mercredi 30 avril 2008

Le CD d’avril : Echoes, Silence, Patience & Grace (Foo Fighters)

Il y a des albums que l’on achète, que l’on écoute et trouve pas mal… avant de les laisser un petit moment sur l’étagère à CD. Jusqu’à ce que, un jour, le hasard et l’humeur font s’arrêter vos doigts sur le boîtier en question. C’est un peu ce qui m’est arrivé ces derniers jours avec le dernier album de la bande à Dave Grohl.
Après le double album In your honor vendu sur le gimmick « un disque bien énervé, l’autre beaucoup moins », les Foo fighters reviennent avec un album équilibré, oscillant entre des titres empreints d’une énergie efficace (The pretender, But, honestly) et d’autres aux mélodies bien travaillées, agréables à écouter (Stranger things have happened ou Home).
On reproche parfois au groupe d’alterner le bon et le moins bon. Echoes… est à mon avis du meilleur côté de la barrière. Bon, tout n’est pas parfait… (Ballad of the beaconsfield miners : on dirait du Dan Foliart, le compositeur de 7 à la maison) mais il y a quelque chose de chouette avec cet album. Une fraîcheur simple et revigorante (Statues, Summer’s end) qui vous file le sourire. Le groupe nous avait déjà fait le coup avec le titre phare de There’s nothing left to loose. Cette chanson c’est Next year, le thème musical de la saison 1 de Ed, avec Tom Cavanagh et Julie Bowen.
C’est quand même chouette lorsque, rien qu’avec un album de rock, on retrouve le chemin de Stuckeyville… C’est pas votre avis ?

Bien à vous,
Benny

dimanche 27 avril 2008

Le DVD d’avril : "Abandonnée"

Attention, film choc. Quadragénaire, Marie revient en Russie pour en savoir plus sur ses origines. Adoptée dans de troubles conditions (elle ne sait rien de ses parents), mère d’une fille avec laquelle a du mal à communiquer, elle est aujourd’hui perdue, égarée. C’est donc pour savoir où aller qu’elle décide de savoir d'où elle vient, qu’elle entreprend un retour aux sources dans une maison à l’abandon dont elle vient d'hériter, et où se cache un terrible secret.

Psychologie de la peur

Bayona avec L’Orphelinat, Balaguerro et Plaza avec REC, Cerdà avec Abandonnée… En Europe, les réalisateurs espagnols donnent aujourd’hui un nouveau souffle au film fantastique/film d’horreur. En inscrivant effectivement leur propos dans un contexte émotionnel dense, Bayona comme Cerdà proposent des longs-métrages très particuliers.
Avec Abandonnée, on n’est pas dans le film qui cherche « simplement » à faire peur, à jouer sur les attentes du spectateur comme dans bon nombre de slasher movies americains : on est beaucoup plus dans le drame psychologico-fantastique. Les scènes chocs matérialisent avec force les peurs les plus intimes de Marie et Nikolaï.

Un cauchemar énigmatique

Au fur et à mesure qu’avance le film, la narration prend un caractère syncopé : Cerdà tente alors de jouer sur les affects et l’inconcient du public. Le spectateur bascule dans une sorte de cauchemar énigmatique au terme duquel le réalisateur révèle l’abominable vérité sur ce qui s’est passé quatre décennies plus tôt.
Abandonnée est un film troublant, remarquablement mis en scène par un metteur en scène qui signait là son premier long-métrage. Que l’on soit dehors (les images d’une Russie tour à tour belle et hostile) ou que l’on soit dedans (les scènes dans la vieille maison sont source de tension permanente), le film revisite avec succès plusieurs thèmes fondateurs de la psychanalyse (le double, le meurtre du père, le refoulé) et c’est ce qui en fait un objet intéressant. A la fois déroutant et bluffant. Une tragédie horrifique qui vous marque un petit moment après la fin du générique.

Bien à vous,
Benny

mercredi 23 avril 2008

Les formidables aventures de Ben Silverman

Ce n'est pas de l'acharnement, je vous jure. Juste une info, dégotée sur le site Critictoo et depuis relayée par de multiples sites.

Tom Fontana quitte le projet The Philantropist, un drama qui doit être diffusé sur NBC, la chaîne dont le logo "est un oiseau aux couleurs du drapeau gay" (citation Jack McFarland, Will & Grace saison 2). Le producteur d'Homicide, par ailleurs créateur de Oz et The Jury quitte le navire pour cause de désaccord artistique avec la chaine.

Oh, la belle histoire...

