les chaussettes. Plus d'amie, pas d'amour. Des emmerdes. Comme je suis pas trop du genre à faire semblant, cette dernière phase a duré un moment.
Et hier, et aujourd'hui, plus rien.
Tout passe. J'ai pas mal changé. Elle aussi, un peu je crois.
Très connement, un truc me tracasse. Vu que c'est peut être la seule fille pour qui j'ai ressenti un truc vraiment intense, je me demande si je ressentirais ça à nouveau un jour. Et surtout est-ce que ça durera ? Bon ici, c'était faire le deuil de quelque chose qui ne pouvait pas exister. Mais j'ai un doute. Et il ne passe pas, là.
Diable.
C'est particulièrement neuneu ce que j'écris.
...
Ceci étant, il paraît que l'on retire toujours quelque chose de ses expériences. Ce que j'ai appris hier ? Que les tapas aux aubergines, c'est pas top. Ca m'a donné des gaz et pendant tout le chemin du retour, je marchais de façon tout bizarre pour ne pas me couvrir bruyamment de ridicule devant la fille en question. A méditer.

Bien à vous,
Benny