Le thème de The Philanthropist: un millionnaire qui utilise ses liens et son pouvoir pour aider les gens dans le besoin, quels que soient les risques et les coûts. Un pitch un poil bateau mais vu que c'est un des meilleurs dramaturges de la télé US qui s'y collait (avec son complice le réalisateur Barry Levinson), ça retenait un minimum l'attention.
Fontana avait été engagé pour produire le projet basé sur une idée de Charlie Corwin. NBC avait commandé un script au scénariste de St Elsewhere pour en faire une série, qui serait diffusée en septembre. Problème : au moment de reprendre le projet, à la fin de la grève des scénaristes, la chaine et le producteur voyaient apparemment la série de deux façons différentes.
Un doux euphémisme : d'un côté, on a Fontana qui se focalise sur des questions sociales telles que l’immigration, la toxicomanie et l’utilisation d’enfants soldats dans les régions du monde ; de l'autre, NBC et son formidable boss Ben Silverman (ici en photo avec Léonardo DiCaprio, pour lui montrer son bureau et la vue qu'on en a - trucage LucasArts) qui veulent privilégier l’évasion et le fantastique, pour que la série soit plus proche de ses programmes actuels (Ah, K2000 le retour...).

Tout va bien (on s'en va. Vite, vite, vite...)

Résultats des courses ? Fontana est parti, le projet cherche un nouveau showrunner avec, accessoirement, un acteur pour incarner le rôle principal.

Un désaccord artistique, c'est monnaie courante dans l'univers de la TV américaine. Les Palladino (Gilmore Girls), les producteurs de Brothers & Sisters (ne me demandez pas lesquels, il y en a eu plusieurs) ou encore Aaron Sorkin (The West Wing) peuvent témoigner.

Ce qui est plus gênant, c'est que l'on veuille faire travailler un scénariste connu pour ses séries sombres, engagées et complexes et qu'on lui reproche ensuite de ne pas faire du fantastique funky (en gros, on engueule un crocodile parce qu'il ne sait pas piloter un hélicoptère). Pas de doute, l'échange créatif avec Fontana et l'équipe de l'ami Ben devait être de grande qualité... et la rentrée va être étonnante.

Silverman, moi je dis, c'est un génie. Ma théorie de la taupe prend corps, je trouve...

Bien à vous,
Benny

mardi 22 avril 2008

Mais au fait, comment ça décolle un pilote ?


C’est le printemps ami téléphage (oui aujourd’hui, on se tutoie) et avec lui fleurissent les projets de séries pour la rentrée américaine. Comme moi, tu piaffes sans doute d’impatience de découvrir les nouveaux pilotes de NBC et les audaces créatives de CBS, Fox, CW et ABC…
Bon d’accord, c’est pas trop-trop crédible. Disons plutôt que tu attends de voir si cette année sera meilleure que la précédente, alors que certaines rumeurs laissent entendre que la grève des scénaristes aura perturbé la présentation de nombreuses nouveautés. Youpi.
En attendant de découvrir une hypothétique pépite en fin d’été, je vais essayer de répondre à la question qui sert de titre à ce post. On sait tous que l'objectif du pilote, c'est de présenter un univers et des personnages pleins de potentiel de la façon la plus fluide qui soit. Dis comme ça, ça paraît réglé. Mais pour y arriver, il y a toutes sortes de solutions, divers pistes à explorer.
Voici donc une sélection de souvenirs mémorables. C’est plutôt subjectif, c’est assez partiel mais comme c’est mon blog, je fais ce que je veux.

Un bon pilote, c’est un épisode dont on se souvient à cause d’une chanson

Ca peut être Hell’s Bells d’ACD/DC qui ouvre le pilote d’Un agent très secret (les cloches qui partent sur un écran noir, ça le fait grave) ou Right Here, Right now, de Fatboy Slim pour New York 911. Pas besoin d’en mettre des tonnes pour marquer les esprits. Don’t panic de Coldplay suffit amplement à la fin du premier épisode de Rescue me. Denis Leary qui quitte une plage suivi par ses fantômes ça vaut le double-double-double CD de Grey’s anatomy (spéciale dédicace à Shonda Rhimes).

Un bon pilote, ça vous dit tout en une scène

Le monument, pour ça, c’était et ça restera Brimstone/Le Damné. Une série SF imaginée par Ethan Reiff et Cyrus Voris (Sleeper cell) en 1997, où un flic mort revient de l’enfer pour capturer des âmes qui se sont échappées des ténèbres. Le pilote commence par une scène de confession dans une église. Stone, le héros, explique tout en moins de cinq minutes avant de poursuivre son premier fugitif... son confesseur. Si vous ne l’avez jamais vu, dégottez le d’urgence. C’est re-mar-quable.

Un bon pilote, ça peut être lent

Un agent très secret et Gideon’s crossing (série médicale avec André Braugher), dans des genres très différents, prennent le temps de poser leur histoire. L’un pose les jalons d’une cybercomédie romantique touchante ; l’autre parle de ce qu’est le soin en déclinant avec subtilité la psychologie de ses personnages, notamment sa guest star (Bruce McGill, qui est épatant sur ce coup-là).
Ca peut aussi être très, très lent. Comme The Wire/Sur écoute.

Un bon pilote, on s’en souvient au détour d’un plan

Là, c’est très très subjectif. Pour moi, c’est le plan sur les pieds en chaussettes de Lily Manning (Sela Ward) dans Once & Again. Elle est au téléphone et ses doigts de pied se crispent alors qu’elle appelle pour la première fois Rick Sammler (Bill Campbell).

C’est aussi Bruce McGill, dans Gideon’s crossing. Ben Gideon (Braugher) l’a opéré avec succès d’une grave maladie et alors qu’il joue au golf, on comprend, à la dernière image, que la maladie le terrassera malgré tout (je le décris assez mal mais je ne l’ai vu qu’une fois il y a au moins sept ans, désolé :-p).

C’est enfin l’image de Lizzy Hoffman, la fille de Ted Hoffman dans Murder one. A la fin du pilote, l’avocat jure à sa femme que l’affaire Jessica n’interférera pas dans leur vie de famille. Au même moment, la petite fille regarde son père aux infos du soir. La lumière bleutée de l’écran envahit alors toute la pièce sombre. On sait déjà que cette promesse ne pourra être tenue et que dans cette série, tout sera question d’images…

Un bon pilote, ça peut aussi être une escroquerie jouissive

Le monument, pour ça, c’est New York 911. On en prend plein la gueule pendant 40 minutes. Ca court dans tous les sens, ça ne développe pratiquement rien ou presque de la psychologie des héros, ça enchaîne les morceaux de bravoure (ah, Doc Parker qui réceptionne un nourrisson jeté par sa mère depuis le quatrième étage d’un immeuble en feu…) et ça se permet même de se terminer sur un cliffhanger piqué à une série monument vieille de presque 20 ans (Hill Street Blues).
Au bout du compte, la série qui suivra sera (heureusement) bien plus subtile et le pilote n’est pas très représentatif du reste. Mais la vache : qu’est-ce que c’est bon… Je l’ai vu cinq fois. Et je trouve ça incroyable. Un poil scandaleux mais incroyable.

Et vous au fait (oui, on se vouvoie à nouveau. Je suis d’humeur changeante), quel est votre pilote préféré (ou vos pilotes préférés), qu’est-ce qui le rend inoubliable à vos yeux ?

Bien à vous,
Benny

mardi 15 avril 2008

Le livre d'avril : "Hard Revolution" (George P. Pelecanos)

Cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé et pourtant, ce week-end, j'ai pu me plonger dans un polar. Mieux : je l'ai lu (presque) d'une traite. L'objet du délit ? Un roman datant de 2005 et signé par un Américain qui a aussi écrit des scripts pour The Wire (chassez le naturel...).

Life is a pitch (and then you die)

Hard Revolution se déroule à la fin des années 50 puis dix ans plus tard à Washington. Le lecteur suit le parcours de deux frères noirs Derek (un jeune flic) et Dennis Strange (un paumé) alors que la situation des noirs, encore sous-considérés, tarde à évoluer, dans la capitale fédérale comme dans tout le pays. Tout au long du roman, Pelecanos retrace méticuleusement le chemin qui a conduit aux émeutes au lendemain de l'assassinat de Martin Luther King.
Tout en contant deux enquêtes, l'auteur joue très habilement sur ce qui sépare noirs et blancs dans son histoire et dans cette ville. Le récit se compose effectivement de deux histoires parallèles, un peu comme si le romancier traçait un axe de chaque côté duquel des éléments sont en parfaite symétrie.

Tragiques symétries

Dans cette Amérique des grosses voitures et des groupes de rythm'n blues (c'est par ce biais que l'auteur nous convie à redécouvrir la ville), il y a deux clans.
Du côté des blancs, on a des gars paumés, incapables de faire quoi que ce soit de leur vie et qui éprouvent une haine profonde pour les noirs. Du côté des blacks, on a des mecs défoncés pas mieux insérés dans la société, qui rêvent d'argent facile et de revanche.
Et de chaque côté, on a des hommes qui paraissent piégés par un effet de groupe. C'est parce qu'il est avec Alvin Jones et Kenneth Willis que Dennis Strange, revenu brisé physiquement de l'armée, ne parvient pas à se fabriquer une autre vie. De la même façon, c'est parce qu'il traîne avec Walter Hess et Buzz Stewart que Dominic Martini, profondément marqué par le Vietnam, se dirige vers une impasse.
Jones/Hess, Dennis Strange/Martini : l'effet de miroir joue à plein et il est saisissant...

Une chronique sociale avant d'être un polar

Véritable chronique sociale, Hard Revolution réussit à rendre toute la complexité de la situation qui a conduit à une énième émeute en Amérique. Enchaînant anecdotes et réflexions par le biais de ses personnages, Pelecanos permet au lecteur de comprendre comment un homme qui n'a jamais cédé aux appels à la destruction, peut se retrouver emporté par la fougue (et par la foule) dans un déchainement de violence.
Un tour de force puissamment orchestré qui se fait cependant un peu au détriment de l'enquête policière, assez conventionnelle. La preuve, c'est que ce n'est pas vraiment Derek Strange qui retient le plus l'attention du lecteur. Il n'est pas négligé, lui, le bleu rejeté par les deux communautés. Mais le traitement de son personnage reste assez basique. La vie est dure pour les héros...
Dommage : au final, alors que l'on s'attendait à une conclusion puissante, l'auteur cède finalement au... passage en force. Il termine en effet son livre avec une espèce de boucle narrative qui laisse le lecteur un peu sur sa faim.
Ce qui n'enlève rien au fait que Hard Revolution est un bon polar. Ce n'est déjà pas mal du tout.

Bien à vous,
Benny

vendredi 11 avril 2008

Stanley Kamel : entre hommage et précision

J’ai découvert l’info en pleine nuit, sur un menu déroulant : « Stanley Kamel, acteur qui a joué dans Beverly Hills et Monk, est décédé à l’âge de 66 ans ». En France, parfois, on a le chic pour réduire des acteurs à leurs prestations les plus basiques. Mais c’est un peu leur faute aussi. En tout cas lorsque les séries dans lesquels ils ont crevé l’écran n’ont pas été des cartons mémorables. On les oublie, logique.
Pourtant, je pense qu’il faut le rappeler : Stanley Kamel ne fut pas que le beau-père de Luke Perry et le psy de Tony Shalhoub. Avec son troublant regard clair, il fut avant tout et surtout le docteur Graham Lester de Murder one.
Psychologue de Neil Avedon et Jessica Costello, il tenait dans le sublime roman noir à épisodes de Steven Bochco, Charles H Eglee et Channing Gibson, un rôle essentiel. Si Richard Cross (Stanley Tucci) est au centre du récit, incarnant à merveille la complexité et l’ambiguité, Lester, lui, représente le mensonge, la tromperie et la duplicité. Le vrai méchant de l’affaire goldilocks, c’est lui. Et si, plus de dix ans après, la série reste inoubliable pour sa richesse narrative et visuelle, elle l’est aussi pour la qualité des portraits qu’elle rassemble, grâce à un casting de très haut vol.
Stanley Kamel, acteur de Murder one, est mort ce mercredi. La précision devait être faite, je crois.

Bien à vous,
Benny

mercredi 9 avril 2008

Dr House : erreur de diagnostic, appréciation changeante

Dans un précédent post consacré à la saison 3 de Dr House, je regrettais que la série ronronne quelque peu, ne prenne pas suffisamment de risques. Je déplorais notamment que les scénaristes ne mettent pas davantage les personnages face aux risques qu’ils prennent. En d’autres termes, qu’ils ne confrontent pas vraiment leurs héros aux réalités de l’échec.
Certes, il y avait eu la bourde de Chase en saison deux, causant le décès d’une femme mais ce dernier était survenu dans un contexte particulier (la mort de son père). Du coup, c’est un peu comme le veut la formule « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Dans la structure relativement rigide des épisodes, le risque de lassitude est réel.
Mais ce soir, c’est arrivé ! Dans le deuxième épisode, l’équipe du Princeton Plainsboro Hospital s’est plantée. En beauté : une patiente est morte suite à une succession d’erreurs dont le principal responsable est… Foreman. House occupe, pour le coup, le second plan.
Certains pourraient regretter que ce soit (encore) un second rôle qui passe au travers, mais bon… ça restait un épisode intéressant. Reste à savoir s’il aura des incidences sur les storylines qui suivront. Je pense que le sujet sera assez vite évacué… Peut-être que je me trompe, mais après tout, les problèmes neurologiques de Foreman avaient été assez vite oubliés.
Wait & see. Il était quand même bien de signaler cet épisode un peu spécial : quand une série sort des rails que l’on trouvait trop contraignants, il faut avoir l’honnêteté de le signaler.

Bien à vous,
Benny